L’open source, ce n’est pas la démocratie
D’aucuns évoquent le mouvement open source comme le modèle absolu de la démocratie économique. Sans doute en est-on pourtant assez éloigné.
La création de Linux, le système opérationnel ouvert concurrent de Windows, est certes le fruit de la coopération à distance de milliers de développeurs informatiques à travers le monde. Il n’en reste pas moins qu’une poignée de personnes, au premier rang desquelles le Finlandais Linus Torvalds, ont toujours assuré une supervision sur l’évolution du système et de ses dérivés. Et donc de ces contributions extérieures multiples. 
« Le mouvement open source n’est pas une démocratie« , souligne ainsi Chris Anderson, du magazine Wired, auteur du célèbre livre sur l’économie de la longue traîne.
« Au 20ème siècle, on admettait comme acquis que les entreprises étaient mieux gérées dans un régime dictatorial, poursuit Anderson. A l’inverse, on reconnaissait également que les pays étaient mieux gérés dans le cadre de régimes démocratiques. Selon une théorie du management, une explication réside dans le fait que la raison d’être des organisations est un objectif commun partagé, alors que les pays existent pour les gens qui l’habitent ».
Un objectif commun partagé exige une vision bien construite, du leadership et un contrôle par le haut. En revanche, le service des citoyens résulte de la reconnaissance de besoins communs de la part de la base, exprimés dans le cadre d’un processus de décision collectif (le vote).
Où voulons-nous en venir ?
Avec la montée en puissance de la fièvre collaborative, la philosophie open source semble amenée demain à pouvoir être transposée dans de multiples secteurs. D’aucuns y discernent l’apparition d’une vaste démocratisation de la vie économique. En politique, l’avènement de l’ère Obama, à la Maison-Blanche, inspire à d’autre le concept de démocratie « open source ».
Attention, prévient Chris Anderson. « On pense, à tort, que les projets open source émergent d’eux-mêmes, sont auto-organisés et démocratiques. En fait, il s’agit plutôt du contraire. En fait, la plupart des projets open source sont pilotés par un ou deux dicateurs bénévoles. Le succès d’un projet open source dépent du leadership. Point à la ligne. Tout démarre de la façon suivante: une ou deux personnes élaborent une vision bien articulée, ils commencent à avancer et amènent à bord d’autres personnes auxquelles ils délèguent des tâches précisent et des autorisations ».
Chris Anderson pointe ainsi une différence claire entre la production de contenus sur des médias et réseaux sociaux et la conduite d’un projet open source. Cela n’a rien à voir, selon lui. Placer des photos sur Facebook ou Flickr relève d’une démarche individuelle. La somme des contenus n’est que le résultat de démarches séparées. Par contre, toute une série de développements logiciels, dans les jeux vidéo, les plates-formes collaboratives, les applications serveurs, ont pu être menés à bien grâce à l’implication et au respect inspiré par les leader.
L’open source ne bannit pas les hiérachies. Mais il lui demande de donner du sens. Le constat n’est pas limité à l’informatique.
3 réactions à “L’open source, ce n’est pas la démocratie”
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Excellent et si vrai….
Très intéressant. L’open source est un espace tout à fait emblématique de ce que l’on appelle le niveau jaune si on emploi la grille de lecture qu’est la spirale dynamique. Au fond, c’est une méritocratie participative, les deux dimensions étant nécessaires pour que l’on puisse livrer quelque chose qui marche. Dans un tout autre terrain, la campagne électorale d’Obama était du même type: participation très large mais aussi centralisation des manettes sur des sujets critiques pour la campagne comme les relations presse, le tout étant emballé dans des outils en ligne permettant aux utilisateurs de mybarackobama.com de rapporter au QG de Chicago les contacts presse entrants…
@Fabrice Merci. Vous êtes bien placé pour connaître
@alex C’est amusant de voir comme le parallèle avec la politique s’installe petit à petit. Avec, évidemment, la même remise en cause des structures existantes… Les partis politiques ne pourront sans doute plus justifier longtemps leur existence s’ils conservent leurs modes de fonctionnement actuels… Même s’il faut un capitaine à la barre.