« J’ai 29 ans. Je lance mon entreprise en Chine »

5 mars 2010

Le Brésil ou quand les BRIC’s se mettent aussi à l’intelligence stratégique

1 février 2010

Voici quatre ans, les géologues brésiliens découvraient, dans les profondeurs de l’Atlantique, le plus grand gisement d’or noir exhumé depuis très longtemps.

Le champ sous-marin de Campos, au large de Rio de Janeiro, fera bientôt du Brésil l’un des plus importants exportateurs de pétrole de la planète. Le pays boxera dans la même catégorie que le Canada ou le Nigeria.

Petrobras, la compagnie nationale brésilienne, qui exploitera la zone, a fait l’objet d’un rally boursier peu commun. Valorisée à 220 milliards de dollars, le groupe figure désormais dans le top dix des plus grandes capitalisations boursières du monde.

Convoitise, curiosité et espionnage

Petrobras est l’un de ces acteurs venus des BRIC (le quatuor formé de la Chine, du Brésil, de l’Inde et de la Russie) qui pourrait battre la mesure de l’économie mondiale au cours de la prochaine décennie.

Tant de puissance émergente suscite bien sûr la convoitise. Les BRIC sont à leur tour la cible des barbouzes de l’espionnage industriel.

Début 2008, une affaire de vol de données stratégiques a défrayé la chronique à Sao Paulo, Rio de Janeiro et Recife.

Les informations stockées dans des ordinateurs portables revenant des champs d’exploration offshore ont été dérobées au port.

Très vite, les autorités brésiliennes ont soupçonné la firme américain Halliburton (une vieille connaissance de l’ancien vice-président Dick cheney) responsable du transport des données. Finalement, les coupables étaient ailleurs. Mais l’épisode a éveillé les consciences au Brésil sur la nécessité de protéger ce capital national.

Les multinationales du Brésil à l’heure de l’intelligence stratégique

Le constat ne vaut pas que pour Petrobras. Les multinationales brésiliennes sont chaque année plus nombreuses dans le palmarès des plus grandes entreprises du globe.

Vale, Embraer, Votorantim ou le belgo-brésilien AB Inbev, dévoreur de Budweiser, la plus célèbre marque de bière aux Etats-Unis, gagnent des parts de marché en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord, dans des secteurs divers (aéronautique, agro-alimentaire, industrie,…)

La modernisation de l’économie brésilienne appelle donc logiquement la même phase de professionnalisation des pratiques de gestion qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Cette étape passe notamment par l’apprentissage de nouvelles pratiques de réseau et d’intelligence stratégique.

Comme l’indique la présentation reprise ci-dessous, les universités brésiliennes mettent en place de nouveaux cursus d’apprentissage pour les managers locaux.

Au menu de ces dernières : optimiser les investissements en R&D; accroître la valeur ajoutée des produits de base; encore créer des ressources globales d’information pour pousser les entreprises brésiliennes à s’étendre mondialement, etc…

Veille participative

Le Brésil, ajoute Frédéric Donier, l’auteur de la présentation ci-dessous, teste également de nouvelle forme collective de veille participative.

Chaque département de l’entreprise désigne des traqueurs d’information et de signaux faibles. L’information stratégique est drainée vers un pilote qui synthétise celle-ci au niveau de l’entreprise.

Oui, ce genre de pratique s’insinue dans la culture managériale du Brésil.

Ainsi, non seulement, le pays gagne ses galons de membre du gotha des plus grandes puissances économiques mondiales. Mais les entreprises brésiliennes adoptent aussi, peu à peu, l’arsenal des pratiques managériales ouvertes du 21ème siècle. D’aucuns parlent de management 2.0.

Dans ce domaine, les Brésiliens ne semblent pas en retard. Autant le savoir…


ConféRence Jiee´09 FréDéRic Donier 10.12.09

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(via http://www.vedocci.fr/2010/01/25/lintelligence-economique-bresil/)

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Chine : la « sinisation » du monde plus rapide qu’escomptée

21 janvier 2010

Dernièrement, les économistes s’entendaient encore pour affirmer que la Chine ne deviendrait la première économie de la planète qu’à l’horizon 2040. Peut-être même 2050.

