Dans nos économies modernes, l’emploi net est créé par les startups

23 août 2010

Le site TheStartup.eu a attiré mon attention sur cette information. Une étude de la Fondation Kauffman, dévoilée l’année dernière, les entreprises occupant de un à maximum quatre employés ont représenté, entre 1980 et 2005, un cinquième des nouveaux emplois créés aux Etats-Unis chaque année.

Cela dit, en retirant l’emploi créé dans les entreprises nouvellement créées, la croissance nette de l’emploi aux Etats-Unis aurait été négative…

Bref, depuis plus d’un quart de siècle, l’économie américaine est régénérée par les startups

Les plus forts compensent l’emploi disparu chez les plus frêles

Certes, on le sait, la mortalité infantile est élevée chez les startups. Moins d’une sur deux passe le cap des cinq ans… Et encore, les bonnes années… En moyenne, pourtant, sur la période 1977-2000, l’emploi qui subsistait des les startups survivantes atteignait encore 80% de l’effectif total employé.

Si de nombreux joueurs ont disparu, en fait, l’emploi qui s’est développé dans les startups survivantes a toutefois compensé en grande partie les postes de travail éliminés par le naufrage des jeunes entreprises les moins solides…

L’emploi net est créé par les gazelles

Ceci me rappelle la discussion que j’ai eue, voici quelques mois, avec Olivier Witmeur, professeur à l’école de commerce Solvay, lors d’une conférence de Capital & Croissance (voir vidéo ci-dessous).

Ce dernier balayait, alors, l’idée un peu simple qui consiste à se dire que la majorité des nouveaux emplois créés se trouvent dans les PME.

En réalité, aujourd’hui, en Europe, la création nette d’emploi se concentre dans une nombre limité de petites et moyennes entreprises, 4-5% du total. Ce sont des startups de forte croissance, autrement appelées, aussi, des gazelles.

« Les grandes entreprises ont plutôt tendance à réduire leurs effectifs, explique Olivier Witmeur. Quant aux PME, l’emploi créé chez certaines est compensé par les diminutions dans d’autres… »

Il reste les gazelles ! Et ne croyez pas qu’elles soient toutes dans les secteurs de l’IT, des Cleantech ou des Biotech.

« Beaucoup existent dans le domaine des services« 

You need to a flashplayer enabled browser to view this YouTube video

Avec Moboff, le Japon apprivoise à son tour le concept du coworking

23 mai 2010

« Dans quelques années, lorsque l’on parlera du prochain Google, nous serions heureux de pouvoir dire que leur aventure a commencé dans ces murs »

Nicolas Koreni est argentin. Voici huit ans, il s’est installé au Japon. Il gère aujourd’hui le projet Moboff (contraction de Mobile-Office), un réseau d’espaces de coworking dans le centre de Tokyo,au service des entrepreneurs et des télétravailleurs.

You need to a flashplayer enabled browser to view this YouTube video

« Les entrepreneurs ont besoin d’un lieu de travail. Ici, on ne vient toutefois pas seulement pour travailler. On vient pour rencontrer des gens, nouer des connexions avec des personnes qui sont dans le même état d’esprit, qui partagent certaines valeurs, animés par la même passion », indique Nicolas Koreni.

« Reliés entre eux, les entrepreneurs peuvent s’entraider, mais aussi, surtout, développer mieux et plus rapidement leur nouvelle activité ».

Ainsi, dans un pays, le Japon, dont l’économie souffre du manque d’esprit d’entreprendre de sa population, l’apparition, même encore timide, d’espaces de coworking est la bienvenue.

Coworking soutenu dans le cadre d’un projet immobilier

Le projet Moboff couvre aujourd’hui cinq espaces différents au coeur du très populaire quartier de Shibuya, dans le centre de Tokyo.

Le premier centre de coworking a ouvert fin 2009. Il compte une trentaine de membres, à ce stade.

Deux autres espaces sont, eux, intégrés dans des exploitations horeca, que chacun d’entre eux prévoit notamment une prise de courant au pied de chaque table ainsi qu’une connexion WiFi à très haut-débit pour le meilleur confort possible des travailleurs mobiles et la santé de leurs batteries.

« Le principe: on s’abonne, on vient, on s’installe où on veut , on travaille et on s’insère dans la communauté »

Le modèle économique fonctionne comme celui d’un centre de fitness, détaille Nicolas Koreni.

