Le FMI a-t-il vraiment appris de ses erreurs ? (Netcast)
18 mars 2010
Mon vieil ami Damien Van Achter a capté hier le flux de tweets que je postais à l’occasion d’une conférence de Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, organisée par l’école de commerce HEC- ULG.
Dans la foulée, ce matin, nous en avons tiré un Netcast que voici:
Ci-dessou, mon live-tweet :
- Last 8 y, Africa has taken right economical steps. Now economy recovers as fast as the others. 1st time in History#dsk #imf
- IMF has learned the mistakes it did in the past #dsk #imf
- The crisis has hidden the global unbalances for a while. Now, appearing again #IMF #dsk
- The US consumer is now making savings. It’s a revolution! But chinese consumption won’t offset decrease of US consumption so soon #IMF
- Supervision is even more important than regulation in financial sector #dsk #fmi
- IMF had played its role, according to Keynes & Cie’s definition in 1944. #dsk #IMF
Déposer un brevet ? Cela ne sert plus qu’à obtenir des subsides
10 février 2010
Compte tenu de l’évolution extrêmement rapide de la technologie, déposer un brevet pour protéger sa propriété intellectuelle a-t-il encore du sens ?
Non seulement, le processus de documentation, de défense et de validation est relativement long. Mais le brevet technologique est de plus en plus rapidement dépassé. Pensons, par exemple, que le cycle de remplacement d’un téléphone portable est désormais inférieur à deux ans, dans les pays développés. Les standards, les fonctionnalités, les performances s’améliorent de mois en mois…
Les limites du brevet…
Wow Company, une PME spécialisée dans l’ingénierie et les… boules à vague pour piscine (utilisées dans les parcs d’attraction ou pour les entraînements de secouristes, par exemple), estime que le modèle de protection intellectuelle qu’incarne le brevet arrive aujourd’hui en fin de vie. 
La société, crée en 1983, n’échappe pas aux affres de l’économie moderne. Elle a subi des vols de propriété intellectuelle. Des concurrents installés en Chine ont copié son produit. Sans conséquence dramatique, heureusement, pour la PME européenne.
Breveter seulement pour rassurer nos partenaires et obtenir des subsides
Aujourd’hui, Wow Company dépose encore, occasionnellement des demandes de brevet pour les technologies qu’elle développe. Mais pas dans un souci de protection juridique. Bien pour des raisons stratégiques et commerciales.
« Je veux, quand je discute avec un autre industriel ou un partenaire distributeur pour montrer que j’ai les moyens de me défendre », poursuit Joël Demarteau.
« D’autre part, le brevet permet de montrer aux organismes européens une certaine crédibilité en démontrent que nous avons fait cet effort de propriété intellectuelle ».
En d’autres termes, le dépôt d’un brevet permet de décrocher les subsides.
« L’Europe juge que nous sommes une entreprise innovante en fonction, essentiellement, du nombre de brevets que nous avons déposés. Un peu comme l’on évalue la qualité d’un chercheur en fonction de la quantité des publications qu’il réalise, alors que certains universitaires publient de façon automatique. Simplement, ils ont trouvé le truc et maîtrisent les critères et les réseaux appropriés pour bénéficier d’une publication ».
Une mesure dépassée de l’innovation
L’innovation est une denrée délicate à mesurer. Pour les pouvoirs publics, compter le nombre de brevets déposés est une façon facile de quantifier le degré d’innovation d’une économie. Par certains aspects, l’Union européenne s’est perdue sur ce chemin purement quantitatif avec le processus de Lisbonne (2000-2010). Ce dernier prenait en compte des critères linéaires comme les dépenses de recherche en proportion du PIB (3%).

Certes, dans le tableau de bord 2008-2009 de l’innovation en Europe (European Innovation Scoreboard), le nombre de brevets déposés n’est plus qu’un indicateur parmi d’autres. Il reste pourtant un élément à part entière.