Patatras. Selon le bureau de conseil PwC, la Chine passera devant les Etats-Unis… dans dix ans. En 2020.

L’économie de la Chine se déploie à un rythme plus rapide que prévu. Au quatrième trimestre 2009, le taux de croissance a encore atteint 10,7%, pendant que l’économie des pays occidentaux peine encore à reprendre son souffle, après la crise de 2008.

La Chine, plus seulement l’usine du monde

On aurait tort de penser que la Chine se limite à être la plus grande usine du monde.

Le train le plus rapide de la planète roule désormais en Chine.

Et comme à peu près tout ce qui se vend dans le pays le plus peuplé du monde s’accompagne de transferts de technologies (européennes, notamment, dans ce cas), il ne faudra sans doute pas attendre des décennies avant de voir des industriels chinoises vendre à leur tour des trains à grande vitesse conçu et fabriqués en Chine.

Leur compatriote Huawei, dans les télécoms, engrange déjà les parts de marché sur le Vieux continent.

Chine, et autres pays d’Asie, dejà leaders dans les technologies vertes (cleantech)

Mais la Chine avance à grandes enjambées également dans des secteurs d’avenir, non encore défrichés par les pays occidentaux.

Selon le rapport “Rising Tigers, Sleeping Giant” (qui étudie la compétitivité de l’Asie par rapport aux Etats-Unis dans le domaine des technologies vertes (cleantech) ) la Chine, le Japon et la Corée du Sud sont aujourd’hui devant l’Oncle Sam au niveau production dans toutes les technologies vertes sous revues.

Dans les cinq ans à venir, les investissements asiatiques en cleantech pourraient être triples du volume d’investissement que les opérateurs américains consacreront aux technologies vertes.

Le rapport n’évoque pas l’Europe.

La science mondiale prend des saveurs de plus en plus chinoises

Au delà de ce secteur particulier, la Chine décuple ses efforts pour devenir un centre de développement de premier plan en matière de sciences et de technologies. L’Empire du milieu attire maintenant des scientifiques du monde entier.

Entre 1996 et 2007, la Chine a augmenté ses investissements en R&D de 20% par an. Le pays a poussé la part de l’Asie dans le total des dépenses R&D du globe à 31% (venant de 24%). Pendant ce temps, la part des investissements nord-américain en R&D a dégringolé de 40% à 35%, sur la période.

Nous avions pris l’habitude de consommer japonais. Nous consommerons de plus en plus chinois dans l’avenir. Des marques et des technologies chinoises.

Le monde se sinise à (très) grande vitesse.

Connectés globalement, notre vie va changer

20 janvier 2010

Paul Krugman: A quoi ressemblera la mondialisation après la crise ?

27 novembre 2009

Faut-il présenter Paul Krugman ?

Cet économiste, spécialiste des échanges internationaux, a reçu en 2008 le prix Nobel d’économie. Il est en outre l’un des éditorialistes les plus célèbres du quotidien américain New York Times.

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Dans cette interview vidéo accordée à Entreprise Globale, Paul Krugman laisse entendre que le processus de globalisation de l’économie ne devrait pas être trop affecté par la crise financière.

« Nous verrons peut-être quelques restrictions sur les flux de capitaux. Mais cela devrait demeurer relativement contenu. Les contours de la mondialisation devraient demeurer plus ou moins identiques à ce que l’on a connu avant la crise », dit-il.

Qu’en est-il du rôle des petites et moyennes entreprises, dans cette économie mondialisée ? Voit-il ces dernière prendre une part grandissante du gâteau global ?

« La part de l’emploi total généré par les multinationales est en régression. Le glissement n’est toutefois pas encore radical. Certes, il est facile aujourd’hui, pour une entreprise de 25 personnes, d’assurer une présence à la fois aux Etats-Unis, en Europe ou en Asie. C’était beaucoup moins faisable voici vingt ans. Donc, oui, les gros prendront moins de place dans l’économie mondiale. Mais non,  les gros ne vont pas disparaître« , explique Paul Krugman.

