Quel que soit le secteur, David gagne de plus en plus souvent contre Goliath


Le groupe Intel est-il en train de perdre la partie dans le domaine des semiconducteurs de nouvelle génération ?

Il semble que oui.

Depuis plus de vingt ans, Intel domine outrageusement le marché des semi-conducteurs dans le monde informatique. A ce jour, l’entreprise est toujours numéro 1 sur ce segment, avec 86% du marché des ordinateurs personnels.

Toutefois, la croissance aujourd’hui se situe surtout dans le créneau des appareils mobiles (Netbooks, smartphones, tablettes,…). Or, dans ce domaine, le nouveau leader est une entreprise britannique, ARM Holding, dont la taille est 70 fois plus petite que celle du géant californien.

Le modèle basé sur la taille et la standardisation aurait vécu…

Alors que, en bon industriel classique, Intel développe et produit des microprocesseurs standardisés, vendus tels quels aux fabricants, ARM développe une architecture ouverte et optimale pour ses puces. Mais la firme ne le fabrique pas elle-même. Elle vend les plans à ses clients équipementiers, en échange du paiement de licences ou de royalties. Ces derniers laissent la production à des fondeurs indépendants d’ARM (Samsung, Texas Instruments,…).

Source : Business Insider

Cette approche permet à ARM d’offrir des architectures moins gourmandes en énergie. Surtout, les chips sont customizables par les clients finaux, fabricants de smartphones ou de tablettes. Grâce à cette conception ouverte, ces derniers peuvent adapter les proprités de chaque semiconducteur à leurs besoins propres.

Résultat : ARM est, aujourd’hui, de loin, le premier fournisseur de l’industrie du mobile.

D’ici 2014, cette domination devrait encore se renforcer, au point d’ébranler définitivement la position d’Intel (voir grahique ci-dessous, correspondant aux puces Intel et similaires). Les fabricants de décodeurs et de télévision (dont Apple), se tournent désormais, également, vers le Britannique.

Ouverture, flexibilité, réseau agilité… Le nouveau modèle gagnant

Pour Herman Hauser, le modèle économique spécifique de ARM (2.000 personnes, 460 millions de $ de chiffres d’affaires annuel) est tout simplement un « Intel Killer« . En 2011, il consacre la suprématie des organisations souples, agiles et flexibles aux demandes des clients face à l’approche industrielle purement basée sur la taille et le rapport de force.

Disons, en tout cas, que celle-ci ne suffit plus. Pour rappel, Intel occupe 82.000 personnes dans le monde, pour 35 milliards de $ de chiffre d’affaires annuel.

La créativité, le talent, l’écoute et un excellent réseau de connexion avec les acteurs pertinents à travers le monde, sont les premiers atouts de ARM.

Est-ce un hasard, par exemple, si ARM est si actif sur les réseaux sociaux pour interagir avec sa communauté d’innovateurs, illustrant ainsi cette mentalité ouverte qui fait aujourd’hui défaut à d’autres ?

Dommage pour Intel… Le marché des puces électroniques n’a sans doute jamais et aussi porteur. On les retrouve à présent partout (voitures, vêtements, construction, etc). Preuve de cet engouement: le groupe IBM vient, à son tour, d’annoncer son intention de développer sa présence dans ce segment en vogue.

David de plus en plus souvent vainqueur de Goliath ?

Le duel ARM/Intel n’est pas un cas isolé.

David vainqueur de Goliath ?

Ce scénario se reproduit de plus en plus, quel que soit le secteur.

Le ras-le-bol des clients vis à vis des grosses machines impersonnelles qui ne les écoutent pas ou les immenses opportunités de nivellement des coûts offertes par les nouveaux outils du web permettent, de nos jours, à dizaines de petits acteurs de rogner peu à peu la domination des gros.

La « longue traîne » se  dessine dans un nombre croissant de secteurs

Voici quelques années, Chris Anderson, célèbre fondateur du magazine Wired, avait décrit cette évolution, en parlant alors de l’économie du web, en la baptisant longue traîne. L’idée était qu’un nombre croissant de petits acteurs allaient, dans le web, pouvoir se répartir une portion grandissante d’un marché donné sur internet.