Quand la propriété intellectuelle tue l’innovation…
N’oublions pas que, dans certains cas, le brevet tue aussi l’innovation. A l’instar de certaines maisons de disque qui signent des artistes pour éviter qu’ils ne se lient avec un concurrent et qui les « placardisent » ensuite…
« Il y a un certain nombre d’années, j’avais déposé un brevet pour un réveil qui vous éveillait avec des variations de lumière, se souvient Joël Demarteau, chez Wow Company. Nous avons constaté par la suite qu’un inventeur japonais avait déjà protégé cette invention avant nous. Je ne pouvais plus avancer. Plus tard, nous nous sommes rendus compte que cet inventeur japonais n’avais jamais commercialisé. Il a fallu quinze ans avant que Philips ne mettent un produit similaire sur le marché. Et encore, moins évolué que ce que nous avions conçu bien avant. Pendant quinze ans, la propriété intellectuelle a verrouillé la possibilité d’innover dans ce segment.
Mauvais indicateurs de l’innovation, mauvais instruments de soutien
L’innovation conditionne l’avenir de nos économies développées. Les formes de soutien à l’innovation sont donc déterminantes. Mais si les instruments visent à soutenir l’amélioration de certains indicateurs, mais que ces derniers sont les mauvais indicateurs,… nous avons un problème.
D’autres éléments existent, pourtant, pour proposer des outils plus qualitatifs et pertinents, dans notre économie ouverte. En voici quelques uns.
Qui sait si, dans quelques années, l’un des critères d’évaluation de l’intensité d’innovation, voire de condition à recevoir une aide financière, ne sera pas l’absence de dépôt de brevet ?..
L’interview de Joël Demarteau, de Wow Company
Derniers points
Terminons avec ces deux dernières réflexions :
« Le brevet est un indicateur très utile dans certains secteurs, observe cet article dans Business Week, comme la chimie ou la pharmacie. Le brevet ne donne toutefois pas d’indication sur le niveau d’avant garde d’un nouveau modèle économique ou d’une stratégie qui sort de l’ordinaire. Il s’agit pourtant d’éléments très importants pour accroître la création de valeur, dans un secteur comme le commerce, par exemple »
Un chercheur qui dépose des centaines de brevets recevra les louanges de ses pairs. Mais si ces derniers ne sont pas convertis en produits commercialisés, ils n’auront quand débouché sur aucune création économique », rappelle, pour sa part, Scott Anthony (HBS), dans ce billet consacré aux dangers de l’innovation par les chiffres.
Le Brésil ou quand les BRIC’s se mettent aussi à l’intelligence stratégique
1 février 2010
Voici quatre ans, les géologues brésiliens découvraient, dans les profondeurs de l’Atlantique, le plus grand gisement d’or noir exhumé depuis très longtemps.
Le champ sous-marin de Campos, au large de Rio de Janeiro, fera bientôt du Brésil l’un des plus importants exportateurs de pétrole de la planète. Le pays boxera dans la même catégorie que le Canada ou le Nigeria.
Petrobras, la compagnie nationale brésilienne, qui exploitera la zone, a fait l’objet d’un rally boursier peu commun. Valorisée à 220 milliards de dollars, le groupe figure désormais dans le top dix des plus grandes capitalisations boursières du monde.
Convoitise, curiosité et espionnage
Petrobras est l’un de ces acteurs venus des BRIC (le quatuor formé de la Chine, du Brésil, de l’Inde et de la Russie) qui pourrait battre la mesure de l’économie mondiale au cours de la prochaine décennie.
Tant de puissance émergente suscite bien sûr la convoitise. Les BRIC sont à leur tour la cible des barbouzes de l’espionnage industriel.
Début 2008, une affaire de vol de données stratégiques a défrayé la chronique à Sao Paulo, Rio de Janeiro et Recife.
Les informations stockées dans des ordinateurs portables revenant des champs d’exploration offshore ont été dérobées au port.
