Les cinq degrés de l’open innovation


On le sait : les modèles d’innovation d’hier, concentrés sur le seul département de recherche (R&D) des entreprises, ne parviennent plus à relever les défis posés par les besoins modernes. Tout devient plus complexe. Tout devient plus rapide.

Dans le secteur du médicament, les investissements en recherche ont décuplé au cours des cinquante dernières années. Pourtant, le nombre de nouvelles molécules approuvées chaque année par les autorités est inférieur à ce qu’il était voici un demi siècle…

En Europe, la commissaire européenne en charge de la recherche, Maire Geoghegan-Quinn, évoque une situation d’urgence. La productivité des investissements en innovation des entreprises et des Etats membres de l’Union européenne reculent chaque année.

Innovez avec les autres !

L’un des nouveaux modèles aujourd’hui prônés pour sortir du cul de sac actuel est celui de l’ « Open Innovation« .

L’idée de l’innovation ouverte est simple : n’innovez plus seuls !

En soit, le principe n’est pas neuf.

Les sociétés scientifiques du 18ème siècles déjà, par exemple, avaient pour but le partage des connaissances et l’échange des découvertes entre les membres de la communautés des Sciences.

Les boîtes à idées, autre forme de pré-innovation ouverte, avaient fait leur apparition dès le début du 20ème siècle. A l’instar des concours d’innovation. En 1927, Charles Lindbergh inaugura ainsi la première traversée aérienne sans escale de l’océan Atlantique motivé par la récompense offerte par un homme d’affaires américain à quiconque réussirait l’exploit.

Diversité, créativité, rapidité… : l’avenir par l’open Innovation

Mais près d’un siècle plus tard, le modèle de l’innovation ouverte s’impose progressivement, poussé par différents moteurs :

  • Les cycles d’innovation se raccourcissent et requièrent des échanges plus rapides, réactifs et spontanés.
  • L’émergence des nouvelles plates-formes en ligne, ainsi que la popularisation croissante des réseaux sociaux sur internet, ouvre un champ de possibilités immense aux principes d’open innovation.
  • Plus la diversité des participants est grande, plus les chances de générer des solutions créatives sont élevées. L’innovation ouverte offre un air extérieur frais aux environnements d’innovation confinés et clos.

De grandes variations existent, toutefois, encore quant au degré d’ouverture de ces processus d’innovation.

Les différents degrés de l’open innovation

1. Les PREMIERES ouvertures en matière d’innovation collaborative concernent les laboratoires de recherche.

Voici trente ans, les universités ont commencé à partager leurs résultats de recherche avec les entreprises. Des clusters et des pôles de compétitivité ont vu le jour, notamment dans les pays européens. Ces derniers ont structuré ces échanges scientifiques dans des cadres de collaborations formels élargis.

Cette dimension de l’open innovation reste toutefois, le plus souvent, limitée à l’innovation de type technologique et à la R&D.


2.  Le DEUXIEME stade de l’innovation ouverte implique l’ensemble des membres de l’organisation, au-delà des seuls départements R&D. Peu importe la discipline ou l’unité opérationnelle dans lesquelles ils sont occupés.

Les professionnels du marketing, des ressources humaines, de l’informatique, et autres, tous sont invités à participer à l’échange et à explorer de nouveaux champs inconnus.

L’innovation n’est plus réservée aux blouses blanches (voir la présentation d’Angela Koch, ci-contre).

L’évolution des business models, des schémas d’organisation, des approches en matière de communication, etc. tiennent une place aussi importante dans l’ensemble des processus d’innovation.

 

3. Le TROISIEME degré de l’open innovation ouvre la démarche de création et de développements aux clients.

Le temps de réaction par rapport aux signaux du marché se raccourcit. Dans ce contexte, les aptitudes d’écoute et de réaction aux signaux du marché deviennent déterminantes.

L’entreprise devra parfois être prête à impliquer ses clients dans certains de ses choix stratégiques, de façon transparente.

Plusieurs supports permettent cette connexion avec les besoins des acheteurs. Le relais et le traitement systématisé des informations remontant des vendeurs et du réseau de distribution en sont un. Internet, et plus spécifiquement les réseaux sociaux, en sont un autre. L’impact de ces plates-formes en ligne est grandissant.

 

4. La QUATRIEME degré de l’innovation ouverte, quant à lui, envisage de puiser dans la fertilité créative des communautés extérieures.

« L’association des spécialistes de la biochimie du cortex », les « collectionneurs de timbre d’Auvergne », les « fans de Leonard Cohen »,… Nous sommes entourés de millions de communautés. Chacune à son identité, sa taille et ses dynamiques propre.

Jadis, les communautés se fédéraient grâce à réunions, des structures juridiques, des médias communs. Désormais, les communautés interagissent, grandissent et naissent également sur internet.

Innover au sein des communautés peut prendre plusieurs formes.

Les clusters et les pôles de compétitivité, déjà cités, sont des communautés à part entière, structurelles. Pour l’heure, ces derniers sont toutefois surtout liés à des territoires ou à des secteurs définis. Aujourd’hui, les modèles communautaires d’innovation peuvent toutefois aller bien au-delà de collaborations initiées sur la base d’un lien géographique, institutionnel et/ou disciplinaires.

Les communautés d’innovation peuvent également se former sur une base ponctuelle.

Les « Idea markets« , par exemple, sont des espaces innovants d’échange qui reposent sur l’appel à des idées neuves en vue de résoudre un problème défini. Les concours d’idées appartiennent également à cette catégorie.

Toutefois, l’innovation peut aussi surgir des discussions entre individus, au sein des communauté, sans agenda prédéterminé. Sur les réseaux sociaux virtuels, par exemple, des groupes de discussion professionnels échangent sur des sujets parfois très pointus.  Elles peuvent amener de nouvelles collaborations, qui pourront déboucher, le cas échéant, sur de nouveaux services ou produits innovants.

 

5. Le CINQUIEME degré de l’open innovation est celui qui voit l’entreprise recourir aux idées et aux inputs de l’ensemble de la population.

Pas de pré-sélection, professionnels comme amateurs. Chacun se voit offrir la capacité de participer au processus d’innovation.

Plusieurs voies existent. Le crowdsourcing, littéralement l’appel à la foule, est aujourd’hui, sans doute, le concept le plus connu en ce qui concerne cette forme élargie d’innovation ouverte.

Le modèle peut aller plus loin encore. On parlera alors d’entreprises distribuées, d’équipes qui se forment et se déforment en fonction des opportunités, des rencontres, des affinités et des projets.

L’innovation ouverte bascule alors dans l’ « Open Enterprise », l’entreprise globale ouverte.

Pensez écosystème, plus produit

En résumé, la notion d’open innovation peut recouvrir plusieurs seuils d’intensité.

Ces derniers reposent sur le degré d’ouverture qu’une entreprise est prête à accepter dans le cadre de ses activités, dans le respects des contraintes qui sont les siennes en matières légales, commerciales, stratégiques et opérationnelles.

Plus généralement, l’open innovation envisage l’innovation non plus comme une démarche démarrant de la volonté de développer un produit prédéfini mais comme une approche visant à créer de la valeur à partir d’un ou plusieurs écosystèmes existants ou à contruire.

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