Déposer un brevet ? Cela ne sert plus qu’à obtenir des subsides
février 10, 2010
Compte tenu de l’évolution extrêmement rapide de la technologie, déposer un brevet pour protéger sa propriété intellectuelle a-t-il encore du sens ?
Non seulement, le processus de documentation, de défense et de validation est relativement long. Mais le brevet technologique est de plus en plus rapidement dépassé. Pensons, par exemple, que le cycle de remplacement d’un téléphone portable est désormais inférieur à deux ans, dans les pays développés. Les standards, les fonctionnalités, les performances s’améliorent de mois en mois…
Les limites du brevet…
Wow Company, une PME spécialisée dans l’ingénierie et les… boules à vague pour piscine (utilisées dans les parcs d’attraction ou pour les entraînements de secouristes, par exemple), estime que le modèle de protection intellectuelle qu’incarne le brevet arrive aujourd’hui en fin de vie. 
La société, crée en 1983, n’échappe pas aux affres de l’économie moderne. Elle a subi des vols de propriété intellectuelle. Des concurrents installés en Chine ont copié son produit. Sans conséquence dramatique, heureusement, pour la PME européenne.
Breveter seulement pour rassurer nos partenaires et obtenir des subsides
Aujourd’hui, Wow Company dépose encore, occasionnellement des demandes de brevet pour les technologies qu’elle développe. Mais pas dans un souci de protection juridique. Bien pour des raisons stratégiques et commerciales.
« Je veux, quand je discute avec un autre industriel ou un partenaire distributeur pour montrer que j’ai les moyens de me défendre », poursuit Joël Demarteau.
« D’autre part, le brevet permet de montrer aux organismes européens une certaine crédibilité en démontrent que nous avons fait cet effort de propriété intellectuelle ».
En d’autres termes, le dépôt d’un brevet permet de décrocher les subsides.
« L’Europe juge que nous sommes une entreprise innovante en fonction, essentiellement, du nombre de brevets que nous avons déposés. Un peu comme l’on évalue la qualité d’un chercheur en fonction de la quantité des publications qu’il réalise, alors que certains universitaires publient de façon automatique. Simplement, ils ont trouvé le truc et maîtrisent les critères et les réseaux appropriés pour bénéficier d’une publication ».
Une mesure dépassée de l’innovation
L’innovation est une denrée délicate à mesurer. Pour les pouvoirs publics, compter le nombre de brevets déposés est une façon facile de quantifier le degré d’innovation d’une économie. Par certains aspects, l’Union européenne s’est perdue sur ce chemin purement quantitatif avec le processus de Lisbonne (2000-2010). Ce dernier prenait en compte des critères linéaires comme les dépenses de recherche en proportion du PIB (3%).

Certes, dans le tableau de bord 2008-2009 de l’innovation en Europe (European Innovation Scoreboard), le nombre de brevets déposés n’est plus qu’un indicateur parmi d’autres. Il reste pourtant un élément à part entière.
Quand la propriété intellectuelle tue l’innovation…
N’oublions pas que, dans certains cas, le brevet tue aussi l’innovation. A l’instar de certaines maisons de disque qui signent des artistes pour éviter qu’ils ne se lient avec un concurrent et qui les « placardisent » ensuite…
« Il y a un certain nombre d’années, j’avais déposé un brevet pour un réveil qui vous éveillait avec des variations de lumière, se souvient Joël Demarteau, chez Wow Company. Nous avons constaté par la suite qu’un inventeur japonais avait déjà protégé cette invention avant nous. Je ne pouvais plus avancer. Plus tard, nous nous sommes rendus compte que cet inventeur japonais n’avais jamais commercialisé. Il a fallu quinze ans avant que Philips ne mettent un produit similaire sur le marché. Et encore, moins évolué que ce que nous avions conçu bien avant. Pendant quinze ans, la propriété intellectuelle a verrouillé la possibilité d’innover dans ce segment.
Mauvais indicateurs de l’innovation, mauvais instruments de soutien
L’innovation conditionne l’avenir de nos économies développées. Les formes de soutien à l’innovation sont donc déterminantes. Mais si les instruments visent à soutenir l’amélioration de certains indicateurs, mais que ces derniers sont les mauvais indicateurs,… nous avons un problème.
