L’innovation ouverte gagne du terrain, dans tous les secteurs
En 1981, 70,7% de toutes les dépenses de recherche et développement (R&D) aux Etats-Unis étaient l’oeuvre de très grandes entreprises de plus de 25.000 personnes. En 1989, la proportion était encore de 67%. Quinze ans plus tard, par contre, en 2005, les grandes entreprises ne contribuaient plus qu’à hauteur de 37% au total des dépenses en R&D. Les PME dominent désormais les activités d’innovation chez l’Oncle Sam. Les entreprises de moins de 1.000 salariés représentent même un quart des dépenses de R&D privées, contre 4,4% en 1981, selon les chiffres de la National Science Foundation.
L’innovation ouverte, ou l’innovation distribuée a pris son essor
La tendance ne doit pas être très différente en Europe. Car au cours des quinze dernières années, l’innovation est devenu un processus distribué. Depuis quelques années, les auteurs parlent d’ open innovation, ou d’innovation ouverte.
Cette ouverture des processus d’innovation à des tiers, le transfert d’une partie des risques de dévelopement, explique, pour une part, la forte augmentation des efforts de R&D du côté des PME.
Le concept recoupe parfois des réalités relativement différentes. L’un des paroxysme de l’innovation ouverte se situe sans doute dans le secteur informatique, avec le mouvement open source. Des dizaines de millies de développeurs à travers le monde ont apporté leur brique, de façon autonome, à un projet de plate-forme informatique collective devenue par la suite Linux. Dans d’autres secteurs, l’nnovation ouverte n’atteint pas ce niveau de capilarité, c’est à dire jusqu’aux individus isolées.
Quoi qu’il en soit, les départements de recherches, les universités et, surtout, les PME sont désormais largement associés aux processus d’innovation des grands entreprises.
Le groupe alimentaire Kraft, par exemple, encourage depuis quelques années déjà l’instauration de ces partenariats gagnant-gagnant avec des petits acteurs en matière d’innovation. Malgré ses 2.000 scientifiques et ingénieurs, la maison-mère, entre autres, du chocolat Milka, n’est plus suffisamment armée, explique-t-il, pour apporter les innovations susceptibles de convaincre le public. Le domaine du packaging, à titre d’illustration, réclame des compétences neuves en matière de colle ou de plastique pour permettre aux nouveaux emballage de se refermer. Les consommateurs veulent aujourd’hui des emballage qui permettent de remettre les produits dans le frigo, selon Steven Goers, vice-président en charge de l’innovation chez Kraft. Le groupe s’est donc associé à des spécialistes. « Nous avons surmonté le syndrome du: not invented here, bien connu des ingénieurs. Cette approche d’innovation ouverte est indispensable dans la mesure où, de toute façon, 98% des brevets déposés dans le domaine de l’alimentation n’ont pas été mis au point chez nous… Au contraire, nous devons accéder à ce réservoir ». Mais pour qu’un partenariat fonctionne avec des tiers, il faut pouvoir donner un peu de sa connaissance à l’extérieur, relève-t-on chez Kraft
Donner de la connaissance pour en recevoir
Le secteur pharmaceutiques est un autre secteur où l’innovation ouverte a désormais pris l’ascendant. Paul Stoffels, le patron de la R&D chez Johnson & Johnson (J&J), l’open innovation, l’innovation en multi-réseaux, est la seule voie d’avenir pour l’industrie pharmaceutique, confrontée à un asséchement du flot des nouveaux médicaments mis sur le marché.
‘L’apport de partenaires externes a déjà payé au cours des dix dernières années, dans le domaine du Sida, par exemple, note Paul Stoffels. J&J ne disposait pas de suffisamment d’expertise interne et de données hospitalières relatives à des personnes malades du VIH. La firme s’est alliée avec des hôpitaux et d’autres institutions grâce auxquels, quelques années plus tard, elle a pu commercialise deux molécules nouvelles ».
Le philosophie de l’innovation ouverte devrait s’intensifier. Avec un vrai rôle à jouer pour les start-ups, les PME et autres petites structures appelées à prendre une part plus grande dans les vastes réseaux globaux d’innovation. Pour Big Pharma, il s’agit simplement d’une question de survie. « La plupart des remèdes aux grandes maladies relativement simples ont été découverts. Les prochains médicaments et thérapies à mettre au point seront beaucoup plus complexes. Vous avez besoin de beaucoup plus d’informations et de science que ce qui est disponibles dans vos laboratoires internes ». D’où les indispensables apports externes.
A ce stade, les idées de collaboration et d’ouverture touche surtout, pour l’instant, les premières phases de recherches, les étapes exploratoires. Celles qui sont les plus risquées. Une fois plus en aval du processus, à plus grande proximité du marché, chacun reprend souvent ses billes…Cela pourrait changer.
Le groupe GSK, par exemple, permet certains de ses concurrents d’utiliser ses brevets, contre paiement de licences, dans le cadre de développements liés aux maladies tropicales, par exemple.
D’autres modèles de collaboration apparaîssent, par ailleurs. Le consultant spécialisé Bain & Cy suggère une forme de collaboration basée sur la mise en commun, dans l’avenir, de pool de chercheurs dans un domaine ciblé (maladie, catégorie de protéines, etc.). Les parties prenantes se partageraient les bénéficies de la découverte. Une autre façon de voir, consiste à partager ses brevets, ses ressources, au début de la recherche pour identifier la meilleur façon de s’attaquer à une pathologie particulière.
Nous ne sommes sans doute qu’au début du modèle de l’open innovation…
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