Depuis de nombreuses années, ce démocrate américain défend l’apport économique de la globalisation, notamment pour un certain nombre de pays en développement et de pays émergents. Cela dit, depuis quelques temps, Paul Krugman reconnaît aussi l’influence néfaste de la mondialisation sur un certain nombre de points. Le premier est celui de l’augmentation des inégalités. Pouvons-nous résoudre ce déséquilibre ?

« Oui, grâce à un meilleur filet de sécurité sociale, une couverture de soins de santé, etc. C’est pour cela que le débat actuel sur la couverture universelle est si importante aux Etats-Unis »

Trois prédictions sur l’évolution de la globalisation

29 septembre 2009

En 1990, les 100 plus grandes entreprises de la planète produisaient 3,5% de la richesse mondiale. Quinze ans plus tard, le Top 100 produit 4,3% du PIB mondial. Les 50 entreprises les plus importantes du globe emploient 1,6% de la force de travail dans les pays industrialisé et 0,2% de l’ « humanité active ».

Entre-temps, toutefois, la récession mondiale est passée par là. Les réseaux collaboratifs prennent de l’amplitude. A mesure qu’il est possible de se coordonner à distance, dans de multiples domaines, la taille d’une organisation n’est plus le seul déterminant qui peut définir l’existence ou non d’une empreinte globale.

Bref: impossible d’apprécier si la tendance va se renforcer et de dire si, dans quatre ou cinq ans, les plus grandes entreprises auront renforcé encore, ou non, le poids qu’elles représentent dans l’économie globale.

Quel sera le visage de la globalisation ? Nul ne sait vraiment.

Quelques évolutions probables de la globalisation dans les années qui viennent

Sans se risquer à d’impossibles pronostics, le bureau de consultance McKinsey s’est néanmoins risqué à évoquer trois évolutions probables du paysage de la globalisation dans les années à venir.

1. La sous-traitance et les délocalisations vont se poursuivre

« Tant que des écarts salariaux subsisteront entre les régions du monde, les délocalisations vers les pays à plus bas salaire continueront », écrit McKinsey

L’écart de salaire entre les travailleurs chinois et les travailleurs des pays développés se réduit, certes. Mais il reste élevé.

2. La concurrence entre les pays à bas coûts devrait s’intensifier

Le fabricant d’équipement de sport Nike, par exemple, a déplacé une partie de sa production de Chine au Vietnam. Pour la première fois, Nike devrait y fabriquer plus de chaussures. En une décennie, les salaires chinois ont en effet triplé par rapport au niveau de rémunération en vigueur au Vietnam.

Certaines entreprises voudront toutefois, sans doute, diversifier davantage leur présence géographique, quitte à rapatrier une partie de leur production plus près des marchés développés. Le Maroc ou le Mexique serait alors de grands bénéficiaires.

3. Les gouvernements auront encore leur mot à dire

Les autorités publiques continueront à exercer une grande influence sur l’évolution de l’économie globale. Pensons aux plans de sauvetage des banques, aux programmes de relance et autres « stimulus plans« . Quand le gouvernement chinois décide de rééquilibrer l’ensemble de l’économie nationale vers une plus grande part laissée à la consommation intérieure plutôt qu’aux seules exportations, ses décisions ont un impact sur l’ensemble de l’économie mondiale. (Ne parlons pas de l’achat, comme aujourd’hui, de trains à grande vitesse au constructeur canadien Bombardier, pour 2,8 milliards d’euros)

Le politique n’est pas mort. Au contraire.

Source photo: Flickr d’n'c

Une nation de l’innovation doit se voir dans une perspective globale (John Kao)

4 septembre 2009

Une centaine de constructeurs automobiles sont aujourd’hui actifs en Chine. Le paysage de la construction de voiture ressemble dans le pays le plus peuplé du monde à ce qu’il était en Europe avant la deuxième guerre mondiale et la vague de consolidation des marques. « Un foisonnement entrepreneurial créatif agite la Chine », souligne John Kao, expert américain de l’innovation et auteur du livre Innovation Nation, dans la vidéo reprise ci-dessous.

« Mais ailleurs aussi. La Chine n’est pas une exception Dans certains Etats, l’innovation est devenue un principe d’organisation ».

