Leçon de Nokia: sans intégrer un écosystème global, voir juste avant les autres ne suffit plus
4 juin 2011
Stephen Elop (Nokia) and Steve Ballmer (Microsoft)
« La convergence entre l’internet et les téléphones mobiles ne conduira pas à l’émergence d’un seul acteur mondial dominant tous les autres. Nous verrons sans doute la naissance d’une chaîne de valeur horizontale, à l’instar de celle qui s’est construite dans le domaine de l’informatique (…) Le succès des combinés portables 3G dépendra du nombre d’applications qu’ils pourront contenir (..) Les cycles technologiques, aujourd’hui, se raccourcissent et nous devons être capables de nous renouveller sans cesse.’
Ces propos visionnaires étaient tenus, en 2001, par Jorma Ollila, ancien CEO du contructeur télécoms Nokia.
Ironie du sort, dix ans plus tard, c’est pour avoir échoué sa transformation en plate-forme logicielle et n’avoir pu repenser sa stratégique que le groupe finlandais boit aujourd’hui la tasse. L’action Nokia a dégringolé cette semaine de plus de 20%, en bourse, après un avertissement sur les profits au deuxième trimestre dû à une érosion substantielle des ventes.
Il avait fallu six ans à Nokia pour devenir numéro un mondial du marché du mondial (450 millions de terminaux encore venus en 2010). Il n’a fallu que quatre à Apple (iPhone) et Google (et sa plate-forme mobile Android) pour reprendre au Finlandais le bâton d’acteurs les plus influents dans le monde de la mobilophonie.
En quatre ans, la part de marché de Nokia dans le lucratif marché des smartphones a été divisée par deux (de 49% à 25%). Le constructeur finlandais ne domine plus que les marchés des pays émergents (Chine, Inde…) où il est désormais rattrapé par des constructeurs locaux, moins chers.
Nokia avait pourtant toutes les informations en mains
On ne peut pourtant pas dire que Nokia se soit laissé surprendre.
Les innovations dont ses concurrents américains font aujourd’hui leur beurre (plate-forme de vente d’applications mobiles iStore d’Apple, écran tactile HTC, etc.) avaient été explorées par le constructeur nordique des années, parfois, avant eux.
« Nokia a intégré le WiFi, le Bluetooth et les cartes mémoires des années avant qu’Apple et d’autres n’arrivent avec ce type de caractéristiques sur leurs téléphone, relève Tomi Ahonen, un consultant finlandais, spécialiste du marché du mobile. Nokia n’a jamais cessé d’écouter ses clients. Le groupe dispose de l’un des centres de recherche marketing et sociale les plus importants et les plus efficaces du monde. La firme était au courant et a anticipé sur la plupart des grandes phénomènes apparus au cours des dernières années. L’écran tactile, la console de jeu nomade (N-Gage, concurrent de Nintendo), la publicité sur le mobile… Nokia a invité le mobile money voici des années, bien avant que Facebook ou Google (avec son Google Wallet) n’y songe maintenant. La firme finlandaise a repéré et a investi dans ces créneaux aujourd’hui porteurs avant les autres! »
La meilleure information sert à quoi sans écosystème et… ouverture d’esprit ?
Comment expliquer, dès lors, que cette collection d’anticipations n’ait pas permis à Nokia de continuer à devancer ses rivaux ?
Plusieurs raisons à cela, sans doute…
D’une part, les équipes de Nokia se sont braquées sur des certitudes, refusant de voir certains changements dans le marché. Le nouveau patron de la firme finlandaise, l’Américain Stephen Elop, raconte ainsi que les responsables de Nokia ont regardé de haut l’entrée en lice de l’iPhone, en 2007, affirmant avec suffisance que leur propre expérience des écrans tactiles, quelques années plus tôt, montrait qu’il s’agissait d’une impasse de marché.
La bureaucratie interne de cette immense multinationale ont substantiellement allongé, d’autre part, les délais de développement et de mise sur le marché de nouveaux produits. Un problème d’exécution lié à un système de management trop rigide et éclaté.
Mais surtout, il a manqué à Nokia un écosystème pour mettre en oeuvre ses nouveautés et développer les efforts suffisants pour susciter une adhésion plus large.
Le nombre de jeux disponibles sur N-Gage était ridiculement bas.
Le développement d’application sur Symbian, le système opérationnel de la firme, était très complexe et, visiblement, mal promu par Nokia. Le nombre d’applications et de services développés par des tiers sur Symbian est infime, aujourd’hui, par rapport à ce qu’offrent Apple ou Android, alors que la part de marché globale de Nokia est longtemps demeurée très supérieure.