Très vite, les autorités brésiliennes ont soupçonné la firme américain Halliburton (une vieille connaissance de l’ancien vice-président Dick cheney) responsable du transport des données. Finalement, les coupables étaient ailleurs. Mais l’épisode a éveillé les consciences au Brésil sur la nécessité de protéger ce capital national.
Les multinationales du Brésil à l’heure de l’intelligence stratégique
Le constat ne vaut pas que pour Petrobras. Les multinationales brésiliennes sont chaque année plus nombreuses dans le palmarès des plus grandes entreprises du globe.
Vale, Embraer, Votorantim ou le belgo-brésilien AB Inbev, dévoreur de Budweiser, la plus célèbre marque de bière aux Etats-Unis, gagnent des parts de marché en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord, dans des secteurs divers (aéronautique, agro-alimentaire, industrie,…)
La modernisation de l’économie brésilienne appelle donc logiquement la même phase de professionnalisation des pratiques de gestion qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Cette étape passe notamment par l’apprentissage de nouvelles pratiques de réseau et d’intelligence stratégique.
Comme l’indique la présentation reprise ci-dessous, les universités brésiliennes mettent en place de nouveaux cursus d’apprentissage pour les managers locaux.
Au menu de ces dernières : optimiser les investissements en R&D; accroître la valeur ajoutée des produits de base; encore créer des ressources globales d’information pour pousser les entreprises brésiliennes à s’étendre mondialement, etc…
Veille participative
Le Brésil, ajoute Frédéric Donier, l’auteur de la présentation ci-dessous, teste également de nouvelle forme collective de veille participative.
Chaque département de l’entreprise désigne des traqueurs d’information et de signaux faibles. L’information stratégique est drainée vers un pilote qui synthétise celle-ci au niveau de l’entreprise.
Oui, ce genre de pratique s’insinue dans la culture managériale du Brésil.
Ainsi, non seulement, le pays gagne ses galons de membre du gotha des plus grandes puissances économiques mondiales. Mais les entreprises brésiliennes adoptent aussi, peu à peu, l’arsenal des pratiques managériales ouvertes du 21ème siècle. D’aucuns parlent de management 2.0.
Dans ce domaine, les Brésiliens ne semblent pas en retard. Autant le savoir…
Exki, une belle histoire d’innovation et d’intrapreneuriat
25 janvier 2010
L’intrapreneuriat, qu’est ce que c’est ?
C’est cette notion qui veut qu’un porteur d’idée peut mener à bien son projet avec la bénédiction et le support de son propre employeur.
Il reste salarié. Mais il se voit confier une relative autonomie pour créer voire développer un nouveau service, un nouveau produit, un nouveau processus et, pourquoi pas, une oeuvre…
Intrapreneuriat : innovation, opportunités, croissance
Le groupe américain 3M, par exemple, inventeur du Post-It, encourage de longue date l’intrapreneuriat en son sein. Les meilleurs porteurs de projets sont détachés à temps partiel ou à temps plein pour développer une technologie, réaliser une étude de marché appropriée, etc.
L’employeur continue de payer le salaire. Si le projet aboutit, l’entreprise tirera profit d’une nouvelle innovation.
Précision, comme l’indique le professeur Véronique Bouchard, avant d’être un innovateur, l’intrapreneur est d’abord quelqu’un qui saisit les opportunités.
Pour l’employeur, ces initiatives deviendront, quoi qu’il en soit, de nouvelles sources de croissance.

Exki, fruit de la volonté d’intrapreneurs
Les fondateurs de Exki ont ainsi eu la chance de bénéficier de la bienveillance de leur employeur, voici une dizaine d’années.
Anciens cadres commerciaux dans une holding de la grande distribution, GIB, en Belgique, ils leur trottaient dans la tête l’idée de créée une chaîne de restauration rapide spécialisée dans les produits bios et santé. Fin des années 90, ils ont soumis le projet à la direction de GIB. Cette dernière leur a donné le feu vert.