Singapour, par exemple, nourrit l’ambition de devenir la capitale mondiale des sciences du vivant. La ville-Etat veut attirer plus de 10.000 docteurs en sciences sur son territoire, un chiffre gigantesque (plus que le National Institute of Health à Washington) qui devrait faire du projet Biopolis une plaque-tournante mondiale de l’innovation en biotech, biologie, médecine, etc.

La Finlande, elle aussi, est devenue l’un des exemples les plus réussis d’économie basée sur l’innovation.

Un nouveau vocabulaire de l’innovation ?

« L’innovation semble de plus en plus souvent la réponse qui s’impose face aux défis de notre société (environnement, économie, communication…). Nous devons toutefois donner un contenu plus sophistiqué à notre notion de l’innovation, estime John Kao. Nous avons presque besoin d’un nouveau vocabulaire pour parler d’innovation ».

John Kao se pose notamment la question suivante:

« Si l’innovation se révèle de plus en plus souvent la réponse, à quelle question répond-elle ? Régulièrement, les leaders des pays qui se présentent comme des temples de l’innovation répondent qu’ils sont des pays prospères et qu’ils veulent le rester. Pas de problème. Une fois que les besoins sociaux et économiques sont rencontrés, que propose-t-on toutefois au delà ? »

L’innovation qui profite au monde peut être bonne pour mon économie locale

« Pour moi, poursuit John Kao, les pays pourraient aussi justifier l’existence de leur moteur d’innovation pour rencontrer d’autres besoins nobles. Ils peuvent s’inscrire dans une recherche de bien être global. Naguère, aux Etats-Unis, on se disait: ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour le monde. On pourrait renverser cette approche en se disant: ce qui est bon pour le monde est bon pour mon pays, mon économie locale ».

« Le concept d’innovation est donc intéressant aussi, aujourd’hui, parce qu’il offre ce double bénéfice potentiel, ajoute John Kao. Une nation de l’innovation n’est pas seulement une nation capable d’innover de façon efficace. C’est une nation qui excelle dans l’innovation visant à atteindre un objectifs de changement positif pour le monde ».

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Hal Varian (chef économiste Google): « L’heure est venue des micromultinationales »

19 juin 2009

Une entreprise comme Google a-t-elle besoin d’un économiste en chef ? Sans aucun doute, estime la firme de Mountain View. Par son étendue, son impact sur les nouvelles formes de communication, Google change les règles du jeu et les rapports de force économique. Avec son système de mise aux enchères AdWords (ces liens publicitaires qui apparaissent à côté des recherches Google et qui sont à l’origine de la fortune du groupe), Google aurait recréé une forme de marché quasi parfait. On ne pensait cela possible que dans les livres de théorie économique. Dans un long article que lui consacre au mois de juin le magazine Wired, Hal Varian, l’économiste en chef de Google expliquait ce principe.

L’ère des micromultinationales

Pour Hal Varian, aussi professeur à l’Université de Berkeley, la période actuelle est extraordinaire pour d’autres raisons également. « Nous passons à l’ére des micromultinationales, explique-t-il. Je reçois aujourd’hui des étudiants qui me présentent des projets d’étude en collaboration avec des amis à Mumbai, Anvers, Singapour, San Francisco… Ils communiquent directement pas messagerie instantanées, par documents partagés (wiki),… Nous sommes entrés dans une ère où les moyens de communication sont devenus tellement bon marché que n’importe qui peut s’organiser à travers le monde pour lancer une activité économique. Nous sommes passé à l’ére des micromultinationales« .

Voici dix ans à peine, ce genre d’organisation transnationale n’était envisageable que pour les très grandes entreprises. « Le coût des communications téléphoniques, les frais de transfert de données, sous oublier les vols transcontinentaux, nécessaires alors car il n’y avait pas d’autre moyen souvent de faire des réunions à plusieurs… Tout cela n’était à la portée que des grandes entreprises. Tout a changé avec l’effondrement de ces coûts. Désormais, les nouvelles compagnies, les startups, les PME, peuvent démarrer digitale et internationale dès le premier jour. Il s’agit d’une chance inouïe« .

