Penser localement pour devenir global ? (Eurada)

22 juin 2008

Depuis plusieurs années, un certain nombre de postulats sont rappelés lors de diverses conférences, écrit Christian Saublens, directeur de l’association européenne des agences régionales de développement Eurada. Cologne Local

Certains d’entre eux devraient néanmoins être revisités, estime-t-il, afin d’être adaptés à la nouvelle donne économique. D’autres devraient être martelés afin de favoriser un changement de culture et de perception. Les voici.

1. L‘expression “think global, act local” me paraît aujourd’hui désuète et devrait désormais être reformulée comme suit: “think local to be global”. En effet, les marchés, la création de connaissance, l’exploitation des connaissances, les chaînes de valeur (outsourcing, offshoring, crowdsourcing, …) sont globaux. Dès lors, il faut repenser les stratégies locales pour être présent ou être un acteur sur les marchés globaux et promouvoir des stratégies, des aides et des conseils permettant de développer des avantages concurrentiels vis-à-vis des autres territoires.

2. La notion de “milieu innovant” ou “d’écosystème d’innovation” devrait être remplacée par la notion de “start-ups hubs” ou “écosystème de la création d’entreprises à fort potentiel de croissance”.

3. Le discours sur les clusters et autres pôles de compétitivité doit prendre en considération leur dimension internationale. La notion “d’intercluster” doit devenir un leitmotiv du discours public et du financement d’activités de clusters. En effet, combien de régions peuvent prétendre aujourd’hui disposer des infrastructures et des talents permettant l’excellence multidisciplinaire et multisectorielle ?

4. Le concept de “triple helix“, qui décrit habituellement le système innovant, omet les acteur clés du passage de l’innovation au marché, à savoir les investisseurs en capital risque (business angels, seed capital, venture capital, …). Remarquons que les documents traitant du succès de la Silicon Valley insistent plus sur le rôle des serial entrepreneurs, des business angels, des venture capitalistes et des universités que sur celui des infrastructures.

5. Les notions de “profits” et de “marchés” doivent être réhabilitées et promues dans les discours et documents rédigés par les pouvoirs publics. Il faut prendre conscience que, bien souvent, la seule option du financement d’activités de RDTI (recherche, développement, technologies, innovation) par les PME est le réinvestisseent d’une partie de leurs profits, et que le profit n’est réalisable qu’en accaparant des parts de marché ou en créant de nouveaux marchés. Si ces principes sont triviaux dans une économie de marché, pourquoi sont-ils absents des débats, alors que d’autres concepts moins évidents en ce qui concerne leur contribution effective à la croissance régionale (incubateurs, parcs technologiques, technopôles, clusters, …) sont quant à eux cités encore et encore dans tous les discours ?

6. Les infrastructures sont nécessaires, mais pas suffisantes pour garantir le développement régional. Les atouts immatériels sont prépondérants. Parmi ceux-ci, mentionnons le leadership, la gouvernance, les réseaux informels et la qualité de la formation de la population. En ce qui concerne ce dernier point, faisons valoir que

· le niveau technologique s’accroît dans tous les secteurs,

· le besoin de créativité s’instaure dans tous les postes de travail et tous les secteurs, y compris l’administration publique,

· le niveau de formation des régions de pays émergents s’accroît de manière spectaculaire,

donc le niveau de formation devient un enjeu majeur des stratégies de développement régional et de compétitivité des entreprises.

7. Quand l’Union européenne prendra-t-elle enfin conscience que l’objectif de la Stratégie de Barcelone en ce qui concerne la RDT en Europe (pour rappel, les dépenses en la matière devraient atteindre 3% du PIB) est irréaliste, d’une part compte tenu de la composition du tissu socio-économique et de la taille des entreprises dans certaines régions, et d’autre part parce qu’aucune notion d’efficience n’y est attachée. En effet, 2.5% bien investis sont préférables à 3% gaspillés !