La logistique et la chaîne d’approvisionnement pour les produits frais bio ne reposait pas sur de grands volumes. Elle était peu ou pas structurées.
Les fondateurs ont dû tout créer par eux-mêmes.
Après un long travail préliminaire, ils ont ouvert leurs premiers points de vente au début des années 2000.
Des intrapreneurs poussés à devenir entrepreneurs
La joie d’un intrapreneur provient en grande partie du confort que lui procure son employeur : entreprendre en demeurant salarié.
Encore faut-il que l’employeur, lui, reste stable dans le soutien qu’il apporte.
Au début des année 2000, GIB fut racheté par un autre holding. La recette Exki n’était pas ce qui convenait au nouvel actionnaire.
Lâchés, les ifondateurs d’Exki ont dû se convertir en… entrepreneurs.
Heureusement, un investisseur privé a pris le relais pour maintenir la tête hors de l’eau jusqu’à ce que la chaîne de restauration rapide bio atteigne les rives de l’auto-financement.
Elus managers de l’année
La firme est aujourd’hui devenu rentable. Exki suit une trajectoire ascensionnelle. Le groupe occupe désormais plus de 420 personnes dans quatre pays.
Nicolas Steisel et Frédéric Rouvez, les deux intrapreneurs à l’origine du projet Exki, viennent même d’être désignés Managers de l’année 2009 en Belgique.
L’employeur qui a soutenu le projet de ses intrapreneurs, au départ, n’en a pas tiré profit, finalement.
GIB a disparu. Exki, elle, vit et se développe aujourd’hui…
Chine : la « sinisation » du monde plus rapide qu’escomptée
21 janvier 2010
Dernièrement, les économistes s’entendaient encore pour affirmer que la Chine ne deviendrait la première économie de la planète qu’à l’horizon 2040. Peut-être même 2050.
Patatras. Selon le bureau de conseil PwC, la Chine passera devant les Etats-Unis… dans dix ans. En 2020.
L’économie de la Chine se déploie à un rythme plus rapide que prévu. Au quatrième trimestre 2009, le taux de croissance a encore atteint 10,7%, pendant que l’économie des pays occidentaux peine encore à reprendre son souffle, après la crise de 2008. 
La Chine, plus seulement l’usine du monde
On aurait tort de penser que la Chine se limite à être la plus grande usine du monde.
Le train le plus rapide de la planète roule désormais en Chine.
Et comme à peu près tout ce qui se vend dans le pays le plus peuplé du monde s’accompagne de transferts de technologies (européennes, notamment, dans ce cas), il ne faudra sans doute pas attendre des décennies avant de voir des industriels chinoises vendre à leur tour des trains à grande vitesse conçu et fabriqués en Chine.
Leur compatriote Huawei, dans les télécoms, engrange déjà les parts de marché sur le Vieux continent.
Chine, et autres pays d’Asie, dejà leaders dans les technologies vertes (cleantech)
Mais la Chine avance à grandes enjambées également dans des secteurs d’avenir, non encore défrichés par les pays occidentaux.
Selon le rapport “Rising Tigers, Sleeping Giant” (qui étudie la compétitivité de l’Asie par rapport aux Etats-Unis dans le domaine des technologies vertes (cleantech) ) la Chine, le Japon et la Corée du Sud sont aujourd’hui devant l’Oncle Sam au niveau production dans toutes les technologies vertes sous revues.
Dans les cinq ans à venir, les investissements asiatiques en cleantech pourraient être triples du volume d’investissement que les opérateurs américains consacreront aux technologies vertes.
Le rapport n’évoque pas l’Europe.
La science mondiale prend des saveurs de plus en plus chinoises
Au delà de ce secteur particulier, la Chine décuple ses efforts pour devenir un centre de développement de premier plan en matière de sciences et de technologies. L’Empire du milieu attire maintenant des scientifiques du monde entier.