« Les membres paient un abonnement mensuel. Ils viennent quand ils le souhaitent »

Parti d’une idée de projet immobilier

Derrière l’initiative Moboff : Design Works Project (DWP).

Ce groupe immobilier, spécialisée dans le design de bureaux, voyait d’abord dans le coworking une manière d’optimiser la gestion de l’espace foncier.

Progressivement, le groupe y a vu l’occasion d’agir sur la création de véritables communautés d’entrepreneurs, tout en offrant une solution aux société nécessitant de disposer occasionnellement d’un endroit dans les quartiers fréquentés de la ville mais qui ne peuvent, ou ne veulent, supporter le coût d’une location individuelle.

A présent, les jeunes créatifs, ouverts aux nouvelles technologies, sont la première cible de Moboff. Les travailleurs nomades, salariés de petites entreprises isolées en banlieue, en sont une autre.

« Le fait d’organiser régulièrement des rendez-vous et des rencontres thématiques est un ingrédient indispensable pour animer et développer la communauté autour des espaces de coworking, ajoute Nicolas Koreni. Avec les événements, nous exerçons pleinement notre rôle de facilitateur de rencontres« .

Le coworking, mouvement mondial

L’exemple de Moboff, au Japon, illustre la montée en puissance d’un mouvement à l’échelle mondiale.

Aux Etats-Unis, en Europe, en Asie, des espaces de coworking éclosent au coeur de certaines villes. Ils deviennent des points de ralliement pour les travailleurs indépendants et les entrepreneurs individuels au début de leur projet.

Les autorités commencent d’ailleurs à comprendre le potentiel du coworking, sur le plan macroéconomique même.

En Wallonie, par exemple, le gouvernement régional prévoit d’encourager l’apparition d’espaces de coworking dans un certain nombre de villes.

On le verra dans le plan Creative Wallonia, porté par le ministre de l’Economie Marcourt, qui doit être activé prochainement (voir présentation ci-dessous)

Les causes de la crise de l’innovation au Japon et les leçons pour l’Europe (correction)

23 mai 2010

Philippe Debroux est professeur à la Soka University de Tokyo.

You need to a flashplayer enabled browser to view this YouTube video

Il évoque les difficultés de l’entrepreneuriat, les lourdeurs des grandes entreprises et l’enfermement de la culture technologique au Japon.

Le résultat  : une sévère crise de l’innovation et de la croissance. Certaines, icônes, chutent, comme la compagnie aérienne JaL.

Certains des maux qui frappent le Japon ne sont toutefois pas étrangers non plus à l’Europe. Citons-en quelques uns :

  • - esprit d’entreprise limité
  • - culture managérial encore très verticale, en tous cas dans certains secteurs
  • - innovation trop focalisée sur la R&D

Open Innovation ? Le Japon voudrait bien, mais ne peut point…

19 mai 2010

Voici quelques années, les entreprises japonaises contrôlaient la totalité du marché mondial des écrans à cristaux liquides. De nos jours, elles ne détiennent plus qu’une maigre part de marché inférieure à 10%.

Champion mondial de la technologie depuis l’après-guerre, le pays du Soleil levant peine à négocier le virage de l’économie globalisée ainsi que l’accélération des processus d’innovation. Le segment des écrans liquides n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres. Le modèle économique qui fit le succès du Japon affronte une quasi crise systémique.

Ouverture, collaborations internationales, remède évident, et pourtant….

Ouverture, collaboration, innovation en réseau, partenariats internationaux… En Europe, où le défi posé par l’intensification de la concurrence internationale n’est pas moindre, nous voyons émerger des réponses conceptuelles visant à remodeler nos processus de fonctionnement.

You need to a flashplayer enabled browser to view this YouTube video

Au Japon, les acteurs de terrain semblent adhérer au même diagnostic. La différence réside néanmoins dans la mise en oeuvre…

Tel est le sentiment qui me reste après deux journées passées dans l’archipel dans le cadre d’une mission consacrée à l’innovation…

Culture insulaire, respect de la hiérarchie… Le Japon encore loin de la « cloud economy »

Nous avons rencontré les responsables dans deux universités d’Osaka, la Chambre de commerce de Kyoto ainsi qu’une délégation de la prestigieuse Japan Science and Technology Agency (JST).
Comme le montrent mes interlocuteurs dans les interviews vidéos ci-jointes, chacun au Japon est bien conscient de la nécessité de s’ouvrir. Plus facile à dire qu’à faire, cependant, pour un pays insulaire, habitué au structures rigides, au respect de la hiérarchie et au contrôle de bout en bout…

Yasua Kanematsu, par exemple, responsable de la politique de collaboration industrielle de la Osaka University, déplore la difficulté qu’ont les entreprises nippones à s’ouvrir aux partenariats intégrés avec de grandes entreprises, des PME, des startups, des centres de recherche ou d’autres université à l’étranger.

