« L’Europe doit sortir de sa stratégie de l’innovation 1.0″ (Wikinomics)


Voici un peu plus de trois ans, je revenais d’un séjour à New York. Avant de prendre l’avion, je m’étais emparer d’un livre dans une grande chaîne de librairie. Il s’intitulait : Wikinomics – Comment la collaboration de masse change tout.

J’avoue que ce livre m’a profondément marqué, alors. Il ouvrait tous les horizons de l’économie ouverte et collaborative, innovante et connectée, qui se dévoile un peu plus chaque jour sous nos yeux.

Wikinomics toujours à l’ordre du jour, bientôt Macro-Wikinomics

Trois ans ont passé. Les conclusions des deux auteurs de Wikinomics, Don Tapscott et Anthony Williams n’ont rien perdu de leur pertinence. Le prochain opus passera même à la vitesse supérieure. MacroWikinomics est annoncé pour le mois de septembre 2010.

La semaine dernière, Anthony Williams se penchait, avec le think tank bruxellois Lisbon Council, sur les nouvelles politiques d’innovation qu’échafaudent aujourd’hui l’Union européenne. C’était d’abord l’occasion pour lui d’un certain nombre de constats :

« La production d’innovation n’est plus aujourd’hui liée qu’à un seul modèle, souligne Anthony Williams. De nouveaux modèles collaboratifs  d’innovation se déploient. Ils vont de la collaboration structurée, telle que celle mise en place avec succès par Procter & Gamble (Connect & Develop), jusqu’aux plates-formes en ligne sur lesquelles des comunautés s’auto-organisent (voir page ci-dessous) »

Après l’échec de la stratégie de Lisbonne, l’UE retente la relance de sa compétitivité avec Europe 2020

La stratégie de Lisbonne, qui devait conduire l’Europe au rang d’économie la plus compétitive du monde en 2010, a lamentablement échoué. La Commission européenne tente de se racheter avec la stratégie Europe 2020. Cela dit, malgré quelques ajouts (comme un objectif amibtieux de réduction des émissions de CO2), l’approche, notamment en matière d’innovation, demeure tristement classique et conformiste.

L’UE continue de s’accrocher, par exemple, à l’objectif très linéaire de 3% du PIB consacré de dépenses de recherche.

Ainsi, écrivent Anthony Williams et le Lisbon Council :

« Si l’investissement en recherche compte bien sûr beaucoup, il n’existe pas de relation causale directe entre le niveau des dépenses en R&D et l’innovation. Voyez ainsi le Japon, qui dépense plus que quiconque en R&D, mais dont la croissance économique végète depuis plus de dix ans. Les nouveaux produits et services peuvent être développés par n’importe qui, pas seulement les scientifiques. Enfin, la rigidité du cadre légal de protection de la propriété intellectuelle entaille parfois plus qu’il n’encourage les dynamiques d’innovation »

L’innovation, aujourd’hui, se conçoit autrement.

« Regardez l’astronomie aujourd’hui. Des centaines d’astronomes collaborent ensemble et produisent collectivement leur résultats de recherche (…) L’université, elle même, n’a pas changé dans sa façon d’enseigner depuis des décennies (…) Nous avons aussi besoin de services publics beaucoup plus interactifs, transparents et ouverts pour permettre à chacun de contribuer »

Innovation beaucoup plus bottom-up pour l’Europe

L’auteur de Wikinomics préconise que l’Europe sorte d’une stratégie de l’innovation 1.0 et quelle accepte de se diriger ves une stratégie de l’innovation 2.0, comme (fournir de nouveaux biens digitaux au citoyen, miser sur les standards ouverts, etc.) :

Nous sommes tous des innovateurs, selon la nouvelle commissaire européenne en charge de la recherche, Mair Geoghegan-Quinn

L’Union européenne entendra-t-elle ce message ?

La nouvelle commissaire européenne en charge des sciences et de la recherche, l’Irlandaise Mair Geoghegan-Quinn, était l’invitée du Lisbon Council.

Si sa position ne dévie pas beaucoup des classiques (non dénués de pertinence mais insuffisants) de la Commission européenne en matière d’innovation (focalisation, notamment, sur le marché unique européen de la recherche, etc.).

« Les objectifs ne servent pas si on ne sait pas comment les atteindre », reconnait-elle, toutefois.

Tout espoir n’est pas perdu, même :

« Nous devons avoir un regard neuf sur la protection intelectuelle cadre. Peut-être devons-nous nous interroger sur comment innover dans le 21ème siècle. Peut-être devons nous promouvoir la tendance vers plus d’ouverture. Même s’il faudra trouver un équilibre »

« Les anciens modèles de planning  industriel sont devenus redondants, je suis d’accord (…) L’innovation n’est plus le domaine d’une élite restreinte. Elle se trouve dans toutes les aires de la vie et les activités. Nous sommes tous des innovateurs aujourd’hui. Le défi sera de donner aux citoyens les compétences pour prendre leur part dans les réseaux globaux d’innovation »

Voila qui fait plaisir. Encore faut-il que ces paroles, expédiées à la fin du discours de Mair Geoghegan-Quinn, s’en suivent des faits au niveau des propositions de l’Europe… et de ses Etats…

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