Entre 1996 et 2007, la Chine a augmenté ses investissements en R&D de 20% par an. Le pays a poussé la part de l’Asie dans le total des dépenses R&D du globe à 31% (venant de 24%). Pendant ce temps, la part des investissements nord-américain en R&D a dégringolé de 40% à 35%, sur la période.
Nous avions pris l’habitude de consommer japonais. Nous consommerons de plus en plus chinois dans l’avenir. Des marques et des technologies chinoises.
Le monde se sinise à (très) grande vitesse.
Paul Krugman: A quoi ressemblera la mondialisation après la crise ?
27 novembre 2009
Faut-il présenter Paul Krugman ?
Cet économiste, spécialiste des échanges internationaux, a reçu en 2008 le prix Nobel d’économie. Il est en outre l’un des éditorialistes les plus célèbres du quotidien américain New York Times.
Dans cette interview vidéo accordée à Entreprise Globale, Paul Krugman laisse entendre que le processus de globalisation de l’économie ne devrait pas être trop affecté par la crise financière.
« Nous verrons peut-être quelques restrictions sur les flux de capitaux. Mais cela devrait demeurer relativement contenu. Les contours de la mondialisation devraient demeurer plus ou moins identiques à ce que l’on a connu avant la crise », dit-il.
Qu’en est-il du rôle des petites et moyennes entreprises, dans cette économie mondialisée ? Voit-il ces dernière prendre une part grandissante du gâteau global ?
« La part de l’emploi total généré par les multinationales est en régression. Le glissement n’est toutefois pas encore radical. Certes, il est facile aujourd’hui, pour une entreprise de 25 personnes, d’assurer une présence à la fois aux Etats-Unis, en Europe ou en Asie. C’était beaucoup moins faisable voici vingt ans. Donc, oui, les gros prendront moins de place dans l’économie mondiale. Mais non, les gros ne vont pas disparaître« , explique Paul Krugman.
Depuis de nombreuses années, ce démocrate américain défend l’apport économique de la globalisation, notamment pour un certain nombre de pays en développement et de pays émergents. Cela dit, depuis quelques temps, Paul Krugman reconnaît aussi l’influence néfaste de la mondialisation sur un certain nombre de points. Le premier est celui de l’augmentation des inégalités. Pouvons-nous résoudre ce déséquilibre ?
« Oui, grâce à un meilleur filet de sécurité sociale, une couverture de soins de santé, etc. C’est pour cela que le débat actuel sur la couverture universelle est si importante aux Etats-Unis »
Sortie du livre « Wallonie 2.0″ (par Jean-Yves Huwart, Entreprise Globale)
16 novembre 2009
Le livre « Wallonie 2.0″ est une forme de première production, résultant du travail de recherche et de rencontres que j’effectue maintenant depuis une dizaine de mois avec Entreprise Globale. L’ouvrage rassemble à la fois un regard sur l’évolution de l’économie moderne, la montée en puissance des réseaux, de l’innovation et de la collaboration. Il tente d’interpréter l’impact de cette transformation dans un contexte wallon.

« Wallonie 2.0″ est aussi, d’une certaine façon, le tome 2 de mon précédent ouvrage: « Le second déclin de la Wallonie » (paru en 2007 aux éditions Racine).
Ce dernier disséquait les maux et travers qui ont mené la Wallonie, depuis le début des années 80, à accumuler erreurs et gaspillages au niveau de sa politique économique. Ce premier ouvrage m’a valu un succès d’estime certain. Les responsables d’entreprise, des individus d’ici ou là, mais aussi beaucoup de politiques, de tous les partis, ont opiné quant à l’analyse.
« Le second déclin de la Wallonie » se penchait sur le passé récent et se terminait sur une note d’espoir. Après le diagnostic, toutefois, quid de la prescription et du traitement ?
« Wallonie 2.0″ propose un voyage.
