8 façons de dissuader un investisseur à risque d’investir dans votre startup


Cynthia Kocialski est une femme d’affaires américain jouissant d’une expérience exceptionnelle dans le domaine du capital-risque (venture capital). Elle s’est impliquée dans le développement de plus d’une vingtaine de startups.

Dans le billet suivant, publié sur son blog, Cynthia Kocialski évoque ce moment qui peut arriver au cours de la présentation d’un projet (pitch) devant des investisseurs à risque quand on voit dans l’oeil de ces derniers qu’ils ne sont soudain plus à l’écoute. Quelque chose dans le monologue de l’entrepreneur leur a déplu. Ils ont déjà décidé de ne pas l’accompagner financièrement dans son projet.

Quels sont ces choses à ne pas dire ou montrer pour éviter d’effrayer d’emblée les pourvoyeurs de capital-risque ?

Cynthia Kocialski propose la liste non-exhaustive suivante.

Donner l’impression de se moquer de l’argent de l’investisseur

« Lors d’un entretien avec un investisseur potentiel, relate Cynthia Kocialski, le dernier posa la question :  que se passera-t-il si votre startup rencontre des problèmes?  L’un des deux fondateurs répondit : nous retournerons simplement chez notre ancien employeur. L’investisseur n’a pas apprécié. »

Un capital-risqueur attend qu’un entrepreneur s’investisse à fond dans son projet et fasse tout son possible pour se sortir des problèmes.

Se braquer sur la stratégie de revente de l’entreprise

En insistant trop sur la stratégie d’exit, autrement dit de revente de l’entreprise, un entrepreneur peut amener l’investisseur à s’interroger sur les motivations profondes de ce dernier.

Les entrepreneurs qui réussissent sont en général passionnés par leur idée et leur activité. S’ils sont tout le temps en train de penser à revendre, qui dit que leur implication sera si intense ?

Exagérer les chiffres du marché

« Un marché de la taille de l’Inde »; « Dans trois ans, 80% du marché des propriétaires de chiens »; etc.

Dans leurs prévisions, les entrepreneurs tendent parfois à sur-vendre leur potentiel en laissant entendre que quasiment tous les acheteurs du marché, presque sans exception, se rueront à moyen terme vers leurs seuls produits et services. O

u bien, le marché potentiel « est tellement immense », que même en en capturant qu’un petit pourcentage, nous ferons des vous des hommes encore plus riches…

« D’accord, note Cynthia Kocialski. Mais l’investisseur à risque veut surtout savoir comment vous arriver à ce niveau, en partant de zéro…. »

Insinuer qu’il n’y a pas de concurrent, ou passer sous silence la concurrence possible…

La concurrence existe toujours, sous une forme ou une autre…

« Parfois, la concurrence consiste simplement dans le fait que les consommateurs préfèrent continuer à consommer ce qui existait sur le marché avant votre nouvelle offre »

Ignorer les feed back des consommateurs

Un entrepreneur qui semble ne pas se donner la peine de recueillir les avis des consommateurs assez tôt dans son processus de développement est souvent mal parti.

Plusieurs formules existent : lire ce qui se dit sur le Net, proposer aux premiers utilisateurs de servir de référence, organiser des programmes de rencontre avec les clients, etc. S’en passer, c’est se tirer une balle dans le pied.

Jouez trop radicalement la rupture

Rien de plus difficile à prédire qu’une innovation radicale. En général, on ne les attend pas. Les premiers ordinateurs personnels, par exemple, rappelle Cynthia Kocialski, n’étaient perçus, au départ, que comme des objets pour occuper un hobby.

Prétendre d’office réinventer la roue, même si c’est exact, ne signifie pas encore trouver une clientèle prête à se convertir.

Ne pas connaître suffisamment son industrie

C’est de la compréhension des détails et des subtilités d’un marché et d’une industrie que naissent les succès. Ces nuances ne sont toutefois perceptibles, en général, qu’avec une certaine expérience. Un investisseur cherchera à connaître le niveau de cette expérience. Sans cela…

Donner l’impression de s’interdire un coaching extérieur

Apparaître sur la défensive lorsqu’un investisseur vous soumet une question ou creuse un point de votre projet n’est pas du meilleur effet. Loin s’en faut. Cette absence d’écoute peut s’avérer un facteur de morbidité pour n’importe quelle startup. Elle laisse supposer qu’un entrepreneur n’entendra pas les signaux et les messages importants qui impliquent un nécessaire changement de direction ou de stratégie.

3 réactions à “8 façons de dissuader un investisseur à risque d’investir dans votre startup”

  1. Business Angel le 12 février 2011 à 19:37

    Une très bonne synthèse de la problématique du « comportemental  » mais aussi du « fond » du pitch

  2. Solange le 18 avril 2011 à 22:07

    Si l’article dans le fond est plutôt bon, je me permets ici d’indiquer aux entrepreneurs de rester eux-mêmes. Ce n’est pas parce qu’un investisseur a de l’argent qu’il faut lui cirer les pompes !

    Après voir fait le tour du microcosme parisien pendant 6 mois et nous nous sommes vus proposés 600 K€ par tranche de 200 K€ pour 33 % de notre société ! On nous a bien sur fait le coup du Coatch externe connaissant mieux le marché que nous. Nous avons joué le jeu et donné un maximum d’informations…

    Finalement, devant la lourdeur administrative du deal (due diligence à n’en plus finir… on se met à poil pour 1/3 de notre capital !), nous avons refusé l’offre et sommes partis à la conquête des États-Unis où en 3 mois nous avons créé une filiale et levé 7 millions de $ pour 20 % de l’entreprise. Comme quoi, tout est possible !

    La notion de Capital risque n’a rien à voir en France par rapport aux US. Sachez que la plupart du temps, le « risqueur parisien » est couvert par Oséo à hauteur de 40 % en moyenne des fonds apportés et ose encore jouer les pleureuses !

    Si j’ai la force un jour, j’écrirai bien un article sur les 10 façons de dissuader un startup de trouver de l’argent en France.

    Bottom line: une startup qui a un fond de clientèle et un business model qui tient la route n’a pas besoin d’argent… elle s’auto finance !

  3. jyhuwart le 19 avril 2011 à 7:53

    Merci Solange pour cette intéressante et interpellante réaction.
    Elle illustre l’écart qui existe encore dans les mentalités entre les Etats-Unis et l’Europe… Si vous écrivez l’article, je serais en tout cas ravi de le reprendre ici ! :-)

Une opinion à exprimer?