Plus une guerre d’équipements mais une guerre d’écosystèmes
Certes, l’écosystème qui a grandi autour de Nokia, en Finlande, est large. Mais, paradoxalement, il a affaibli la structure de l’économie finlandaise, désormais jugée trop dépendante de Nokia.
Stephen Elop le reconnaît aujourd’hui : la bataille ne se joue plus dans l’industrie du mobile sur le terrain des équipement, mais bien sur celui de l’écoystème, autrement dit des réseaux tissés autour de soir
« Nous sommes entrés dans une guerre entre des écosystèmes« , confirme Elop, justifiant ainsi le récent partenariat de la dernière chance avec l’éditeur informatique Microsoft.
Jorma Ollila l’avait pourtant prédit, une décennie plus tôt.
Nokia était prévenu. La firme disposait de l’avance technologique nécessaire et d’un énorme pool de talents. Les études de consommateurs étaient parmi les plus visionnaires du monde. Les relais d’information innombrables, grâce également au réseau de distribution mondial de Nokia…
Comme on le voit aujourd’hui, cela n’a pas suffit.
Comment le mobile va changer le visage de l’Afrique d’ici 2020
9 mai 2011
- M-Health : en Afrique, les médecins sont trop peu nombreux et ne peuvent se déplacer partout , faute d’infrastructures suffisantes. Grâce au mobile, leurs connaissances et leurs avis circuleront à leur place sur le continent.
- Le paiement via mobile devient, en Afrique, l’équivalent de la carte de crédit dans les pays développés, et beaucoup plus vite qu’ailleurs.
- Les besoins de chargement des batteries va stimuler la multiplication de micro- unités de production d’énergies via des modes renouvelables (photovoltaïque, vent, etc.), bâtis grâce à la mobilisation des communautés locales. Ces nouvelles infrastructure et la dynamique des communautés qui les supportent devraient permettre de structurer l’organisation locale et ainsi permettre à d’autres projets périphériques de se développer
- L’expertise en matière de m-commerce par les entreprises africaines pourra être vendue hors du continent, générant ainsi de nouveaux revenus d’exportation pour l’Afrique.
- Faute d’autres terminaux pour accéder à internet, le « web vocal » va connaître un essor plus rapide en Afrique. Ce pourrait également constituer une nouvelle source de revenus pour les entreprises africaines à l’international.
- Le mobile va permettre certaines formes de m-learning pour les écoliers, dont la plupart posséderont également un téléphone portable.
- Des constructeurs électroniques africains devraient faire leur apparition. Des entreprises nigérianes développent aujourd’hui des tablettes tournant sous le système opérationnel Android, conçus spécifiquement pour le marché africain.
- etc.
Voici quelques unes des prédictions détaillées dans cette passionnante présentation relative à la révolution qu’apporte le téléphone mobile en Afrique.
Rencontre avec Alec J. Ross, le conseiller « réseaux sociaux » d’Hilary Clinton
24 mars 2011
En compagnie d’un petit aréopage de journalistes et de chercheurs, nous avons passé une agréable partie d’après-midi avec Alec J. Ross, le conseiller principal de la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton en matière de technologie et d’innovation. 
Avant de rejoindre le Département d’Etat, Alec J. Ross fut l’une des chevilles ouvrières de la campagne électorale de Barack Obama, en charge notamment des liens avec les entreprises de la Silicon Valley.
Les réseaux sociaux d’information plus forts que les G.I.’s
Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont devenus un instrument majeur de la diplomatie américaine. Les révolutions arabes des dernières semaines ont fait de Facebook et Twitter des instruments plus efficaces pour renverser les régimes que les milliers de G.I.’s envoyés jadis dans d’autres dictatures.
« Les réseaux sociaux changent aujourd’hui nos relations avec les populations dans les pays du monde., indique Alec J. Ross. Auparavant, nos diplomates tiraient une grande partie de leurs informations sur les pays des rencontres qu’ils avaient avec les élites locales (les ministres du gouvernement, les dirigeants d’entreprises,…). Désormais, nous pouvons écouter directement ce que dit la population sur les réseaux sociaux«
Les élites ne sont plus les seuls interlocuteurs
Les réseaux sociaux sont un formidable canal d’écoute. Mais aussi d’échange, affirme Alec J. Ross.