D’autres éléments existent, pourtant, pour proposer des outils plus qualitatifs et pertinents, dans notre économie ouverte. En voici quelques uns.
Qui sait si, dans quelques années, l’un des critères d’évaluation de l’intensité d’innovation, voire de condition à recevoir une aide financière, ne sera pas l’absence de dépôt de brevet ?..
L’interview de Joël Demarteau, de Wow Company
Derniers points
Terminons avec ces deux dernières réflexions :
« Le brevet est un indicateur très utile dans certains secteurs, observe cet article dans Business Week, comme la chimie ou la pharmacie. Le brevet ne donne toutefois pas d’indication sur le niveau d’avant garde d’un nouveau modèle économique ou d’une stratégie qui sort de l’ordinaire. Il s’agit pourtant d’éléments très importants pour accroître la création de valeur, dans un secteur comme le commerce, par exemple »
Un chercheur qui dépose des centaines de brevets recevra les louanges de ses pairs. Mais si ces derniers ne sont pas convertis en produits commercialisés, ils n’auront quand débouché sur aucune création économique », rappelle, pour sa part, Scott Anthony (HBS), dans ce billet consacré aux dangers de l’innovation par les chiffres.
Internet ne sera bientôt plus qu’une toile sociale
août 26, 2009
Internet ne sera-t-il bientôt plus qu’un vaste réseau social ? Une étude menée par l’agence de marketing écossaise Yomego prédit l’avènement d’un web dominé par les réseaux sociaux. Selon Yomego, les réseaux sociaux supportent aujourd’hui plus d’un milliard de profils individuels. Une personne sur sept dans le monde est présente d’une manière ou d’une
autre sur le « Web social ».
Web social de masse
Les réseaux sociaux sont désormais entrés dans la phase d’adoption de masse. Sur Facebook, la barre des 250 millions d’utilisateurs actifs a été franchie au niveau mondial. Dans un pays comme la Belgique, par exemple, en février 2009, 2 millions d’utilisateurs étaient recensés, autrement dit 20% de la population est inscrite sur le trombinoscope en ligne.
Pour Yomego, » l’Internet ne sera plus un endroit ou l’on trouve des sites de réseaux sociaux; les réseaux sociaux seront l’Internet« .
Quelque 4 milliards d’euros ont été investis à ce jour dans les réseaux sociaux: YouTube racheté par Google pour 1,6 milliard de dollars; MySpace racheté par NewsCorp pour 580 millions de dollars; Friendfeed racheté par Facebook, etc. Certes, les business modèles ne sont pas encore totalement au point. Une question de temps sans doute, vu la popularité planétaire des sites (1).
L’entreprise dans l’internet socialisé ?
Le web social offre de belles opportunités pour les marques et les entreprises. Bien que le retour sur investissement ne soit pas encore évident à calculer, des études commencent à démontrer l’avantage à retirer d’une bonne présence en ligne.
Afin de profiter pleinement de ces nouvelles opportunités, les marques devront adopter une attitude très différente de ce à quoi le marketing et la publicité traditionnelle les ont habituées. Inutile d’essayer de contrôler les réseaux, de bombarder les sites de bannières publicitaires. Les marques ne traiteront plus avec « un marché » , « une cible », « la ménagère de plus de 50 ans ». Avec l’avènement du web social, les gens deviennent des Webacteurs (2), des personnes actives qui souhaitent rentrer dans une conversation. Ce qui signifie que les personnes ne se laisseront plus enfermer dans des carcans, mais souhaiterons être prises dans leur singularité.
Sur le web social, les interactions sont plus subtiles. A l’image de la vraie vie. L’important sera de gagner en crédibilité, en sympathie (gagner des Wuffies). Honnêteté et transparence seront les maîtres mots. Pour une raison ou une autre une marque ne joue pas le jeu, les consommateurs mécontents ne vont pas se priver de le faire savoir. A coups de marteau s’il le faut. Les entreprises devront accepter la critique. Elles devront pouvoir entamer le dialogue.
