Ne m’appelez pas PME mais PM-M (petite ou moyenne multinationale)
Nous vivons aujourd’hui, dit-on, dans une économie globalisée. Certains chiffres pourraient faire croire le contraire.
Ainsi, au détour d’un rapport européen, découvrons-nous qu’à peine 8% des PME originaires d’un des 27 pays de l’Union européenne sont actifs à l’exportation. En moyenne, 12% seulement de la production des PME du Vieux continent est vendue à l’étranger. 
Pourquoi tant de réticences à pointer le nez hors de ses frontières nationales ?
La législation, les langues, sans compter les frais de déplacement physique liés aux prestations sont autant de freins. Le manque de capitaux disponibles, en est un autre. Mais ce sont surtout les carences en main d’oeuvre qualifiée et l’absence de personnel muni d’une certaine expérience sur les marchés étrangers, identifie le rapport, qui limite les offensives des PME vers l’extérieur.
Demain, pourtant, les PME n’auront peut-être plus le choix. La concurrence internationale s’intensifie. Les acteurs ignorés des pays voisins peuvent se transformer, du jour au lendemain, en redoutables rivaux sur le marché domestique.
Peut-être est-il dès lors temps de regarder les PME sous un nouvel angle.
Ne m’appelez plus PME mais PM-M (petite ou moyenne multinationale)
Au Québec, des opérateurs, comme le groupe Secor, travaillent sur le concept de « petite et moyenne multinationale » ou PM-M. Comment, s’interrogent-ils, se placer en tant que PME dans un état d’esprit semblable à celui d’un très grand groupe international ? (D’autres, comme récemment Hal Varian, chef économiste de Google, sur ce site, parlent dans le même esprit de la notion de micro-multinationales).
Aujourd’hui, passer du stade de la PME à la PM-M, positionnées dans plusieurs marchés sur plusieurs continents, peut résulter d’une envie, d’une ambition de la direction. Dans l’avenir, ce passage pourrait toutefois devenir une nécessité, imposée par l’évolution de l’environnement économique.
Un marché « de chez nous » repris par des entreprises pakistanaises
Alain-Marie Caron, directeur de Secor Group, couchait récemment sur la Toile le constat suivant, en parlant du Canada:
Avec la mondialisation, le jeu a complètement changé. Des concurrents que l’on ne soupçonnait pas viennent de 5000 ou 6000 kilomètres ou plus, rachètent les vieilles machines d’un secteur, les emportent chez eux et reviennent vous prendre votre marché. Au Québec, cela s’est produit avec les fabricants de matelas ; le marché est passé aux Pakistanais. Je ne crois pas qu’une PME manufacturière puisse durer longtemps aujourd’hui si elle n’exerce pas une vigie constante sur son secteur au delà de ses frontières.
Aujourd’hui, les PME, en particulier dans les secteurs industriels, ne peuvent donc se passer d’une attitude proactive pour connaître les mouvements en cours du côté des pays voisins, mais aussi, dans les pays émergents. Hélas, ce réflexe demeure trop rare dans les équipes de direction de PME, déplore l’analyste canadien :
[On observe] une certaine paresse intellectuelle chez beaucoup de patrons de PME : globalement, ils n’aiment pas lire. Il n’en est pas de même quand il s’agit de patrons de grosses PME ou de grandes entreprises (…) Cette attitude ne portait pas à conséquence quand [l’Amérique du Nord] avait une puissance manufacturière et commerciale sans équivalent (…) [Cette situation n'existe plus]
Le concept de Petite ou moyenne multinationale va toutefois au-delà d’une forme de veille au long-cours. L’organisation même de l’entreprise doit, suggère Alain-Marie Caron, s’étirer vers le large et jouer à son tour sur de nouveaux avantages compétitifs :
D’une manière générale, je ne pense pas que nos entreprises manufacturières puissent durer si elles ne s’approprient pas les avantages compétitifs que possèdent les pays émergents et que nous n’aurons jamais, en tout cas au même degré: des centaines de millions de ruraux, des ingénieurs à foison et qui resteront encore longtemps 4 à 5 fois moins chers que les nôtres, des centres de R&D qui se développent rapidement en quantité et en qualité tout en coûtant beaucoup moins cher que chez nous. Ce n’est pas un discours qu’il est nécessaire de tenir aux grandes entreprises, elles le font toutes, depuis des années. Mais cela peut être une question de survie pour nos PME manufacturières. Tout en restant ancrées sur leur territoire d’origine elles doivent développer des antennes dans les pays émergents. [Bref] devenir des PM-M, Petites et Moyennes Multinationales.
Vaste débat qui devra aussi, un jour, s’élargir aux PME actives dans les services.