« Nous avons lu toutes les critiques que les citoyens Egyptiens émettaient sur les réseaux sociaux à l’encontre de la politiques passée des Etats-Unis au Moyen-Orient. Ils reprochaient notre soutien à l’ancien président Moubarak. Hillary Clinton a participé à une conversation sur le site internet Masrawy.com, le premier portail internet d’Egypte. La secrétaire d’Etat a répondu directement aux questions et critiques envoyés par les internautes sur les réseaux sociaux. Un nouveau rapport s’instaure grâce aux réseaux sociaux. »
Les Etats-Unis communiquent directement avec les protestataires en Iran, via Twitter, souligne par ailleurs Alec J. Ross.
« Ne nous trompons toutefois pas : dans ce nouveau monde de sur-information et parfois d’hyper-transparence (Ndla: pensons à Wikileaks), la propagande n’a plus d’effet. Ce n’est pas Voice of America ou Radio Free Europe, comme il y a plusieurs dizaines d’années. Les Iraniens disposent de beaucoup plus de sources d’informations différentes que jadis les habitants des pays communistes, dans les années 60 ou 70. Ils ont accès à des dizaines de chaînes de télévision par satellite. Des centaines de blogs. Il est illusoire de penser que nous pourrions peser sur les événements en bombardant Twitter ou Facebook avec nos propres slogans. Aujourd’hui, le « »push broadcasting » n’a plus rien d’efficace »
Pas seulement Facebook ou Twitter… Maktoob (Jordanie), QQ (China) ou Mixi (Japon) aussi
Evidemment, que Facebook, Youtube ou Twitter soient nés en Californie, renforce le poids des Etats-Unis sur ces nouveaux mondes de la diplomatie digitale. 
Alec J. Ross assure que l’origine des réseaux sociaux sur lesquels ces conversations prennent place n’est pas l’aspect le plus déterminant. Cette origine n’a en fait pas d’effet.
« Le principe de la neutralité du Net est très importante, souligne-t-il. Il est même essentiel. Ce qui compte, c’est l’efficacité. Si les gens, dans un pays, interagissent sur un réseau social plus populaire, c’est très bien. Maktoob ou Mixi, en Jordanie ou au Japon, jouent exactement le même rôle que Facebook et Twitter. Lors d’un séjour en Afrique, le président Obama a interragit avec un réseau social sud-africain qui s’avérait être le plus efficace en raison de sa facilité d’utilisation sur les téléphones portables. Ces derniers sont le principal outil d’accès à internet dans le continent »
Les réseaux sociaux sont donc un phénomène réellement universel
Dépasser la diplomatie, connecter le monde économique
Le nouveau monde de la diplomatie digitale, que décrit le conseiller du State Department, reflète l’impact général des nouveaux outils sociaux sur la politiques, l’économie et la société en général.
Nous ne sommes sans doute qu’au début. Internet suscite d’autres espoirs.
Pour que les révolutions soient un succès complet, il faudra que la démocratie ramène également la croissance économique. Là aussi, internet jouera sans doute un rôle important.
Ainsi, en Tunisie, dans certaines villes où le chômage terrasse la population des moins de trente ans, l’espoir vient de la possibilité de pouvoir collaborer directement, dans le futur, avec des entreprises des pays développés à travers les réseaux numériques. Après tout, l’Inde a basé une partie de son développement économique fulgurant des quinze dernières années sur les nouvelles technologies et le travail à distance. D’aucuns espèrent qu’elle fera des émules.
Comment les transferts technologiques permettent à la Chine de construire son propre avion civil long courrier
22 février 2011
Huit options pour prospérer dans une économie post-2.0
7 décembre 2010
Comment une PME de 17 personnes a développé sa propre tablette tactile en quatre mois
28 octobre 2010
LePointNet, une entreprise de 17 personnes basée à Genval, installe et équipe des parcs d’ordinateurs dans d’autres entreprises. La PME, qui réalisera en 2010 un chiffre d’affaires proche du million d’euros, affichait jusqu’ici un profil plutôt local….
Jusqu’ici car LePointNet se retrouve propulsé aujourd’hui sur le terrain de jeu mondial des géants de l’informatique tels qu’Apple, Lenovo, HP, RIM ou Samsung…
Une tablette tactile indépendante, maintenant soutenue par Microsoft
La jeune entreprise brabaçonne s’est lancée dans un étonnant défi: celui de développer sa propre tablette ordinateur tactile. Elle existe.
