L’entreprise globale vue par Sam Palmisano, patron d’IBM

14 mars 2008

Voivi l’extrait d’un article publié en 2006 dans le célèbre magazine américain Foreign Affairs, et attribué à Sam Palmisano, patron du groupe informatique IBM.

« Pour constituer une entreprise mondiale unifiée, il est nécessaire d’appréhender la
production, la distribution et le déploiement des ressources humaines de façon radicalement
différente. Ce changement d’approche est d’ores et déjà en train de se produire. Les
nouvelles technologies et de nouveaux « business models » permettent désormais aux
entreprises de traiter leurs différentes unités comme les pièces d’un mécano. Elles peuvent
se séparer de ces unités ou les assembler différemment selon la stratégie du moment et les
compétences que l’entreprise souhaite développer pour mieux satisfaire ses clients.
Il ne s’agit pas simplement de se séparer d’activités annexes, ou de ne raisonner qu’en
termes de main-d’oeuvre, mais de gérer activement différentes applications, expertises et
capacités afin d’ouvrir l’entreprise, d’élargir son horizon, et lui permettre de travailler plus en symbiose avec ses partenaires, fournisseurs et clients. La croissance extraordinaire des
sociétés de service qui offrent une expertise spécialisée rend tout ceci possible. Par
exemple, IMS Health propose des solutions pour les compagnies pharmaceutiques, Celestica
fabrique des produits électroniques, State Street gère des avoirs financiers, Industrial Light
& Magic crée des effets spéciaux pour le cinéma, et International Flavors & Fragrances met
au point des parfums pour les produits de grande consommation des autres entreprises. De
nouvelles formes de collaboration naissent un peu partout (concernant aussi bien des
réseaux de production inter-entreprises de plus en plus complexes que les logiciels libres).
Elles aident à transformer les modèles d’innovation traditionnels. Aujourd’hui, l’innovation
n’est plus le fait d’inventeurs solitaires mais le produit d’un processus de collaboration qui
intègre également une expertise technologique et marketing. Et ces approches ouvertes ont
un impact non seulement sur les logiciels et les technologies de l’information, mais aussi sur
l’éducation, la gouvernance et de nombreux secteurs d’industrie.
L’obtention d’un avantage compétitif durable ne repose pas uniquement sur la productivité
ou l’inventivité. Aujourd’hui plus que jamais, cet avantage provient à la fois d’un esprit
inventif et d’une vision des changements à opérer. La véritable innovation va plus loin que
le simple fait de créer et de lancer de nouveaux produits. Elle concerne également la façon
dont les services sont fournis, les processus métiers unifiés, les entreprises et les
institutions gérées, le savoir-faire transmis, les directives politiques formulées, et la façon
dont les entreprises, les communautés et les sociétés y participent et profitent de ses
retombées.
La scientifique Carlota Perez estime que nous sommes au commencement d’un âge d’or
pour cette innovation en profondeur. Les 250 dernières années ont vu l’avènement de cinq
catégories d’innovations technologiques, explique-t-elle : les canaux ; les moteurs à vapeur
et le rail ; l’acier, l’électricité et l’ingéniérie lourde ; l’automobile, le pétrole et la production
de masse ; l’informatique et les télécommunications. Toutes déclenchèrent une croissance
sauvage pour commencer, puis une période de correction, puis plusieurs décennies stables
de mises en oeuvre au fur et à mesure que ces technologies révolutionnaires étaient peu à
peu intégrées au tissu social et commercial. Après avoir ainsi provoqué une période de
croissance explosive, puis l’explosion de la bulle internet, les technologies de l’information et
des réseaux entrent à leur tour dans une période d’intégration. Le lien entre unification
mondiale et innovation n’est pas fortuit, étant donné la dimension fondamentalement
planétaire des technologies en question. Ainsi, tandis que les deux impératifs d’unification et
d’innovation rendent les anciens réseaux « pays par pays » des multinationales inefficaces,
voire redondants, il devient de plus en plus clair que le modèle d’entreprise du XXe siècle
n’est plus la panacée pour développer l’innovation. »

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