De son côté, un cadre de Kyocera croisé dans le Kansaï reconnaissait que son entreprise restait ancrée dans une culture de l’innovation très étanche à l’extérieur.

Pourtant, nombre des interlocuteurs rencontrés à ce stade opinent également pour dire que l’avenir de leurs industries respectives passe inévitablement par l’immersion dans des réseaux d’échange et d’innovation globaux.

You need to a flashplayer enabled browser to view this YouTube video

Akera Myui (vidéo ci-dessus), directeur d’un service d’innovation dans le domaine de la chirurgie réparatrice, à l’hôpital universitaire de la Osaka University, l’affirme ci-dessous: nous devons nous insérer dans ces réseaux.

Amener aussi le le Japon vers une économie de la créativité

Hiroshi Okano, professeur de management à la Osaka City University, estime lui – compte tenu de la concurrence internationale acharnée qui vide, comme chez nous, l’Archipel de centaines de ses usines – qu’il est nécessaire de tirer le tissus économique nippon sur un socle davantage basé sur la créativité.

Le Japon n’est pas mal armé de ce point de vue. La littérature, le cinéma, la musique  et les Arts japonais en général s’exportent notamment très bien dans le reste de l’Asie.

Une nouvelle ère économique s’ouvrira-t-elle ?

You need to a flashplayer enabled browser to view this YouTube video

A quoi vont ressembler les PME du futur ? Sept prédictions

2 avril 2010

Le visage de l’entreprise va changer au 21ème siècle. A fortiori, celui des PME.

Voici un an, l’excellent Global Small Business Blog (GSBM) s’avançait dans un exercice périlleux : prédire les dix tendances de fond qui affecteraient la forme et les opérations en 2010.

L’auteur réédite l’exploit, cette fois-ci, en jouant à nouveau les oracles

Première constatation : internet et la globalisation demeurent les forces les plus puissantes du moment, celles qui sculpteront encore le paysage des PME dans les années à venir.

« Après le telex, le fax, les appels téléphoniques ruineux à l’autre bout du globe, les voyages au long cours, puis l’e-mail,… le meilleur est encore à venir« , indique le GSBM

Voici sept prédictions inspirées de ce billet :

1. Des millions d’opportunités offertes par la technologie

L’iPhone d’Apple a ouvert le marché des smartphones, permettant le développement de milliers de nouvelles activités économiques différentes et donc de nouvelles entreprises.

Des percées technologiques identiques sont probable dans le domaine du cinéma, de l’automobile, de la cuisine, de la télévision ou de la distribution de carburant…

Ces nouvelles plates-formes vont permettre également l’émergence de centaines de nouveaux besoins, et donc, de nouveaux business.

2. S’auto-organiser à travers le monde

Des centaines de petites structures peuvent aujourd’hui s’auto-organiser entre elles pour résoudre leurs propres problèmes. Elles pourront se former en quelques jours et réagir ainsi en quasi temps réel.

« Plus de 300,000 femmes américaines ont formé le Love/Avon Army of Women dans le cadre d’une programme de lutte contre le cancer du sein. La plupart sont entrées en relation grâce à des réseaux sociaux tels que Facebook. Elles peuvent aujourd’hui faire circuler leur message en quelques clics à travers le monde », illustre le GSBM

3. China S.A.

Avec une croissance économique annuelle attendue de près de 12% cette année, la Chine assied petit à petit sa domination économique.

Tudou, un des Youtube chinois

Les entrepreneurs chinois entendent s’émanciper de grands services européens ou américains.

Ils se dépêchent de développer leur pendant national de quelques unes des plus grandes marques internationales : le site de partage de vidéos Youtube, Hulu, la plate-forme musicale iTunes, ou le moteur de recherche Google, par exemple, sont aujourd’hui en concurrence en Chine avec des opérateurs locaux.

