« L’effet Whuffie » : un travail de traduction crowdsourcé pendant six mois, en utilisant Google Wave

28 juillet 2010

Voici quelques mois, nous avions publié sur Entreprise Globale un billet relatif au Whuffie factor, ce capital social qui devient une nouvelle forme de monnaie sur le Net. Une monnaie qui permet de nouveaux types de transaction.

Nous avions alors fait référence au livre de référence en la matière : « The Whuffie factor« , rédigé par la Canadienne Tara Hunt.

Ce livre vient d’être traduit en français, et publié chez Diateino, sous le titre : « L’effet Whuffie« .

Un processus de traduction « crowdsourcé » sur Google Wave

Originalité de cette traduction : elle a été crowdsourcée. En d’autre terme, une poignée de volontaires répartis sur la Toile, se sont coordonnés à distance et de façon autonome sur internet pour mener à bien ce chantier.

Au terme de 3.000 heures cumulées de traduction, des centaines d’échanges sur Google Wave et un total de six mois de travail collaboratif, ils en ont ressorti le texte dans la langue de Molière.

Nous avons voulu savoir comment ils avaient procédé pour mener à bien ce travail. Quelles en ont été les contraintes et les facilités.

Au final, aussi, pourquoi jugeaient-ils important d’amener le contenu du livre de Tara Hunt auprès d’une audience francophone.

L’interview de l’équipe :

Qui êtes-vous ?

Nous ne sommes pas des traducteurs professionnels, c’est notre travail collaboratif qui nous a permis de réussir. L’objectif de cette traduction reposait sur un principe simple : que les traducteurs soient des connaisseurs des réseaux sociaux et des fans de l’ouvrage original de Tara Hunt pour ne pas dénaturer le message. Anthony était bilingue ce qui nous a bien sûr énormément aidés. Claude Durand, président de l’Institut G9+, avait déjà réalisé des projets de traduction.

C’est Luc Bretones, rédacteur de la postface, qui a permis la rencontre de l’éditeur Diateino et de Tara Hunt, ainsi que l’équipe de traduction : il est représentant de l’Institut G9+ et co-animateur des clubs Essec Business & Technologie et Centrale Marseille IT, spécialiste des communautés online. Il est également Directeur d’Unité chez Orange Business Services.

Combien étiez-vous ?

4 traducteurs, 1 relecteur principal, 7 rédacteurs de la préface, plus des amis relecteurs et porteurs de conseils. Soit plus de 3 000 heures de traduction en 6 mois d’un travail acharné en plus de nos emplois respectifs (voir la liste des participants au bas de l’interview).

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Les traducteurs sont amis depuis plusieurs années. Morgane et Rodolphe sont mariés et un bébé whuffie est en route ! :)

- Luc Bretones est un des témoins de mariage de Rodolphe et Morgane.

- Claude Durand, Dominique Gibert de Diateino, Luc et Rodolphe participent aux mêmes réseaux de rencontres professionnels, notamment sur le thème des réseaux sociaux et du Web 2.0.

Qu’est-ce qui vous intéressait tous par rapport au concept du « Whuffie Factor » ?

L’Effet Whuffie (ou Whuffie Factor) est pour nous un phénomène majeur qui devrait révolutionner les mentalités françaises (et francophones). Si l’on prend le monde des affaires, Tara Hunt préconise l’authenticité dans les relations humaines à l’opposé de ce que l’on constate trop souvent. Ils donnent les clés de la réussite au sein des réseaux sociaux, terrains minés et incompris de beaucoup.

C’est aussi de nouveaux modèles économiques qui se dessinent où le capital social (dont le whuffie en est la monnaie) prend une part majeure dans la stratégie des entreprises. Le capital financier reste encore primordial, mais il passe au second plan. Tara considère que le capital financier devient substantiel lorsque le capital social s’accroit considérablement.

L’Effet Whuffie est l’apologie d’une économie de la générosité tangible, pragmatique et démontrée par de nombreux cas d’entreprises.

Qu’est-ce qui vous motivait ?

Etre persuadés que l’ouvrage représente un message crucial à l’attention des entrepreneurs, des entreprises petites et grandes et des sociétés francophones en général. L’Effet Whuffie traite de concepts d’actualité qui influenceront les mentalités pour les années à venir.

Et participer à  une aventure entre amis décuple la volonté de réussir.

