Les entreprises paieront pour obtenir moins d’informations
3 mai 2008
Voici quelques mois, deux des plus grandes agences mondiales d’information économique, Thomson Financials et Reuters, annonçaient leur fusion. Tom Glocer est le patron du nouveau groupe. Il tient un blog. Le rapprochement entre les agences résulte du besoin de plus en plus exprimé des entreprises pour l’ information dit intelligente.
En 1977, un visionnaire célèbre appelé Marc Uri Porat, estimait que notre société était entrée dans l’économie de l’information lorsque le temps passé à créer, traiter et distribuer l’information avait excédé le temps consommé par les trois secteurs économiques traditionnels (agriculture, industrie et services). Ce cap a été franchi en 1967, déjà, selon Porat, note Tom Glocer. Cette année là, 53% des revenus de travail dérivé de l’ensemble des travailleurs étaient lié au secteur de l’information.
Inutile de préciser que les choses ne se sont pas arrangées depuis. Mais quarante plus tard, le besoin est aigu de trouver la bonne information. Plus seulement l’information en général. Selon Glocer, l’internet a généré une demande globale d’information intelligente.
“Qu’est que l’information intelligente?”, demande-t-il. “Des textes éclairés et bien écrits, certainement. Mais c’est aussi du contenu dynamique livré sous format électronique, auto-descriptif, s’organisant de lui-même et dirigé vers l’action. Dès lors que nous passons du Web 2.0 vers le Web 3.0 (ou web sémantique), l’information intelligent deviendra le langage commun. ” En d’autres termes, les professionnels ne voudront plus payer que pour l’information qui leur est pertinente, et qui leur est utile à un moment bien déterminé. Glocer prend l’exemple des avocats, médecins, scientifiques, comptables et autres experts financiers payeront pour recevoir… moins d’informations. Mais pour obtenir l’information appropriée à leur activité, qui les aide à prendre de meilleures décisions, plus vite.
Tom Glocer va plus loin et explique que personne ne paie déjà plus pour recevoir les prévisions météo. Ce genre d’information est une commodité, un produit standard. Pour celui qui fournit cette information, le seul moyen de gagner sa vie est d’y accoler de la publicité. En revanche, si ce dernier est spécialisé dans la prévision d’ouragans, les compagnies d’assurances habitation paieront sans hésiter”. On pourrait rajouter, d’autant plus s’il accompagne cette information d’analyses fouillées et riches.
L’émergence de la Chine et de l’Inde, pays assoiffés de connaissances nouvelles et d’ambition à conquérir les marchés mondiaux, tire la demande pour l’information intelligente davantage encore. Dans le même temps, constate le patron de Thomson Reuters, les industries physiques se transforment elles aussi en sociétés d’information. “On l’a vu jadis dans les marchés financiers quand on a abandonné l’étalon or et introduit les transactions électroniques. Une transformation similaire est à l’oeuvre dans le secteur pharmaceutique, qui de producteur et constructeur d’usines est passé au modèle immatériel, où l’activité consiste surtout à décoder, analyser, manipuler, par exemple, le génome humain. Il s’agit d’une opportunité immense pour les fournisseurs d’information intelligente”. A commencer par Thomson Reuters, forcément, souligne son patron…, qui devrait recruter dans l’avenir des “information majors”, des experts dans une série de secteurs stratégiques, disposant d’une vision globale et innovante… Est-ce la fin du journaliste d’agence?
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