Un nouveau champ de créativité à explorer

Pour le chef économiste de Google, les observateurs ne reconnaissent pas encore suffisamment l’impact que ces bouleversements engendreront également sur le plan de la créativité. Pourquoi un impact sur la créativité ? « Parce que grâce à ce bouillonnement de nouveaux échanges d’information, de communication, nous allons pouvoir multiplier les expérimentations de façon exponentielle. Tout un nouveau champ s’ouvre ».

La démocratisation totale des moyens de communication, l’explosion du volume  d’information disponible – et son organisation, bien sûr, par Google – ne manquent pas de rappeler les responsables du moteur de recherche – auront un impact aussi important, estime Hal Varian, que l’introduction de la chaîne d’assemblage dans l’industrie, voici un siècle. « On optimise ainsi les flux d’information et d’idées pour l’économie de la connaissance. A l’instar de l’optimisation, jadis, du flux de production de biens physiques, dans l’industrie, d’Henry Ford à aujourd’hui.

Interview vidéo de Hal Varian, réalisée au Lisbon Council, Bruxelles (slides de la présentation sur le site du Lisbon Council)

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Les fragiles mégalopoles chinoises

16 juin 2009

Chine: où des GSM produits blancs engendrent un foisonnement créatif et font de l’ombre aux grandes marques

16 mai 2009

Un téléphone portable à l’allure de paquet de cigarettes. L’autre en forme de voiture de sport. Un troisième muni d’une mni sono avec sept mini-enceintes . Ou encore des GSM peluches… Voici un mince assortiment des nouveaux modèles délirants de téléphones cellulaires qui s’arrachent ces derniers temps en Chine.

Ces combinés, appelés aussi Bandit Phone, sont à l’origine d’une vraie vague de passion dans le pays, le plus grand marché du mobile au monde, avec déjà plus de 600 millions d’utilisateurs. Quelque 8 millions d’utilisateur s’ajoutent chaque mois. Ces Bandit phone pourraient bien jouer le rôle d’une boule de bowling dans un jeu de quilles bien ordonné.

Nokia & Cie concurrencés par les Bandit Phones

Jusqu’aujourd’hui, les grandes marques internationales, comme Nokia (plus de 37% de parts de marché), Samsung, Motorola, dominaient le secteur. Quelques producteurs locaux se déployaient dans leur ombre. Bird, par exemple.

A ce stade, les grands constructeurs sont encore dominants. Pour l’instant… Car le quatrième trimestre 2008 a secoué quelques certitudes. Les ventes du leader Nokia en Chine ont dévissé de 36% d’une année à l’autre (12,9 millions de téléphones portables écoulés, contre 20,2 millions au quatrième trimestre 2007). Certes, la période, crise mondiale oblige, n’est pas propice aux records de ventes. Le marché chinois des combinés mobiles n’a toutefois connu, lui, qu’un léger tassement: - 1,8% de ventes en moins au quatrième trimestre 2008.

Depuis, Nokia s’est quelque peu rétabli sur le marché chinois au premier trimestre (17,9 millions de combinés vendus). Certains spécialistes n’en prédisent pas moins des temps plus difficiles pour les multinationales du mobile dans l’Empire du Milieu. La faute au « Bandit Phone ».

Fabriquer son téléphone mobile en kit, plongée un peu plus loin dans la globalisation

Au départ, les Bandit phone sont de simples répliques de modèles existants. Il y a trente ans, les tigres asiatiques comme Taïwan ou Hong Kong, copiaient des jouets, des appareils photos reflex, etc. Trente ans plus tard, les mêmes producteurs sont capables de contrefaire des GSM de marque comme s’il s’agissait de lunettes de soleil ou de maroquinerie de luxe.

De faux iPhone Apple, de faux Sony (rebaptisé SQNY), apparaissent ainsi, ces derniers temps, sur les étals de Shanghai ou Shenze.