Les PME noueront de fréquents partenariats avec ces nouveaux distributeurs et des opérateurs chinois, pour profiter de l’extraordinaire essor de l’Empire du Milieu.

4. La montée en puissance des entrepreneurs amateurs

Combien de personnes entretiennent-elles une activité amateur, un hobby, à côté de leur vie professionnelle ? Que ce soit participer à la vente de bijoux artisanaux, donner des cours de yoga le soir, tenir un e-shop sur eBay, etc…

A la longue, ces personnes vont se rendre compte qu’elles peuvent exercer cette passion via le Net, à travers le monde. Certaines d’entre elles transformeront leur hobby en activité principale. Elles préféreront être à leur compte que de travailler dans un bureau pour quelqu’un d’autres.

Avec moins de 500 euros, à peine, il est déjà possible de démarrer une affaire globale.

5. De l’usine directement dans l’assiette du consommateur mondial

Les magasins physiques risquent de souffrir encore beaucoup dans les années à venir, à mesure que les consommateurs passent sur des plates-formes de commerce en ligne.

Google, par exemple, avec son smartphone Androïd, ne se préoccupe même plus d’investir dans une campagne de publicité de masse, sur des supports traditionnels. La firme opère son marketing en ligne directement auprès des utilisateurs.

De la même façon, on pourrait s’attendre à ce qu’Amazon, eBay ou Price Minister permettent, demain, aux producteurs, où qu’ils soient sur la planète, de vendre directement leurs produits ménagers (détergent, soupe, papier toilette…) à des groupes de consommateurs.

6. Des petites et moyennes multinationales (PM-M), des entrepreneurs globaux, nouveaux héros de demain ?

Dépassés Tiger Woods, Laure Manaudou, Justine Henin ou Lindsay Lohan…?

D’autres types de stars devraient frapper l’imaginaire de la population dans les années à venir.

Les individus qui créent de la nouveauté, qui participent à changer les choses pour la vie de la planète ou de la société, ceux qui promeuvent de nouveaux modèles d’entreprise, pourraient devenir les nouveaux héros de notre temps.

7. Capital-risque sans frontière

Corollaire de l’expansion de l’entrepreneuriat, les fonds de capital-risque vont être plus disputés.

Si les moyens alloués au capital-risque local augmenteront sans doute dans la durée, il pourrait toutefois se produire une période de latence, lors de laquelle des projets pourraient pâtir d’une plus grande demande en matière de levée de fonds.

Il sera donc approprié, encore plus qu’aujourd’hui, de regarder après des financiers au-delà de ses propres frontières.

Le capital-risque sans frontière deviendra de plus en plus visible et accessible. Les futures PM-M pourront/devront séduire les investisseurs étrangers. Ils ne devront pas hésiter à se montrer sous leur meilleur jour et à capitaliser sur l’extension de leur réseau personnel à l’étranger.

Le FMI a-t-il vraiment appris de ses erreurs ? (Netcast)

18 mars 2010

Mon vieil ami Damien Van Achter a capté hier le flux de tweets que je postais à l’occasion d’une conférence de Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, organisée par l’école de commerce HEC- ULG.

Dans la foulée, ce matin, nous en avons tiré un Netcast que voici:

Ci-dessou, mon live-tweet :

- Last 8 y, Africa has taken right economical steps. Now economy recovers as fast as the others. 1st time in History#dsk #imf

- IMF has learned the mistakes it did in the past #dsk #imf

- The crisis has hidden the global unbalances for a while. Now, appearing again #IMF #dsk

- The US consumer is now making savings. It’s a revolution! But chinese consumption won’t offset decrease of US consumption so soon #IMF

- Supervision is even more important than regulation in financial sector #dsk #fmi

- IMF had played its role, according to Keynes & Cie’s definition in 1944. #dsk #IMF

Déposer un brevet ? Cela ne sert plus qu’à obtenir des subsides

10 février 2010

Compte tenu de l’évolution extrêmement rapide de la technologie, déposer un brevet pour protéger sa propriété intellectuelle a-t-il encore du sens ?

Non seulement, le processus de documentation, de défense et de validation est relativement long. Mais le brevet technologique est de plus en plus rapidement dépassé. Pensons, par exemple, que le cycle de remplacement d’un téléphone portable est désormais inférieur à deux ans, dans les pays développés. Les standards, les fonctionnalités, les performances s’améliorent de mois en mois…

Les limites du brevet…

Wow Company, une PME spécialisée dans l’ingénierie et les… boules à vague pour piscine (utilisées dans les parcs d’attraction ou pour les entraînements de secouristes, par exemple), estime que le modèle de protection intellectuelle qu’incarne le brevet arrive aujourd’hui en fin de vie.