L’internet social ouvre de nouvelles portes à la créativité et l’innovation
Mais l’entreprise pourra aussi profiter du web socialisé pour stimuler sa créativité, accroître son potentiel d’innovation, explorer de nouveaux territoire grâce à de nouveaux concepts ouverts comme le crowdsourcing. Demain, grâce aux interactions directes sur le web social, une critique pourra se transformer en amélioration du produit et au final dans de meilleures ventes et une meilleure image de marque.
Ces quelques lignes laissent entrevoir l’énorme champs des possible ouvert par le Web social. Celui-ci n’est qu’à ses débuts, impossible de savoir de quoi demain sera fait. Une est chose sûr cependant, le plus tôt une entreprise investira le web social, en comprendra le fonctionnement, sa culture, son mode d’interaction, le mieux elle serra préparé pour s’adapter aux changement et évolution à venir.
(1) Google a commencé à intégrer des publicités au sein de ses vidéos Youtube. Facebook a une régie publicitaire qui permet un ciblage très pointu, en plus d’accords passés avec des grand compte (exemple avec Visa qui a payé 2 millions de dollars). Twitter a également annoncé le lancement de services payants à l’intention des professionnel.
(2) Terme emprunté à Francis Pisani et Dominique Piotet dans leur livre comment le web change le monde. Il exprime bien que sur le Web l’internaute n’est pas un spectateurs passif mais quelqu’un d’actif qui interragit, s’exprime, produit du contenu etc.
source image: http://www.flickr.com/photos/25577119@N04/3177646903/
Avec internet, le consommateur reprend le pouvoir,… à coup de marteau s’il le faut
mars 3, 2009
Des clients qui cassent vos produits à coup de marteau sur Youtube. Des blogs qui se créent uniquement pour réclamer la mort de votre entreprise. Le consommateur reprend le pouvoir aujourd’hui. Aux Etats-Unis, les opérateurs câble, les fournisseurs d’électricité, les fabricants d’électronique de grande consommation, les constructeurs automobiles, tous tremblent à l’idée qu’un client mécontent lance demain une action spectaculaire sur le Net en représailles contre un service jugé défaillant. Youtube, Vimeo, Facebook, MySpace, Twitter et une quantité d’autres plate-formes… donnent aujourd’hui au consommateur un pouvoir immense.
Un consommateur qui à une mauvaise expérience peut très vite le faire savoir et très vite le diffuser. Ils représentent autant de support à une information qui va se rependre très vite .
Quitte à prendre un exemple, prenons l’un des plus connus: « Dell Hell », dont le constructeur d’ordinateur Dell fut la cible, est désormais étudié sous toutes les coutures comme le paroxysme du « buzz négatif ».
Jeff Jarvis, Blogueur « influent » avait eu maille à partir avec le service après-vente de Dell. Il ne s’était pas privé de le faire savoir sur son blog. Un Blogueur de Toronto (Jeff Jarvis est américain, le web n’as pas de frontière…) fit alors mention sur la Toile d’une conversation subtilisée dans un bureau : une personne déconseillait une autre d’acheter un Dell, car il avait lu sur le blog de Jeff Jarvis que le service après-vente était déplorable. L’information s’est ensuite propagée comme une trainée de poudre.
Durant cette même année, le chiffre des ventes de Dell a chuté dramatiquement. Jeff Jarvis n’est pas, à lui seul, responsable de cette situation. Cependant ce cas démontre qu’une entreprise doit faire très attention à ce qui est dit sur elle.
Comcast un très gros cablo opérateur américain (un équivalent de Noos, en France, Voo ou Telenet, en Belgique, Cabletron au Canada…) revient lui aussi de loin, sur ce plan. La réputation de Comcast auprès de ses clients était déplorable. L’un d’entre eux créa un blog » Comcast must Die » . L’effet ne se fit pas attendre. L’auteur du blog a été interviewé dans une émission de la chaine américaine ABC :
Comcast a opéré un virage à 180 degrés. A tel point que le Blog « Comcast Must Die » va s’arrêter. De l’aveu même de l’auteur » dorénavant, Comcast n’est plus sourde aux complaintes ».