Il semble que le principe de la longue traîne soit en train de s’étendre dans la plupart des secteurs. Les positions des acteurs dominants s’effritent. Cela, pour des raisons qui tiennent à l’impact des nouvelles technologies web, à la globalisation, mais, aussi, à l’innovation de business modèle ou à la dérégulation de certaines professions.

Les petits grignotent du terrain dans les secteurs de la banque ou de la pharmacie…

Opérons, ici, un bref tour de quelques secteurs, pour le vérifier.

Banque

Prenons d’abord, par exemple, le secteur de la banque.  En Belgique.

Depuis cinq ans, selon le magazine Trends-Tendances, la position des des grandes  banques (BNP-Paribas, Dexia, ING, KBC), déjà fragilisées par la crise, s’érode sous les assauts d’une myriade de nouveaux venus.

Certes, il reste du gras aux grandes institutions. Mais celui-ci fond. Déjà de nouveaux modèles bancaires innovants (P2P Lending, mobile banking, etc.) se préparent, lesquels risque de les délester davantage de leurs parts de marché.

(source : Trends-Tendances)

Pharma

Dans le secteur pharmaceutique, c’est la montée en flèche des producteurs de médicaments génériques qui mange les marges de progression dans grandes marques classiques.

Les nouveaux venus, souvent venus des pays émergents, s’imposent progressivement sur les segments des maladies les plus répandues.

Parallèlement, les biotechnologies gagnent du terrain, avec des petites structures agiles grignotent les positions des géants de l’industrie pharmaceutiques.

Musique, télévision, presse… Idem

Même schéma dans les médias au sens large.

Télévision

Pour la télévision, plusieurs phénomènes concourent à fragmenter la  position des acteurs dominants.

En France, la déréglementation et la technologie, notamment, ont ainsi permis le développement de chaînes numériques hertziennes (TNT). La TNT représente désormais 20% de l’audience TV nationale, selon Telerama. Déjà 60 petites chaînes différentes se partagent le faisceau, rognant peu à peu l’hégémonie du numéro 1 TF1.

Cela, sans compter l’impact de la concurrence d’internet sur les audiences jeunes, notamment.

(Source : Telerama)

Musique

Dans le secteur de la musique, là, les jeux sont faits depuis plus de 10 ans. Internet et la digitalisation ont renversé le centre de gravité. Les majors du disque ont dû encaisser. Leur manque de réactivité, l’émergence de nouveaux acteurs en ligne et l’utilisation de nouveaux supports digitaux plus flexibles ont entraîné une vaste redistribution des cartes.

Un nombre beaucoup plus vaste d’opérateurs se partagent, aujourd’hui, le marché de la musique.

Si quelques grands dominent encore, ils ont nettement perdu de leur superbe.

Presse

Faut-il s’étendre sur le lent déclin des journaux classiques, écrasés par la chute des revenus publicitaires, l’évolution des modèles d’information et la multiplication de nouvelles sources en ligne ?

La presse, aussi, rebat en ce moment les cartes. (Ci-dessous, courbe d’évolution des principaux journaux quotidiens en Irlande).

(source : Sluggerotoole)

Les gros ne sont pas immmortels non plus dans l’industrie

Mobile

L’industrie n’échappe non plus de ce phénomème de « granularisation ».

Prenons les fabricants de téléphones mobiles. En quatre ans, l’évolution est saisissante, avec, au niveau mondial, l’effondrement de profits de Nokia, Sony-Ericsson et de LG, et l’OPA d’un nouveau venu, certes déjà de taille dans son secteur : Apple.

Source : Asymco.com

L’imprévisibilité devient, encore une fois, la norme…

Avec l’éclosion permanente de petits acteurs agiles et très réactifs, l’imprévisibilité devient, plus que jamais, la norme, quelle que soit le secteur.

Demain, un startup n’importe où dans le monde peut, en deux ou trois ans, renverser totalement le centre de gravité d’un marché réputé stable et mûr…

Mieux vaut s’en rappeler.

 


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