La société, crée en 1983, n’échappe pas aux affres de l’économie moderne. Elle a subi des vols de propriété intellectuelle. Des concurrents installés en Chine ont copié son produit. Sans conséquence dramatique, heureusement, pour la PME européenne.

Breveter seulement pour rassurer nos partenaires et obtenir des subsides

Aujourd’hui, Wow Company dépose encore, occasionnellement des demandes de brevet pour les technologies qu’elle développe. Mais pas dans un souci de protection juridique. Bien pour des raisons stratégiques et commerciales.

« Je veux, quand je discute avec un autre industriel ou un partenaire distributeur pour montrer que j’ai les moyens de me défendre », poursuit Joël Demarteau.

« D’autre part, le brevet permet de montrer aux organismes européens une certaine crédibilité en démontrent que nous avons fait cet effort de propriété intellectuelle ».

En d’autres termes, le dépôt d’un brevet permet de décrocher les subsides.

« L’Europe juge que nous sommes une entreprise innovante en fonction, essentiellement, du nombre de brevets que nous avons déposés. Un peu comme l’on évalue la qualité d’un chercheur en fonction de la quantité des publications qu’il réalise, alors que certains universitaires publient de façon automatique. Simplement, ils ont trouvé le truc et maîtrisent les critères et les réseaux appropriés pour bénéficier d’une publication ».

Une mesure dépassée de l’innovation

L’innovation est une denrée délicate à mesurer. Pour les pouvoirs publics, compter le nombre de brevets déposés est une façon facile de quantifier le degré d’innovation d’une économie. Par certains aspects, l’Union européenne s’est perdue sur ce chemin purement quantitatif avec le processus de Lisbonne (2000-2010). Ce dernier prenait en compte des critères linéaires comme les dépenses de recherche en proportion du PIB (3%).

Certes, dans le tableau de bord 2008-2009 de l’innovation en Europe (European Innovation Scoreboard), le nombre de brevets déposés n’est plus qu’un indicateur parmi d’autres. Il reste pourtant un élément à part entière.

Quand la propriété intellectuelle tue  l’innovation…

N’oublions pas que, dans certains cas, le brevet tue aussi l’innovation. A l’instar de certaines maisons de disque qui signent des artistes pour éviter qu’ils ne se lient avec un concurrent et qui les « placardisent » ensuite…

« Il y a un certain nombre d’années, j’avais déposé un brevet pour un réveil qui vous éveillait avec des variations de lumière, se souvient Joël Demarteau, chez Wow Company. Nous avons constaté par la suite qu’un inventeur japonais avait déjà protégé cette invention avant nous. Je ne pouvais plus avancer. Plus tard, nous nous sommes rendus compte que cet inventeur japonais n’avais jamais commercialisé. Il a fallu quinze ans avant que Philips ne mettent un produit similaire sur le marché. Et encore, moins évolué que ce que nous avions conçu bien avant. Pendant quinze ans, la propriété intellectuelle a verrouillé la possibilité d’innover dans ce segment.

Mauvais indicateurs de l’innovation, mauvais instruments de soutien

L’innovation conditionne l’avenir de nos économies développées. Les formes de soutien à l’innovation sont donc déterminantes. Mais si les instruments visent à soutenir l’amélioration de certains indicateurs, mais que ces derniers sont les mauvais indicateurs,… nous avons un problème.

D’autres éléments existent, pourtant, pour proposer des outils plus qualitatifs et pertinents, dans notre économie ouverte. En voici quelques uns.

Qui sait si, dans quelques années, l’un des critères d’évaluation de l’intensité d’innovation, voire de condition à recevoir une aide financière, ne sera pas l’absence de dépôt de brevet ?..