Pourquoi Google Wave plutôt qu’un wiki, basecamp ou un autre outil collaboratif ?

Nous aurions certainement pu le faire sur un wiki ou sur Basecamp ou avec les Google Apps. Lorsque nous avions commencé, Google Wave venait tout juste d’être mis à disposition des « early adopters » par parrainage. Nous l’avons testé par curiosité puis nous avons vite compris que ce serait « l’outil » ! Surtout, il permet de mettre en place aisément le versionnage des pages au sein d’un même wave.

Google Wave nous est apparu comme le seul outil qui nous permettait de pouvoir travailler plus de 3 000 h à 4 en temps réel. En effet, il permet de voir à l’écran les modifications des autres collaborateurs en temps réel. Basecamp ou les wikis sont de très bons outils, mais ils sont peut-être plus appropriés pour un travail collaboratif plus statique. Nous devions suivre les différentes versions de chaque page de manière très serrée pour aboutir rapidement à une convergence de nos opinions sur une traduction définitive de la page.

Nous nous sommes rapidement organisés en créant un wave par page ; puis nous avons convenu d’un processus de validation. Nous avons traduit une première version de chaque page à tour de rôle, puis nous perfectionnions la traduction tous ensemble.

C’était également une excellente opportunité, quoiqu’un peu risquée, de tester un tout nouvel outil qui à l’époque n’était qu’une « preview ».

Combien de temps a mis le process ?

A peu près 6 mois, quasiment tous les soirs et tous les weekends, à raison de 2 à 4 heures par page. Nous étions dans l’incapacité de travailler la journée puisque chacun de nous a un travail à plein temps. Nous utilisions alors le moindre temps disponible à la traduction. Par ailleurs, nous avons fourni un travail conséquent en recherche et documentation pour produire des notes de traducteur qui, nous l’espérons, seront utiles au lecteur. Le livre est accessible à tous les publics, initiés ou non à l’univers des réseaux sociaux.

Comment vous êtes-vous mis d’accord sur les versions finales ?

La méthode de travail s’est vite imposée. C’est un processus itératif tendu qui nous a permis d’aboutir. Nous nous sommes répartis les pages par groupes de 5. L’un de nous écrivait la première trame puis les autres apportaient leurs modifications avec une couleur différente par personne. Nous votions en mettant des « ok » à notre couleur pour voter pour les propositions que nous préférions. Parfois, nous avons eu de longs caviardages lorsque nous n’étions pas du même avis avant d’arriver à une tournure qui était la plus fidèle à l’idée d’origine. Ensuite, l’un de nous mettait au propre une version finale que nous annotions une dernière fois ou que nous validions directement.

Quid de l’adaptation locale (les exemples français, par exemple) ?

Bien sûr ! Un costume de chez Brooks Brothers devient un costume trois pièces de chez Boss. La métaphore « Faire circuler le mégaphone » est devenu « faire circuler le micro ». Mais les cas d’entreprise très détaillés sont bien sûr restés au nom de l’entreprise. Virgin America Airlines n’est pas devenue la compagnie aérienne Virgin France ou Air France. :)

Quelqu’un coordonnait-il ?

Oui, Rodolphe a coordonné l’ensemble de la traduction, notamment la relation avec la relecture de Claude Durand, la page d’avertissement, les remerciements et le site http://www.leffetwhuffie.com qui est en cours de construction. Claude, qui avait déjà mené des travaux de traduction, nous a également très bien conseillés sur les bonnes méthodes : processus de relecture et glossaire par exemple. Il y a eu aussi la relecture de quelques amis qu’il a fallu coordonner et intégrer.

Via leur réseau de connaissances, Luc et Rodolphe se sont également occupés d’organiser la préface collaborative et la signature des avis de 4ème de couverture avec les personnalités du Web 2.0.

Quid du review de l’auteur ?

Tara ne parle pas français mais nous étions en contact avec elle pour lui soumettre les questions essentielles et notamment la question du tutoiement. Nous lui avons expliqué lors de sa venue à Paris notre projet de tutoyer le lecteur du fait du rapport familier qu’elle entretient avec son lectorat et du tutoiement couramment employé dans la communauté francophone du Web 2.0. De même pour le projet de préface collaborative et le site communautaire http://www.leffetwhuffie.com.

Comment vous répartissez-vous les éventuels gains, s’il y en a ?