Christian Saublens

Directeur Eurada

(Eurada regroupe près de150 agences actives dans 25 pays différents)

Photo Flickr Tenbon

La Banque mondiale use de l’intelligence collective pour défendre le climat

21 juin 2008

“No, it’s not a joke—the World Bank Group is undertaking consultations right now on its Strategic Framework on Climate Change and Development“. World Bank Market Place

La Banque mondiale a(vait?) la réputation d’un organisme monolithique, obèse et n’écoutant que ses experts. Les choses changent, comme le laisse entendre le Private Sector Development Blog, tenu par plusieurs économistes de l’institution née des accords de Bretton Wood. Cette fois, la Banque mondiale lance donc une consultation mondiale qui ne se limite pas aux groupes de pression. Elle veut englober les avis de vous ou de moi. L’objectif est de collecter un maximum d’idées utiles pour mener la lutte contre les changements climatiques. Reste à voir si le staff sera suffisant pour traiter, trier et classer le flot des propositions.

Depuis deux ou trois ans, la Banque mondiale se montre assez proactive dans l’utilisation des nouveaux moyens de communication. Pour élargir son spectre de diffusion mais, aussi, s’ouvrir à l’écoute et aux suggestions extérieures.

. La Banque mondiale s’est convertie au web 2.0 en lançant  Private Sector Development Blog. Aujourd’hui, le blog attire plus de trafic que l’ensemble des onze sites d’informations tenus aujourd’hui par l’institution, expliquait cette semaine dans Salon.com Pierre Guillaume Wielezynsk, un responsable de la communication à la Banque mondiale.

Ce dernier est un vibrant défenseur des nouveaux modes de communication intéractifs. Pierre Guillaume Wielezynski a aidé à la création d’un outil de suivi des conversations sur les médias sociaux internet: BuzzMonitor, un autre service de la Banque mondiale. L’initiative est née du constat, explique-t-il, que les actions et messages de la Banque mondiale trois à quatre fois plus commentés sur les blogs et forums que dans les médias traditionnels.

Dans un autre style: Devex.com. La Banque mondiale n’est pas le premier soutien derrière cette “entreprise sociale globale”. Mais grâce à ce site collaboratif, elle peut être mise en relation avec tous les acteurs du développement. La plate forme regrouperait 100.000 membres. Son but, optimiser les échanges d’information et de bonnes pratiques pour rendre, grâce à la philosophie du web collaboratif, le secteur de l’aide au développement le plus efficace possible.

ESADE (Business School Barcelona) met un peu de globalisation dans tous ses programmes

14 juin 2008

Le Vietnam exporte ses travailleurs aux Etats-Unis

27 mai 2008

L’économie américaine vit peut-être déjà à l’heure de la récession, selon Warren Buffet. La demande de main d’oeuvre n’en reste pas moins criante outre-Atlantique. Vienam golf

Le Vietnam vient d’envoyer très officiellement 23 travailleurs pour remplir des fonctions inoccupées aux Etats-Unis.

La société TTLC sert d’intermédiaire. Les travailleurs vietnamiens en question travailleront comme ouvrier dans un golf. Une autre société vient par ailleurs de décrocher un contrat pour recruter et transférer aux Etats-Unis une centaine de soudeurs vietnamiens.

L’agriculture du Middle West pourrait également recevoir le renfort des travailleurs d’Hanoi ou Ho chi min. Le salaire, promet-on, sera fixé aux standards américains, soit 1.300 dollars US par mois.