Cette contrefaçon est le résultat d’un nouveau cap franchit dans le processus de globalisation de la production. Depuis des années, les Nokia, Motorola, Samsung mais aussi Dell, Toshiba, etc. sous-traitent la production de composants électroniques auprès de fabricants asiatiques (dont une grande partie viennent de Taïwan, à l’instar de Mediatek). Compte tenu des énormes volumes de composants produits aujourd’hui par les sous-traitants asiatiaques des grandes firmes, le prix des pièces s’est nettement démocratisé. Une mini-caméra intégrée, considéré comme un comble de sophistication voici seulement six ou sept ans, se vend désormais 1,29 dollar la pièce, selon un récent article du New York Times. Autrement dit, quasi rien…

Les pièces détachées sont donc disponibles. Reste à assembler le kit. Fabriquer un téléphone portable « produit blanc » est, de la sorte, devenu à la portée de premier artisan venu, ou presque:

“Five years ago, there were no counterfeit phones. You needed a design house. You needed software guys. You needed hardware design. But now, a company with five guys can do it. Within 100 miles of here, you can find all your suppliers.” selon Xiong Ting, responsable commercial de Triquint Semiconductor, un fabricant de composant, cité par le NYT.

Prix d’un circuit électronique : 20 dollars. Une coque en plastique : 5,59 dollars. La batterie : 1,49 dollar. Voila pour les éléments les plus coûteux. Pour le reste, un vibreur, un clavier, un micro, etc.. Ces éléments s’achètent sur le marché de gros à moins entre 30 et 80 cents pièces… Ce qui ramène le coût total des matériaux à… moins de 40 dollars.

Et encore, pour les téléphones de qualité supérieure. Car les petits fabricants locaux, parfois moins de dix personnes, s’organisent dans le marché gris pour écouler des combinés Shan Zhai  à moins de 20 dollars… Une aubaine notamment pour les plus de 700 millions de paysans qui peuplent la campagne chinoise et qui constituent l’énorme masse des futurs clients potentiels du mobile…

Une réduction des barrières à l’entrée qui permet une explosion de créativité et la multiplication des petites acteurs,… comme sur internet

Une vraie culture du Shan Zhai est en train des germer dans les mégapoles chinoises et autour où le téléphone portable (comme au Japon ou en Corée du Sud) s’avèrent un vrai objet d’identification.

Compte tenu du prix de production très bas, des milliers de nouveaux appareils de forme et nature diverses pleuvent sur le marché. Pas de limite à l’imagination. Pas de copieux code graphique, de charte d’image ou de brand réputation à respecter absolument, à l’instar des grandes marques internationales. Il en découle… un  foisonnement créatif (voir présentation ci-dessous de Karl J. Weaver). Téléphone cellulaire avec rasoir électrique intégré, téléphone bouddha, téléphone de paparazzi avec caméra et téléobjectif,…

Beaucoup de Chinois raffolent de ces gadgets, que leur offrent à présent sans vergogne une foultitude de  producteurs locaux, loin des standards de l’industrie internationale.

En quelques mois, ces derniers sont passés d’une position de contrefacteur des grandes marques internationales à celui d’innovateur… Mieux, ils les devancent et affichant un potentiel créatif et une agilité bien supérieure. La qualité n’est peut-être pas encore là. Les Bandit phone risquent fort, cependant, de grignoter des parts de marché aux leaders, dans les années à venir.

Fragmentation des marchés, personnalisation de masse et changement de paradigme

Cet exemple de la culture Shan Zhai constitue une transposition dans le monde réel de ce que l’on peut observer aujourd’hui sur internet. Où l’on découvre, comme sur la Toile, la prolifération de petits acteurs très agiles capables de tailler des croupières aux grandes marques installées, comme on l’a observé déjà dans des secteurs comme la banque, les voyages en ligne, la vente par correspondance, la transport aérien, etc… Le phénomène Shan Zhai démontre aussi que le modèle des mash ups, par exemple (assemblage créatif), est possible dans le monde physique.

Moins grand, mais aussi moins cher, plus rapide et, surtout, plus créatifs, tel semble devoir être le modèle gagnant de ce début de 21ème siècle… La fragmentation des marchés est une tendance lourde des prochaines années. Tout comme la personnalisation de masse. Les grandes marques devront en tenir compte. Une myriade de petits concurrents s’apprêtent à leur mener la vie dure…

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