Tout ce qu’il y a de plus classique. Dans notre cas, nous avons des droits d’auteur répartis de manière égale entre les traducteurs.

Qui a financé  l’édition ?

Les Editions Diateino.

Plus largement, où  en sommes-nous en Europe par rapport à l’adoption des principes du « Whuffie Factor » ?

L’enjeu est en effet international et ne peut pas être ignoré. Aujourd’hui, si tout le monde sait qu’Internet est un média incontournable, nous devons également prendre conscience que les réseaux sociaux le sont d’autant plus. En Europe, on constate que de plus en plus d’entreprises appliquent les principes du marketing social, en essayant d’adopter la meilleure communication possible sur les réseaux sociaux. On voit apparaître des Community Managers par exemple ; et ces postes sont de moins en moins confiés à des stagiaires. Le concept reste très récent à l’échelle du web2.0 et une intervention dans les réseaux sociaux n’est pas toujours couronnée de succès. C’est pourquoi l’Europe et avec elle, les entreprises européennes, sont concernées par L’Effet Whuffie. Ce livre analyse de nombreux cas d’entreprises et proposent des méthodes qui ont fait leur preuve et la réussite de certains.

Liste des participants au projet de traduction « crowdsourcée » en français de « L’effet Whuffie » :

Les 4 traducteurs :

- Rodolphe Falzerana, Entrepreneur, Innovation & Community Management, co-organisateur d’événements de l’Institut G9+ et Centrale Marseille Alumni, blog : http://rodolphe.falzerana.com

Morgane Falzerana-Thebault, Responsable Recrutement pour les sociétés CGPI Associés et Arkanissim Finance,

- Anthony Webster, Ingénieur logiciel responsable du développement d’applications en ligne dans le secteur médical,

- Habib Benhassine, consultant en management

1 relecteur principal : Claude Durand, président de l’Institut G9+

7 personnalités pour la préface (dont Luc Bretones et Rodolphe Falzerana) :

Jean-Michel Billaut, président fondateur de l’Atelier BNP Paribas. Créateur du e-billautshow : http://billaut.typepad.com.

- Laetitia Mailhes, journaliste à San Francisco, où elle vit depuis 1997, ancienne correspondante pour  Les Echos, immergée dans l’innovation de la Silicon Valley. Elle se consacre depuis 2010 à un projet de sensibilisation du grand public aux enjeux de l’agriculture durable grâce aux outils collaboratifs du web.

- Jean-François Ruiz, co-fondateur de l’agence webmarketing PowerOn & blogueur depuis 2005 sur webdeux.info

- Nicolas Vanbremeersch, HEC, est le fondateur de Spintank, une agence qui accompagne entreprises et institutions dans le web social. Il est par ailleurs blogueur (versac), et l’auteur de De la démocratie numérique (Editions du Seuil, 2009)

- Roxanne Varza, rédactrice en chef de TechCrunch France (@TCFR), co-organisatrice de Girls in Tech Paris (@GITParis).

Sans compter tous les amis des réseaux sociaux et d’ailleurs..

Pearltrees: « Nous vous permettons de visualiser l’univers des informations qui vous intéressent »

16 juillet 2010

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« Une PME économise des milliers d’euros en utilisant des Google Apps plutôt que les logiciels bureautiques classiques »

20 avril 2010

Ce que Wikipedia nous apprend sur le crowdsourcing

22 mars 2010

Comment Yammer transforme SD Worx en Entreprise 2.0

6 janvier 2010

L’information circule souvent mal dans les entreprises.

Les employés pensent que la direction sait. Les directeurs sont convaincus de la connaissance d’une problématique par leurs employés. Or, bien souvent, la chaîne de l’information se rompt à différents endroits, fortuitement ou délibérément (rétention, jeux de pouvoir, stratégie personnelle…).

Les réunions d’échange d’information, elles, sont souvent inefficaces et difficiles à organiser. L’information y est souvent dépassée.

De nouveaux outils digitaux ouverts d’échange d’information apparaissent aujourd’hui dans l’entreprise.

La plate-forme de micro-blogging interne Yammer est l’un de ces solutions nouvelles qui se répand dans un certain nombre d’organisaitions.

Premier impact concret de l’utilisation de Yammer chez SD Worx

Depuis quelques semaines, SD Worx, une société de conseil en ressources humaines, basée en Belgique et qui occupe 1.800 personnes, teste la plate-forme Yammer.