L’extrême pauvreté diminue dans le monde

22 mai 2008

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Les quatres niveaux de la globalisation

17 mai 2008

Voici trouvé sur le site internet du quotidien Les Echos un article très inspiré au sujet de la globalisation, écrit il ya dix ans par deux professeurs d’université d’origine indienne, Vijay Govindarajan et Anil K. Gupta, enseignant respectivement à l’Amos Tuck School of Business Administration du Dartmouth College et au College Park de l’université du Maryland. Il est étonnant de voir à quel point la vision décrite trouve un écho approprié une décennie plus tard. Le contenu est presque actuel. A l’époque, la Chine leur parassait le moteur de la future économie mondiale, dont le centre de gravité migrerait vers l’Asie. Prédiction avérée. planisphere
En 1998, les deux professeurs mettaient déjà en avant les changements considérables qui devraient se produire encore dans le visage de l’économie mondiale. La constante sera toutefois un accroissement de l’interdépendance.
Selon les deux auteurs, cette interdépendance mondiale détermine notre attitude ou notre façon d’envisage l’avenir quelle que soit notre position : ” Si vous êtes le patron de Nucor Steel (un sidérurgiste américain) et que vous devez décider de l’implantation d’une nouvelle usine d’un coût de 700 millions de dollars, vous étudierez aussi bien le Brésil que les Etats-Unis, écrivaient-ils. Si vous êtes le ministre des Finances de l’Inde, l’intégration de l’économie indienne au reste du monde vous apparaîtra comme une donnée fondamentale pour réaliser la transformation du pays et le hisser au rang de superpuissance économique. Si vous êtes un jeune cadre de Procter & Gamble, vous n’aurez pratiquement aucun espoir d’accéder à des postes de direction si vous n’alliez pas une solide expérience internationale à d’excellentes performances dans l’exercice de vos fonctions.”

A l’époque, les deux auteurs déduisaient quatre niveaux sur lesquels l’emprise de la globalisation ira en s’accroissant dans les années à venir.

1. L’échelle d’un pays

Malgré la mondialisation accrue, tous les pays ne présentent pas le même degré d’intégration à l’économie mondiale. L’interdépendance entre nations ira en s’accélérant dans les années à venir et les cartes économiques vont se modifier.

2. Au niveau d’une industrie spécifique

“Plus le degré de mondialisation d’une industrie donnée est élevé, plus une entreprise de ce secteur peut en tirer profit en exploitant au mieux les dimensions technologiques, ses capacités de production, la notoriété de ses marques et/ou son capital par-delà les frontières. Les secteurs d’activité globalisés sont souvent dominés sur tous les marchés par le même groupe de sociétés mondiales, qui coordonnent leurs stratégies à travers les pays. C’est ainsi, par exemple, que l’industrie de la chaussure de sport est dominée par Nike, Reebok et Adidas. Dans l’industrie pharmaceutique, les investissements transfrontaliers progressent aujourd’hui plus vite que les échanges”.

3. Au niveau d’une entreprise particulière

“Toyota offre un bon exemple de groupe fortement mondialisé. A la fin de 1995, un tiers de la production mondiale de Toyota était réalisé par des filiales entièrement ou partiellement contrôlées par le groupe, réparties dans vingt-cinq pays d’Amérique, d’Europe et d’Asie. Mieux encore, Toyota exportait 38 % de sa production japonaise vers les marchés étrangers, et le volume des flux intra-firme entre ses filiales était important. Au sein de son réseau régional d’Asie du Sud-Est, par exemple, Toyota exportait des moteurs Diesel de Thaïlande, des transmissions fabriquées aux Philippines, des directions produites en Malaisie et des moteurs fabriqués en Indonésie”.

4. Au niveau des indvidus dans l’entreprise
L’évolution et la stratégie de carrière ne peut plus s’envisager en se focalisation uniquement sur son marché d’origine et une expérience locale.
“Si vous pensiez avoir affronté une concurrence intense avec l’émergence de firmes d’envergure mondiale d’origine japonaise, coréenne ou taïwanaise, prenez garde, avertissaient alors les deux professeurs. Par comparaison avec ce qui vous attend en 2020, ce n’était peut-être qu’un simple échauffement”.

A l’heure où le groupe indien Tata vient de racheter le constructeur automobile Jaguar, on ne peut que leur donner raison a posteriori.

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