Ces modèles de relations directes entre consommateurs et entreprises ne tardent pas à traverser l’Atlantique. Les cas de buzz négatif à l’échelle nationale sont encore rares en Europe. Ils pourraient bien se multiplier dans les mois ou années qui viennent.Voyez, par exemple, le cas de Ryanair (découvert via Bloggingthenews).
Les réseaux sociaux percent à grandes enjambées sur le Vieux continent. En France, Facebook a attiré 12 millions de visiteurs unique au mois de décembre 2008, selon Comscore. L’équivalent de 20% de la population. Plus 443% en un an ! Au Royaume-Uni, le taux de pénétration des réseaux sociaux atteint 79% !
En ligne, le principal actif d’une marque et d’une entreprise: c’est sa réputation . Ecouter et échanger sincèrement avec vos clients.
Mais quoi faire?
Développez une nouvelle forme de gestion de relation client (Customer Relation Management (CRM)): organisez vous-même un lieu d’expression public pour vos clients.
Imaginons que j’ai acheté un nouveau téléviseur, mais que je n’arrive pas à brancher mon lecteur de VHS. Ce n’est pas expliqué dans le manuel, car le constructeur s’est limité au DVD considérant la VHS comme négligeable sur le marché. Et, pas de chance pour la marque, je suis président de « l’amical de la sauvegarde de la VHS « . L’entreprise à intérêt à me donner une réponse rapide. Sinon je vais m’empresser de déconseiller ce téléviseur. Deux approches s’offrent, dans ce cas, à la compagnie:
Soit m’envoyer sur une ligne téléphonique ou je risque de perdre patience et éventuellement ne pas directement tomber sur la personne compétente.
Soit, je vais sur le service en ligne organisé par la marque. Il y a de fortes chances qu’un autre amateur de la VHS a déjà posé la question et la personne compétente dans l’entreprise aie déjà répondu. En trois clics me voilà satisfait. Et un gain d’argent pour l’entreprise, car à aucun moment je n’ai mobilisé de membres du personnel.
Si vous montrez que vous êtes à l’écoute, si vous répondez de manière transparente, si vous essayez honnêtement d’aider vos clients, votre réputation en ligne, et dans le monde physique, va croître positivement.
- Innover
Vos clients sont des gens intelligents, ils regorgent d’idées. Profitez de la relation que vous établirez avec ceux-ci pour leur demander leur avis, leurs idées sur vos biens et services. Votre communauté d’utilisateur peut de cette manière être intégrée dans le développement d’un produit. A la clé: une situation d Win-Win. Le client va avoir un produit qui répond mieux à ses besoins. L’entreprise de sont côté va pouvoir fidéliser ses clients en valorisant leurs idées dans des produits.
La philosophie, plus importante que l’outil.
Il existe une série d’outils qui permettent de faciliter la gestion votre relation client (rightnow, lithium, Get Satisfaction). Mais ce ne sont que des outils. La manière dont vous allez interagir avec vos clients va être déterminante dans la réussite ou non de votre relation avec vos utilisateurs.
Dans une interview, Thor Muller cofondateur de Get Satisfaction, un outil de interactif des relations avec la clientèle, donnes deux exemples d’entreprises qui sont présentes sur sa plateforme.
Paradoxalement, Facebook apparaît comme un mauvais élève dans le domaine de l’écoute. Le réseau social a dû récemment faire marche arrière face à la grogne de ses utilisateurs. Facebook avait changé les conditions d’utilisations et voulait s’approprier toutes les données mises sur son site.
Le consommateur actif est dorénavant une réalité. Plutôt que d’y voir une menace, il faut y voir une opportunité pour l’entreprise. Les clients sont également un formidable vivier d’idées. Sachez en profiter avant qu’un de vos concurrents le comprenne avant vous.
Pour aller plus loin:
- Un dossier sur l’e-réputation
http://www.strategies.fr/etudes-tendances/dossiers/112026/comment-soigner-votre-e-reputation.html (via le blog M2IE)
Une études sur la gestion de son e-presence
http://www.demainlaveille.fr/2009/02/26/gerer-sa-reputation-sur-le-web-une-activite-risquee/
L’erreur de Ryanair face aux blogueurs
http://www.guardian.co.uk/media/pda/2009/feb/25/ryanair-socialnetworking