Au moment de l’interview (fin 2009), 350 employés de SD Worx s’étaient inscrits spontanément sur Yammer.

Yammer permet la diffusion de messages très courts (maximum 140 caractères), suffisants pour échanger un maximum d’information et être au courant des dernières tendances.

Frédéric Williquet, directeur régional de SD Worx, explique cette expérience dans la vidéo ci-dessous

Certes, les 350 personnes n’utilisent pas le service avec la même intensité. Une poignée d’acteurs plus motivés animent la plate-forme. Mais c’est suffisant, indique Frédéric Williquet, pour ramener des résultats, des réactions, et commencer à fluidifier nettement la circulation de l’information stratégique au sein de l’organisation.

Des informations qui n’auraient pas été connues de certaines responsables de l’entreprise, faute de modes de communication appropriés, le sont désormais grâce à la transparence de la plate-forme.

Yammer habitue à utiliser Twitter, en externe

Le défi, à présent, pour SD Worx, est de susciter plus de réactions en retour.

« Cela se fait encore peu, c’est vrai. Mais c’est cette dynamique bi-directionnelle qui nous intéresse aussi beaucoup »

Les feed backs de l’extérieur, en particulier, en provenance de clients, d’autres experts en RH (ressources humaines), de concurrents, attisent la curiosité de la compagnie.

« Avec l’habitude, grâce à Yammer, de communiquer sur ce que l’on fait, sur nos succès mais aussi ce que nous devons améliorer, nous apprenons également, petit à petit, à communiquer de cette façon vers l’extérieur », ajoute Frédéric Williquet.

Depuis quelques temps, des responsables de SD Worx se sont engagés sur Twitter, le réseau social qui, après Facebook, progresse le plus dans le monde.

« Seulement une poignée d’employés, à ce stade, utilisent Twitter, détaille encore Frédéric Williquet, dans cette autre vidéo. Les réactions sont encore peu nombreuses, là aussi. La qualité des conetnus, toutefois, est élevée ».

« Pour l’heure, l‘apport concret de Twitter pour SD Worx se situe, d’une part, au niveau de notre visibilité. Elle s’est accrue. D’autre part, nous avons accès grâce à Twitter à la veille des spécialistes les plus réputés dans notre domaine RH. Cela, en temps réel… C’est un formidable filtre à information« .

Vers l’entreprise 2.0

SD Worx s’achemine ainsi sur la voie de l’entreprise 2.0 : ouverte, collaborative, en réseau.

« Nous attendons que beaucoup plus de personnes, aujourd’hui, s’inscrivent sur ces plates-formes d’échange, sourit Frédéric Williquet. Nous voudrions beaucoup plus de conversation et d’échange. Ce serait génial ! »

Comment tuer son intranet

9 décembre 2009

Google Wave va-t-il doper l’innovation ouverte ?

2 octobre 2009

J’ai eu la chance d’assister, en mai dernier à San Francisco, au lancement officiel de Google Wave. Après quelques mois de test, le groupe de Mountain View s’apprête à ouvrir le service à 100.000 chanceux.

D’aucuns ont prédit que Google Wave allait ouvrir une nouvelle ère dans la communication en ligne. D’autres affirment que le champ ouvert par la « vague » dépasse largement le seul aspect de la communication. Google Wave pourrait rendre l’exercice de la collaboration en entreprise totalement naturel. Au point de remettre en question l’utilité de nouvelles plates-formes collaborative et autres intranets participatifs dont l’offre commence à pulluler ? Qui sait…

Pour ceux à qui Google Wave n’évoque (encore) rien, voici une petite démonstration pédagogique façon Plain English :

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Google Wave pour doper l’innovation ouverte

En matière d’innovation, ou plus exactement en termes d‘innovation ouverte (open innovation), l’impact de Google Wave pourrait s’avérer majeur, s’avance en tout cas le blog openinnovation.

« Le concept de l’email a près de 50 ans. Il est temps de passer à autre chose. Non seulement, Google Wave combine l’email, le chat et les mises à jour collaboratives instantanées en un seul outil. Mais en plus, Google Wave est aussi un protocole ouvert, que chacun peut installer sur son propre serveur interne… [Il deviendra enfantin d'adapter sa plate-forme pour ses besoins corporate propres] Comme tout le monde développera ses propres applications, il est probable que Google Wave ouvre de nouvelles voies à l’innovation ouverte… »

Si certaines percées sont le résultat des explorations d’individus isolés, la majorité des innovations sont le fruit d’actions de groupe, rappelle le blog Openinnovation. La communication est la dimension la plus importante dans le processus d’innovation distribuée entre de multiples participants.

