Après la croissance économique « bête », place à la croissance intelligente ?
2 février 2009
« Tout le monde est perdu à Davos« , indiquait la semaine dernière Kishore Mahbubani, doyen de l’école d’administration Lee Kuan de Singapour, cité par AP. L’édition 2009 du World Economic Forum (WEF) dans la station hivernale restera sans doute comme celle qui, dans l’histoire du sommet, aura laissé le plus de points d’interrogation en suspens, à l’heure de quitter les Alpes suisses. 
Naguère, aussi, les choses étaient plus claires. D’un côté, les convives de Davos s’épenchaient sur les mérites du capitalisme et de la globalisation. Au même moment, à Porto-Alegre ou Bombay, le contre- Forum social mondial, prenait le contre-pied. Ils appelaient, dans un joyeux désordre souvent, à plus de politiques sociales, moins d’inégalités, plus de protection de l’environnement, au début ou à la fin de quelque chose… Aujourd’hui, malgré les protagonistes, la frontière entre les messages finaux semble plus difficile à établir : « Nous devons nous attaquer à tous les problèmes simulténement, a déclaré Klaus Schwab, le fondateur et promoteur du WEF, en clôture de Davos. Nous ne pouvons en laisser aucun de côté, tel que le problème du réchauffement climatique. Nous devons impliquer dans le processus toutes les parties prenantes de la société globale afin de les responsabiliser (…) ». A peu de choses près, les organisateurs du FSM 2009 à Belem auraient pu tenir les mêmes propos. Peut-être moins dans les détails.
Reste que, alors que la poussière de la crise financière mondiale n’est pas retombée, un consensus émerge sur la nécessité de mettre à jour le logiciel du capitalisme. De le « rebooter ».
Mais par quoi commence-t-on, interroge Umair Haque, directeur du Havas Media Lab, et auteur du Manifeste pour la Prochaine révolution industrielle ?
Dans cet article passionnant, publié sur le site du Harvard Business Publishing, Umair Haque constate que le capitalisme du 20ème siècle « se mange lui-même ». Pour la première fois depuis la deuxième guerre mondiale, les perspectives de croissance économique sont négatives. Les gouvernements colmatent les digues comme ils peuvent. Ils volent au secours des banques. « Cette situation illustre sans doute que nous avons atteint les limites d’une certaine forme de croissance ».
Pour Umair Haque, relancer la croissance implique de repenser la croissance.
« A Davos, la première question sur les lèvres était: d’où viendra la croissance de demain ? Du pétrole, des énergies vertes, de la Chine, d’Obama ? La croissance ne viendra pas toutefois d’une personne, d’un lieu ou d’une technologie. Mais bien de la compréhension de ce qui a amené la précédente forme de croissance à l’échec. Le véritable problème n’est pas qu’est-ce qui amène la croissance par rapport à ce qui flageole ou décroît. Mais comment nous développons-nous ».
Pour l’auteur, la croissance économique version 20ème siècle était « bête ». Pas construite pour durer. Insoutenable et déloyale, dit-il. En outre, cette forme de croissance est très fragile. Elle mène trop facilement à des crises, financières ou autres (cf la faillite de l’Islande).
Mais alors, quelle alternative proposer pour un modèle de croissance du 21ème siècle ? Umair Haque appelle à une forme de croissance intelligente. Il en définit quatre piliers principaux, valables pour l’économie comme pour les entreprises.
- Favoriser les résultats plutôt que les revenus
- Valoriser les connexions plutôt que les transactions
- Les individus plutôt que les produits
- Encourager la créativité plus que la productivité
L’explication en détail de ces piliers est lisible chez Haque. Mais arrêtons-nous sur deux constats.
« La croissance intelligente ne regarde pas les volumes d’échange commerciaux mais la qualité des interconnexion au niveau local et global. Sans les relations étroites nouées dans une espace très local, la Silicon Valley, les échanges entre l’Europe, les Etats-Unis, Taïwan, le Japon et la Chine ne seraient qu’une portion minime de ce qu’ils sont aujourd’hui. La croissance intelligente vise à amplifer les interconnexions et la dynamique des communautés, car le premier objectif des créer en commun et de collaborer ».
« La croissance intelligente n’est pas propulsée par une ennuyeuse affectation de capitaux dans les endroits où les coûts du travail sont simplement les moins élevés. Elle germe en donnant aux travailleurs la possibilité d’obtenir du capital pour créer, inventer et innover le plus par eux-mêmes ».
Pour Umair Haque, la croissance intelligente débouchera sur plus de créativité, d’innovation et, in fine, d’efficacité. Votre pays ou votre entreprise est-elle déjà, aujourd’hui, la représentante de cette nouvelle forme de croissance ?
(photo Flickr WEF et Stéphanie Booth)
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