IP Trade : une micro-multinationale spécialisée dans les téléphones pour salles de marché


A quoi ressemble une salle de trading en 2011 ?

Une immense pièce où des dizaines de courtiers et de cambistes s’agitent frénétiquement devant des écrans d’ordinateur.

Contrairement aux années 80, néanmoins, la majorité des transactions financières se réalisent aujourd’hui par voie électronique.

Toutes les transactions ? Non. Le téléphone reste l’outil de communication privilégié pour 5% des opérations nouées entre salles de marché.

Le contact humain direct, vocal, par téléphone, demeure en effet nécessaire pour les très grosses transactions financières ou pour les produits complexes, comme les dérivés sur titre. Par ailleurs, certains courtiers travaillent aussi avec des investisseurs institutionnels (comme des assureurs ou des hedges funds) auxquels ils vendent des placements à plus long terme. Ces opérations nécessitent encore un contact direct avec les acheteurs afin de leur expliquer les éléments techniques (analyses sectorielles, études macro-économiques ,etc.) qui justifient, par exemple, le montant des primes de risque.

Un spécialiste liégeois de la communication entre traders dans les salles de marché

IP Trade, une startup basée à Liège, s’est positionnée sur ce créneau de pointe des téléphones pour salles de marché.

La firme développe et produit des solutions de communication vocale basée sur la technologie dite Voix sur IP (VoIP). Pratiquement, à la différence des systèmes téléphoniques analogiques classiques, avec la VoIP, le signal vocal est en fait transformé en paquets de données, diffusés ensuite sur le réseau internet.

IP Trade – qui occupe 27 personnes et a récemment ouvert un bureau à Hong Kong – équipe à présent 2.000 traders, répartis dans 27 pays du monde. Ce parc installé représente environ 1% du marché mondial.

La gamme de téléphones d’IP Trade est davantage adaptée pour les petites salles de marché, de quinze ou vingt traders.

« La technolgie VoIP est plus facile à mettre en place dans les réseaux de salles de marché décentralisés, explique Benoît Dewonck, co-fondateur de IP Trade. Dans les grandes banques, le système téléphonique est souvent plus ancien et très lourd, car basé sur de nombreux routeurs analogiques qu’il est plus complexe de remplacer intégralement. Notre solution VoIP est par contre plus flexible. Elle permet de s’appuyer sur des serveurs centralisés en un endroit, même si les connexions relient plusieurs localisations ».

Entrée par la porte des départements informatiques

Malgré sa petite taille dans un marché dominé par de très grands joueurs (l’Américain IPC, France Télécom et British Télécom sont les concurrents principaux aujourd’hui de la firme liégeoise), IP Trade a pu s’imposer dans ce segment grâce à sa compréhension des problématiques rencontrées par les départements informatiques des banques.

Les co-fondateurs de la société ont passé une partie de leur vie professionnelle antérieure dans les rangs de grands équipementiers informatiques et télécoms. Ils y ont appris une certaine efficacité commerciale et en ont répliqué les pratiques.

Outre son propre réseau commercial, IP Trade utilise un réseau de revendeurs contractuels. IP Trade voit aussi parfois les prospects arriver d’eux-même grâce à son site internet. L’avantage d’un positionnement de niche.

Diversification vers les centres de dispatching, les call centers et même les terminaux pour réceptionnistes

Entre-temps, la crise financière de 2008 a frappé. La croissance d’IP Trade s’est arrêtée nette avec le gel brutal des budgets d’investissement des grandes banques.

Si les traders ont dû faire ceinture au niveau de leurs investissements en nouveaux équipements.

IP Trade a dès lors choisi de prendre une voie de traverse. En ligne de mire, cette fois : les call centers, les centres de dispatching et le marché des réceptionnistes.

« Beaucoup de fonctionnalités développées pour répondre aux besoins des traders sont utiles dans d’autres contextes, note Benoît Dewonck. Après tout, même s’il ne faut pas le dire aux traders, une salle de marché n’est rien d’autre qu’un gros call center. La différence est que les lignes restent ouvertes en permanence. On ne met personne en attente, puisque l’on veut effectuer la transaction… »

Ce nouveau virage commence à porter ses fruits.

Le centre de gestion des problèmes de l’énergéticien écossais Scottish Power, par exemple, utilise aujourd’hui les terminaux IP Trade. La firme liégeoise travaille, également, avec un géant bancaire américain en vue de livrer, cette fois, non les traders dans les salles de marché mais des guichets de réceptionnistes.

Cette nouvelle activité non liée aux salles de marché représente pour l’heure 10-20% du chiffre d’affaires de IP Trade (3 millions d’euros).

« Mais cette proportion devrait monter à 50% d’ici 2013″, indique l’entreprise.

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