Dans ce contexte, réunir en un point tout ce que la technologie offre comme outils de communication ne sera pas sans apporter un effet positif aux dynamique d’échange et donc de création. Document, messagerie, conversation… Tout et tous sont intégrés, puisque, avec Google Wave, les absents du début bénéficient d’une transparence complète sur l’amont du processus… Personne ne devrait rester à l’écart. Les ruptures dans les chaînes d’emails, les oublis dans les listes de destinataires,… Fini.

« La communication en ligne deviendra, de la sorte, plus efficace et moins chronophage »

Google Wave, tout tourne autour de la communication

Thierry Hubert confie lui, sur son blog, qu’il n’avait plus été surpris positivement par une initiative de cette ampleur en matière d’outil de communication depuis 20 ans.

Google Wave truly rethinks communication streams and collaboration as it should be with today’s connected world.  Google did not reinvent the wheel, they just proved that it a sphere.

En bonus, ci-dessous, l’interview de Lars Rasmussen, co-créateur de Google Wave, rencontré par Entreprise Globale à San Francisco, lors de l’annonce du lancement du service. Il en explique la genèse.

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Lire aussi sur l’impact possible de Google Wave en matière d’innovation:

http://www.tecoman.info/article-32032519.html

http://www.inprincipo.com/fr/google-wave-une-innovation-tsunami

L’open source, ce n’est pas la démocratie

17 mars 2009

D’aucuns évoquent le mouvement open source comme le modèle absolu de la démocratie économique. Sans doute en est-on pourtant assez éloigné.

La création de Linux, le système opérationnel ouvert concurrent de Windows, est certes le fruit de la coopération à distance de milliers de développeurs informatiques à travers le monde. Il n’en reste pas moins qu’une poignée de personnes, au premier rang desquelles le Finlandais Linus Torvalds, ont toujours assuré une supervision sur l’évolution du système et de ses dérivés. Et donc de ces contributions extérieures multiples.

« Le mouvement open source n’est pas une démocratie« , souligne ainsi Chris Anderson, du magazine Wired, auteur du célèbre livre sur l’économie de la longue traîne.

« Au 20ème siècle, on admettait comme acquis que les entreprises étaient mieux gérées dans un régime dictatorial, poursuit Anderson. A l’inverse, on reconnaissait également que les pays étaient mieux gérés dans le cadre de régimes démocratiques. Selon une théorie du management, une explication réside dans le fait que la raison d’être des organisations est un objectif commun partagé, alors que les pays existent pour les gens qui l’habitent ».

Un objectif commun partagé exige une vision bien construite, du leadership et un contrôle par le haut. En revanche, le service des citoyens résulte de la reconnaissance de besoins communs de la part de la base, exprimés dans le cadre d’un processus de décision collectif (le vote).

Où voulons-nous en venir ?

Avec la montée en puissance de la fièvre collaborative, la philosophie open source semble amenée demain à pouvoir être transposée dans de multiples secteurs. D’aucuns y discernent l’apparition d’une vaste démocratisation de la vie économique. En politique, l’avènement de l’ère Obama, à la Maison-Blanche, inspire à d’autre le concept de démocratie « open source ».

Attention, prévient Chris Anderson. « On pense, à tort, que les projets open source émergent d’eux-mêmes, sont auto-organisés et démocratiques. En fait, il s’agit plutôt du contraire. En fait, la plupart des projets open source sont pilotés par un ou deux dicateurs bénévoles. Le succès d’un projet open source dépent du leadership. Point à la ligne. Tout démarre de la façon suivante: une ou deux personnes élaborent une vision bien articulée, ils commencent à avancer et amènent à bord d’autres personnes auxquelles ils délèguent des tâches précisent et des autorisations ».

Chris Anderson pointe ainsi une différence claire entre la production de contenus sur des médias et réseaux sociaux et la conduite d’un projet open source. Cela n’a rien à voir, selon lui. Placer des photos sur Facebook ou Flickr relève d’une démarche individuelle. La somme des contenus n’est que le résultat de démarches séparées. Par contre, toute une série de développements logiciels, dans les jeux vidéo, les plates-formes collaboratives, les applications serveurs, ont pu être menés à bien grâce à l’implication et au respect inspiré par les leader.

