A quand la Silicon Valley de l’Afrique ?
19 janvier 2009
Le réseau social Facebook compte aujourd’hui plus de 200.000 membres au Nigeria. L’Afrique du sud dénombre environ 5.000 blogueurs actifs. Ces blog reçoivent chaque mois la visite de 1,8 millions d’internautes uniques. Internet, avec 2,6% de pénétration, est encore loin du compte en Afrique, contre 36% en Europe. En chiffres absolus, cela représente plus ou moins 31 millions de connexions (inclus le Moyen-Orient). Rien à voir avec les 280 millions d’internautes recensés en Chine. Mais les chiffres progressent: + 105% en cinq ans. 
Cette lente extension du Net en Afrique suffit néanmoins à susciter les vocations d’entrepreneurs et d’innovateurs. La Toile sort un peu le continent de son isolement. Les pratiques et stéréotypes de comportement économiques en vigueur dans les pays industrialisés tenderaient même à s’y répandre. En témoigne, par exemple, ce web entreprise nigériane NetProfit Ltd. L’initiative est certes encore très modeste. Son initiateur Lateef Olajide, organise néanmoins des séminaires marketing en ligne. Il entend développer les partenariats avec des entreprises au Nigeria, mais aussi en Indonésie, à Singapour et en Malaisie, explique-t-il dans une interview au site web Startups Nigeria. Ce dernier site, d’ailleurs, illustre l’état d’esprit qui souffle dans certaines élites africaines aujourd’hui.
Le langage de l’innovation, lui-même, traverse aujourd’hui la Méditerranée, au-delà du Sahara. Ecoutez Koné Soungalo. Ce Burkinabé ne jure que par l’innovation et la recherche. Il a mis au point le premier vin blanc du Burkina Faso. Il produit d’autres types d’alcool avec des produits agricoles locaux. Le résultat d’années de recherche et une capacité d’identifier ses propres forces. Koné Soungalo démontre sa capacité à analyser les évolutions de l’environnement économique pour en saisir les opportunités. Il en retire des idées et de l’ambition.
« Aujourd’hui avec la crise alimentaire et le problème du lait chinois contaminé entraînant du même coup une crainte de consommation des produits exportés, qu’est-ce que les Africains doivent faire pour profiter de cette situation ?, dit-il (…) On devrait au niveau de nos unités agro alimentaires, mettre l’accent sur le naturel, ne pas utiliser de conservateur, de colorants. Le Burkina n’a pas de tissu industriel, donc ce sont les PME et PMI qui vont contribuer à créer progressivement le tissu industriel partant duquel on peut amorcer un développement véritable (…) »
Koné Soungalo n’est représentatif que d’un tout petit ensemble d’acteurs africains. Mais les choses évoluent. Les difficultés d’extension d’internet en Afrique, dûs aux manques d’infrastructures filaires et aux coûtx élevé des télécommunications, pourrait être contournées par le déploiement à grande échelle de nouvelles technologies sans fil (Wi-Fi, Wimax…). Si les outils sont là, de nouveaux entrepreneurs africains auront accès aux mêmes connaissances générales de n’importe quel citoyen d’un pays industrialisé. Ils pourront créer et innover aussi vite.
La preuve que les décideurs africains semblent prêts, pour, une petite partie d’entre eux en tout cas, à prendre leur part dans l’économie mondiale, une école panafricaine d’intelligence économique et stratégique ouvrira bientôt ses portes à Dakar, au Sénégal. Ce n’est pas rien.
Une initiative (Ndla: l’école panafricaine d’intelligence économique) destinée, selon les concepteurs du projet, à doter les décideurs africains de l’Intelligence économique comme réponse apportée aux bouleversements provoquée à l’échelle planétaire par la mondialisation et la globalisation. Une formation de haut niveau soumise à l’appréciation des participants et qui se décline en modules tels que « l’Environnement international et compétitivité des nations » ou « Fonction veille, Intelligence économique organisation…, ceci pour mieux renforcer les capacités des futurs décideurs.
De quoi donner aux PME et futures start-ups africaines les armes modernes pour se mesurer au reste de l’économie mondial de la connaissance et de l’innovation. La Silicon Valley du Congo n’est sans doute par demain. Mais il serait hasardeux de prendre ce réveil (certes très morcellé et partiel encore) à la légère. Il est offre en tout cas plein de pistes win-win à l’Europe.
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