La Dune est une tablette ordinateur totalement opérationnelle. Mieux, la tablette wallonne bénéficie désormais du soutien promotionnel d’un parrain de choix : Microsoft, le premier éditeur de logiciels au monde.
“Microsoft va nous aider à promouvoir la Dune en mettant à notre service une batterie de canaux marketing dont nous n’aurions pu rêver, à commencer par MSN, Hotmail, ou encore le rally annuel des événements Microsoft”, explique Benjamin Vanopbroek, entrepreneur de 26 ans, co-fondateur de LePointNet.
« Nous sommes arrivés au bon moment »
Mais pourquoi s’être lancé dans la conception et la fabrication d’une tablette tactile à l’instar d’un grande industriel de l’électronique ?
In tempore non suspecto… “L’année dernière, lorsque nous avons décidé de lancer notre projet de tablette tactile, ce marché n’était pas dans l’air du temps, indique Benjamin Vanopbroeck. Entre-temps, Appel a lancé son iPad. La firme a créé un énorme appel d’air mondial, qui aujourd’hui nous aspire”.
De fait, Dune arrive simplement au moment rêvé avec un produit prêt à l’emploi. La tablette wallonne tourne pour l’heure sous le système opérationnel Windows. Or, Microsoft cherche à maximiser les opportunités de positionner ce dernier sur les tablettes tactiles… L’enjeu est considérable. Goldman Sachs, par exemple, estime à 35 millions le nombre total de tablettes ordinateurs qui seront vendues dans le monde en 2011.
Si Apple (iOS) et Google (Android) ont pris une certaine avance sur leurs concurrents, Nokia (MeeGo), RIM (Playbook), HP (WebOS) ou Microsoft (Windows 7 et Windows Phone 7), pour ne citer qu’eux, sont en embuscade. Ces derniers redoublent maintenant d’efforts pour convaincre les constructeurs d’adopter leur plate-forme logicielle. Une initiative comme Dune arrive donc à point nommé pour le groupe de Bill Gates.
Le monde est un grand supermarché de composants
Mais comment une PME d’à peine 17 personnes est-elle parvenue à avancer si rapidement sur le terrain des multinationales de l’électronique de masse ? Car entre l’idée et la production du premier prototype de la Dune, il ne s’est écoulé que… quatre mois !
“Sept personnes ont travaillé sur le développement de la tablette”, précise Benjamin Vanopbroeck.
LePointNet n’était pas tout seul dans l’aventure. L’entreprise s’est appuyée sur le savoir-faire d’une entreprise partenaire, TechnyHub, autour de laquelle gravitent notamment d’anciens cadres expérimentés de grands groupes informatiques internationaux. 
“Ces derniers connaissaient la musique, indique Benjamin Vanopbroeck. Ils connaissaient certaines fournisseurs de composants”.
C’est que l’univers de l’industrie fonctionne aujourd’hui comme un grand supermarché global.
“Processeurs, écrans, batteries, coques, cartes mères, etc. : chacun peut aujourd’hui se procurer les composant auprès des fournisseurs en Asie, note Benjamin Vanopbroeck. Apple ou Samsung s’approvisionnent d’ailleurs chez les mêmes”.
La firme belge s’est occupée de la conception, de la coordination du processus et des tests. Après quelques navettes entre l’Europe et la Chine, Benjamin Vanopbroeck a pu déballer la première Dune.
Imagerie pour entreprise
LePointNet négocie maintenant des accords de distribution pour la Dune, y compris dans de grandes chaînes internationales. La PME pourrait, comme d’autres, devenir une micro-multinationale.
La firme ne communiquera pas sur ses estimations de vente. Mais elle espère, pourquoi pas, pouvoir capter une petit partie du prometteur marché des tablettes tactiles.
Dans l’immédiat, cependant, LePointNet entend utiliser sa tablette dans le cadre d’application pour des usages commerciaux. C’était l’objectif initial du projet de tablette.
“Notre métier, au départ, est de fournir des solutions d’imagerie pour les entreprises et les show rooms, détaille Benjamin Vanopbroeck. Nous avions déjà des tables à écran tactile pour afficher des contenus dans des espaces commerciaux. Il nous manquait un outil convivial et de proximité pour les vendeurs, afin qu’ils puissent améliorer la relation avec leurs clients, de façon plus poche. Une tablette tactile, tel était l’outil idéal…”
« Faire se rencontrer en ligne une offre et une demande mondiale de niche dans les fruits exotiques »
27 septembre 2010