L’interview de Joël Demarteau, de Wow Company

You need to a flashplayer enabled browser to view this YouTube video

Derniers points

Terminons avec ces deux dernières réflexions :

« Le brevet est un indicateur très utile dans certains secteurs, observe cet article dans Business Week, comme la chimie ou la pharmacie. Le brevet ne donne toutefois pas d’indication sur le niveau d’avant garde d’un nouveau modèle économique ou d’une stratégie qui sort de l’ordinaire. Il s’agit pourtant d’éléments très importants pour accroître la création de valeur, dans un secteur comme le commerce, par exemple »

Un chercheur qui dépose des centaines de brevets recevra les louanges de ses pairs. Mais si ces derniers ne sont pas convertis en produits commercialisés, ils n’auront quand débouché sur aucune création économique », rappelle, pour sa part, Scott Anthony (HBS), dans ce billet consacré aux dangers de l’innovation par les chiffres.

Le Brésil ou quand les BRIC’s se mettent aussi à l’intelligence stratégique

1 février 2010

Voici quatre ans, les géologues brésiliens découvraient, dans les profondeurs de l’Atlantique, le plus grand gisement d’or noir exhumé depuis très longtemps.

Le champ sous-marin de Campos, au large de Rio de Janeiro, fera bientôt du Brésil l’un des plus importants exportateurs de pétrole de la planète. Le pays boxera dans la même catégorie que le Canada ou le Nigeria.

Petrobras, la compagnie nationale brésilienne, qui exploitera la zone, a fait l’objet d’un rally boursier peu commun. Valorisée à 220 milliards de dollars, le groupe figure désormais dans le top dix des plus grandes capitalisations boursières du monde.

Convoitise, curiosité et espionnage

Petrobras est l’un de ces acteurs venus des BRIC (le quatuor formé de la Chine, du Brésil, de l’Inde et de la Russie) qui pourrait battre la mesure de l’économie mondiale au cours de la prochaine décennie.

Tant de puissance émergente suscite bien sûr la convoitise. Les BRIC sont à leur tour la cible des barbouzes de l’espionnage industriel.

Début 2008, une affaire de vol de données stratégiques a défrayé la chronique à Sao Paulo, Rio de Janeiro et Recife.

Les informations stockées dans des ordinateurs portables revenant des champs d’exploration offshore ont été dérobées au port.

Très vite, les autorités brésiliennes ont soupçonné la firme américain Halliburton (une vieille connaissance de l’ancien vice-président Dick cheney) responsable du transport des données. Finalement, les coupables étaient ailleurs. Mais l’épisode a éveillé les consciences au Brésil sur la nécessité de protéger ce capital national.

Les multinationales du Brésil à l’heure de l’intelligence stratégique

Le constat ne vaut pas que pour Petrobras. Les multinationales brésiliennes sont chaque année plus nombreuses dans le palmarès des plus grandes entreprises du globe.

Vale, Embraer, Votorantim ou le belgo-brésilien AB Inbev, dévoreur de Budweiser, la plus célèbre marque de bière aux Etats-Unis, gagnent des parts de marché en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord, dans des secteurs divers (aéronautique, agro-alimentaire, industrie,…)

La modernisation de l’économie brésilienne appelle donc logiquement la même phase de professionnalisation des pratiques de gestion qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Cette étape passe notamment par l’apprentissage de nouvelles pratiques de réseau et d’intelligence stratégique.

Comme l’indique la présentation reprise ci-dessous, les universités brésiliennes mettent en place de nouveaux cursus d’apprentissage pour les managers locaux.

Au menu de ces dernières : optimiser les investissements en R&D; accroître la valeur ajoutée des produits de base; encore créer des ressources globales d’information pour pousser les entreprises brésiliennes à s’étendre mondialement, etc…

Veille participative

Le Brésil, ajoute Frédéric Donier, l’auteur de la présentation ci-dessous, teste également de nouvelle forme collective de veille participative.

Chaque département de l’entreprise désigne des traqueurs d’information et de signaux faibles. L’information stratégique est drainée vers un pilote qui synthétise celle-ci au niveau de l’entreprise.

Oui, ce genre de pratique s’insinue dans la culture managériale du Brésil.

Ainsi, non seulement, le pays gagne ses galons de membre du gotha des plus grandes puissances économiques mondiales. Mais les entreprises brésiliennes adoptent aussi, peu à peu, l’arsenal des pratiques managériales ouvertes du 21ème siècle. D’aucuns parlent de management 2.0.

Dans ce domaine, les Brésiliens ne semblent pas en retard. Autant le savoir…


ConféRence Jiee´09 FréDéRic Donier 10.12.09

View more presentations from fdonier.
(via http://www.vedocci.fr/2010/01/25/lintelligence-economique-bresil/)

logo-ase

Page suivante »