L’open source ne bannit pas les hiérachies. Mais il lui demande de donner du sens. Le constat n’est pas limité à l’informatique.

Gouvernement 2.0: l’administration du Portugal passe au blog (interview avec la Secrétaire d’Etat Maria Marques)

6 mars 2009

“Le modèle actuel est basé sur une structure hiérarchisée et inflexible. Tout est orienté sur l’offre. Les services sont fermés en silos et standardisés. L’accès est complexe. Et le sommet veut tout savoir… Dans l’avenir, nous voulons glisser vers un modèle beaucoup plus transversal, orienté vers la demande. Nous voulons une offre de services intégrés et personnalisée. Tout cela dans une parfaite transparence”. pict0522

Cette déclaration de foi émane-t-elle d’une société informatique en phase avec les nouveaux modes de communication interactifs ? D’un cluster de PME innovantes ? Non. Ces propos sont ceux de Maria Manuel Leitao Marques, secrétaire d’Etat en charge de la modernisation administrative du gouvernement portugais.

Comme d’autres pays, le Portugal s’est lancé voici quelques années dans le vaste chantier de la simplification administrative. Le programme SIMPLEX a permis, entre autres choses, d’instaurer un guichet unique pour la création d’entreprise (délai réduit de 52 jours à 37 minutes), de diffuser une meilleure responsabilisation des services publics, de centraliser les données administratives, etc.
Récemment, le gouvernement portugais a franchi un pas supplémentaire en direction de ce que d’aucuns nomment le gouvernement 2.0. “Fin 2008, nous avons lancé une boîte à suggestions en ligne, qui s’apparentait un peu à un blog”, explique la secrétaire d’Etat, croisée à l’occasion de la participation à une conférence au Caire.  “C’était une initiative temporaire. Le but était de recueillir les suggestions des usagers. En deux mois, nous avons collecté quelque 900 commentaires. Certains étaient de simples critiques. Parfois ils étaient très mal écrits ou peu compréhensibles. Mais d’autres étaient de vraies suggestions”.

L’une d’entre elles proposait de mettre en place  un système de page personnalisée pour chaque citoyen. “Nous avons retenu cette suggestion et mis en place une espace personnalisé en ligne, lors des contacts avec l’administration”, illustre la secrétaire d’Etat.

Gouvernement 2.0: le portugal passe donc au blog

A Lisbonne, l’expérience a été jugée suffisamment intéressante pour transformer la boîte à suggestions en blog permanent.“Il sera en ligne dans les jours qui viennent”, indique Maria Manuel Leitao Marques.

Pourquoi approfondir ?

“Nous voulions aller plus loin, répond la secrétaire d’Etat. Le blog boîte-à-suggestions restait une initiative relativement passive, car bilatérale. La nouvelle version donnera la publicité et la transparence aux suggestions. Nous risquons aussi de donner de la visibilité aux critiques. Mais nous assumons. Cela vaut la peine”.

Le gouvernement 2.0, c’est probablement l’avenir, souligne Maria Manuel Leitao Marques. Cela va changer très vite. La prochaine génération ne se contentera pas d’accéder à l’administration, ou de devoir donner son avis, via l’e-mail, uniquement. L’e-mail est dépassé. Ils seront plus exigeants. La difficulté réside, toutefois, aujourd’hui, dans notre capacité à offrir et à adapter ces nouveaux modes de communications pour les seniors et les personnes âgées”.

La secrétaire d’Etat évoque également une question d’image. “Ce blog participe aussi à l’oeuvre de démystification de l’administration, relève Maria Manuel Leitao Marques. Nous montrons ainsi que, derrière, ce sont des hommes et des femmes qui sont capables de montrer de la souplesse, d’écouter, et de corriger, s’il le faut”.

Quatre personnes ont la tâche de gérer et de répondre aux commentaires. Gouvernement 2.0 oblige: tous les commentaires recevront une réponse. Parfois, simplement un “merci” ou “nous avons bien noté”. Mais une réponse plus précise ou circonstanciée suivra. Au niveau du contenu, toutes les nouvelles initiatives seront publiées sur le blog et soumise aux commentaires des usagers.

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