Open innovation : sortir des concours superficiels et adopter un vrai changement d’organisation


L’Open innovation gagne ses lettres de noblesse dans un nombre croissant d’entreprises et de secteur.

Beaucoup s’essaient aux concours d’idées. Dernier exemple en date, parmi de très nombreux autres, cette initiative du constructeur automobile Nissan, intitulée Innovation Garage

Le principe du Innovation Garage de Nissan est classique : n’importe qui peut soumettre une idée d’innovation via le site internet dédié au projet. Un jury sélectionne deux d’entre elles dont les auteurs bénéficient d’une bourse de 50.000 $ pour approfondir la possibilité de réaliser celles-ci.

Explosion des concours d’idées en ligne

Cette approche de l’innovation ouverte basée sur des concours est tout sauf neuve, observe cet article du quotidien Le Monde, paru cette semaine :

« Les concours d’art et d’architecture remontent à l’Antiquité (…) Les premières locomotives, le premier vol transatlantique sont issus de concours restés célèbres », rappelle-t-il.

Après avoir perdu de leur popularité dans le milieu du XXème siècle, les concours d’innovation sont depuis réapparus dans le paysage de l’innovation. Le besoin grandissant de contributions créatives extérieures pour stimuler les dynamiques d’innovation et les nouvelles possibilités d’accès offertes par internet expliquent, entre autres, ce regain.

Petit échantillon d’autres exemples de concours d’idées récents : le Style your Smart Daimler design contest, le BMW Ideas Contest, le DHL Ciy Logistics Innovation Contest, et bien d’autres… A l’instar de Nissan, un thème (le design d’un élément d’une voiture, la logistique urbaine, etc.) est proposé. Un jury sélectionne les idées qui lui sont soumises.

Un champ d’innovation réduit au minimum

Si ces concours sont utiles (pensons seulement à la Tour Eiffel, également fruit de l’un d’eux), les champs couverts restent cependant très délimités.

« Les défis sont précis : le réfrigérateur le plus économe en énergie, une méthode optimale de prévision statistique, une technique adaptée d’exploitation minière, etc », note Armand Hatchuel, professeur à l’Ecole des Mines de Paris, dans Le Monde.

Cela ne va souvent pas beaucoup plus loin.

Par ailleurs, si ces initiatives ont le mérite d’instiller des apports frais et des angles de vue différents dans la dynamique créative de l’entreprise, elles visent parfois autant à servir d’opération de communication qu’à décider des ouvrages qui seront mis en chantier l’entreprise dans l’avenir.

« Pour des innovations plus ambitieuses (nouvelles énergies, approches de la santé, mobilités…), le travail de conception colle mal à ce schéma », souligne Armand Hatchuel.

Intrégrer l’Open innovation horizontalement et en permanence

Afin d’exploiter pleinement le potentiel de l’innovation ouverte et attendre de celle-ci un impact réel en termes de génération de dynamiques nouvelles, il convient de lui laisser plus de place.

Autrement dit, l‘open innovation ne doit plus être vue comme un gadget marketing ou une micro-action délimitée en temps et en contenu.

Elle doit s’insérer transversalement dans l’ensemble des processus d’innovation de l’entreprise. Idéalement, elle impliquera une certaine porosité avec tous les autres départements de l’organisation.

Des exemples d’intégration plus poussée et durable

Les exemples qui vont plus loin dans l’intégration structurelle de l’open innovation, heureusement, se multiplient également, aujourd’hui .

Beiersdorf, le producteur de la crème Nivea, par exemple, a mis en place une plate-forme d’innovation ouverte beaucoup plus intégrée avec ses fournisseurs extérieurs (baptisée Pearlfinder).

Le projet Clorox Connects, mentionné par le consultant spécialisé Stefan Lindegaard, opéré par le fabricant de produits d’entretien Clorox, semble  illustrer une approche de l’open innovation intégrée de façon continue dans les processus d’innovation de l’entreprise.

Enfin, comment ne pas citer le fabricant de jouets danois Lego, dont la santé financière est éclatante, grâce notamment à la capacité du groupe d’innover de façon beaucoup plus rapide, en tenant compte en temps réels des feedbacks du terrain à travers des initiatives désormais officiellement reconnues comme appartenant au champ de l’open innovation.

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