One Laptop per Child: déjà 2 millions d’ordinateurs portables livrés aux écoliers du tiers-monde


« Au début, les enfants l’observent. Ils le touchent maladroitement. On se dit, cela ne fonctionnera pas. Ces élèves, au fond de l’Afrique, sont trop isolés, hors des circuits de la connaissance, sans projet… Et puis, trois mois plus tard, on revient dans l’école. Et quand ils vous parlent,  ils  disent qu’il veulent devenir médecin !! »

Walter De Brouwer est le CEO de One Laptop per Child Europe (OLPC). Son anecdote résume l’ambition de ce projet planétaire, lancé en 2005 par Nicholas Negroponte, célèbre professeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT).

La fondation OLPC a pour but de procurer un ordinateur portable, connectable à internet, aux enfants les plus pauvres de la planète.

Ce pari est d’abord éducatif : connectés à l’information du monde, ces enfants disposeront des nouvelles opportunités d’apprendre, d’expérimenter et d’échanger. Avec un bagage plus grand, ils augmenteront leurs chances de sortir de la pauvreté, estime la fondation.

Ordinateur à 100 $ : un défi industriel, économique et politique…

Munir chaque écolier d’un ordinateur portable dans la plupart des pays en développement ? Le défi est immense. Les besoins sur place sont très spécifiques.

Pas question, par exemple, de livrer des ordinateurs portables tels que ceux-que nous achetons en Europe. Ils ne résisteraient pas longtemps aux difficiles conditions locales (poussière, chaleur, etc.). Les accès à l’électricité manquent, par ailleurs, dans les villages reculés de Tanzanie, du Burkina Faso ou des plateaux bolivien. Enfin, le coût d’un ordinateur de série est exorbitant dans des pays où les parents gagnent parfois moins de 2$ par jour…

Il fallait donc développer un terminal d’un type nouveau.

Tel fut la tâche des promoteurs de OLPC : mettre au point un ordinateur à 100 $, robuste, auto-rechargeable, avec un écran permettant une lecture au soleil et susceptible de se connecter à un réseau sans fil (WiFi ou mobile)

Défi relevé : le XO-1 est né en 2007, puis mis en production. Avec un bémol : OLPC n’est pas parvenu, à ce stade, à descendre sous le prix unitaire des 100$. Le prix de revient d’un XO gravite, à ce jour, toujours autour de 180-200 $.

Le cap était néanmoins franchi.

L’étape suivante, pour la fondation, fut de convaincre les ministères de l’éducation, dans les différents pays en développement, d’acquérir et de distribuer ces ordinateurs dans les écoles.

2 millions de XO distribués dans le monde

Les gouvernements uruguayen et péruvien ont été les premiers à passer commande. En Afrique, le Ghana, le Sierra Leone et le Rwanda sont également devenus des partenaires de OLPC. Au total, près de 2 millions de XO auraient été distribués.

Dans le monde, environ 1 milliard d’enfants fréquentent une école. OLPC estime à 100 millions le nombre total d’écoliers auxquels s’adresse son programme. Un long chemin reste donc encore à parcourir pour équiper cette vaste population…

A partir du siège européen de OLPC, à La Hulpe, Walter De Brouwer, lui, s’occupe, du développement d’Afrique ainsi que des contacts avec la Commission européenne et les Etats membres de l’Union européenne.

OLPC recherche en effet des fonds supplémentaires pour accélérer son action : 500 millions d’euros, environ, pour lesquels il espère trouver des soutiens sur le vieux continent.

L’ordinateur à 100$, un marché où d’autres acteurs se ruent…

Malgré ses nombreux supporters, la fondation OLPC a dû affronter plusieurs déconvenues, ces dernières années.

Le projet a encaissé, par exemple, les coups bas de l’un de ses partenaires, le fabricant de microprocesseur Intel. D’aucuns, dans l’industrie informatique, craignent, en effet, que l’ordinateur à 100$ ne leur face de l’ombre. L’idée généreuse et humanitaire du départ a pris, pour eux, des airs de menace.

Par ailleurs, une nouvelle gamme de mini-ordinateurs a fait son apparition sur le marché. Les Netbooks se vendent à 200$/pièce… Si ces derniers ne sont pas adaptés à un environnement rugueux comme les espaces reculés des plaines africaines, ils n’en abaissent pas moins, aujourd’hui, le seuil d’accès à l’informatique pour les pays en développement.

La plupart des acteurs, en tout cas, s’accordent à dire que le projet porté par OLPC fait bouger les lignes.

L’écrasement du prix de revient des ordinateurs personnels est une excellente nouvelle pour les pays en développement. Et de nouveaux opérateurs se jettent à présent dans la bataille de l’ordinateur low cost.

En juillet dernier, par exemple, le gouvernement indien a dévoilé le prototype d’un ordinateur à écran tactile qui serait vendu… 35 $/pièce.

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