Le livre se penche, d’abord, sur le passé glorieux de la Wallonie, du point de vue économique, lorsque la Wallonie était perçue, à l’époque, par les autres pays européens, aussi positivement que le sont aujourd’hui la Finlande ou la Silicon Valley: des territoires dynamiques et pionniers. A la moitié du 19ème siècle, la richesse par habitant était chez nous 25% à 30% supérieure au niveau de vie en France ou en Allemagne.
Comment ? Pourquoi ?
Le livre donne ensuite un coup de projecteur sur les tendances de fond à l’oeuvre dans l’économie mondiale. L’importance de la créativité et des réseaux, les mises en relations, etc. Tant qu’à prendre de nouvelles mesures, autant qu’elles anticipent sur les transformations à venir.
Vient ensuite le temps des recommandations. Pas facile. Mais indispensable. La priorité en Wallonie, si la Région veut un jour espérer un véritable rattrapage économique, autrement dit pas au 22 ème siècle, c’est d’oeuvrer au développement de l’entrepreneuriat. Il n’y a pas d’autre voie.
Cette volonté ne se décrète toutefois pas. Elle nécessite une ambiance, un contexte, une ouverture, un cadre qui maximise les possibilités d’interactions entre individus. Elle nécessite aussi, dans la perspective du renforcement d’une économie de l’innovation et de la créativité, de rendre aux villes une partie de leur rôle économique fondateur, et ne pas laisser aux zonings impersonels le monopole de l’économie.
Intelligence stratégique, une attitude plus encore qu’une pratique
5 octobre 2009
En Suisse, une faillite de PME sur trois serait la conséquence de choix d’orientation stratégique inadaptés de la part de la direction, d’après un rapport sur l’intelligence économique commandé en Suisse romande. Au Canada, la statistique monte à 50%. La moitié des PME canadiennes échoueraient par manque de vision et de planification stratégique (merci à PY Debliquy pour ces statistiques).
On connaît l’éternel problème du patron de PME, le nez coincé dans le guidon, incapable de relever la tête pour réévaluer son cap. Une multitudes d’aides et d’outils automatiques peuvent pourtant venir à son aide, aujourd’hui. L’information tapisse le web, la presse, l’agenda des rencontres. 
Il ne suffit toutefois pas d’être à l’écoute. Encore faut-il entendre les signaux transmis par son environnement concurrentiel et son environnement de marché.
En d’autres termes, la direction et les couches inférieures de l’entreprise doivent se placer dans un état d’esprit qui leur permettra, s’il le faut, d’accepter un rapide changement de trajectoire. Cette modification peut prendre la forme d’une remise en question des processus, du positionnement commercial, du modèle d’organisation ou encore de la stratégie de développement à moyen et long terme.
Intelligence stratégique utile seulement si l’information est partagée et circule en interne
L’intelligence stratégique tente de fournir une boîte à outil complète aux dirigeants de PME pour leur permettre d’ouvrir leurs pavillons mais, aussi, d’apprivoiser l’attitude appropriée. Cette ouverture à la nouveauté apportera à l’entreprise la malléabilité nécessaire pour accompagner plutôt que subir les changements dans le(s) périmètre(s) qui la concerne.
Lors de leur étude sur l’intelligence économique et la veille stratégique, les autorités de Suisse romande ont fait suivre sept PME différentes. La plupart des ces entreprises avaient plusieurs décennies d’existence. Elles étaient installées de longue date dans leurs marchés respectifs ainsi que dans leur mode de fonctionnement. Les auteurs ont analysé les pratiques (plus ou moins développées) de ces organisations en matière d’intelligence et de veille. Ils en ont tiré la conclusion principale suivante :
« La veille ne peut être réellement efficace que si l’information est partagée effectivement, si des circuits de diffusion et d’échange sont formellement établis, et si tous les pouvoirs ne sont pas concentrés dans les mains d’une seule personne«
On en revient au constat de départ : la veille d’information en tant que telle ne suffit pas. Elle doit s’insérer dans un processus plus holistique qui implique l’ensemble des strates de l’entreprise. Cette dernière doit se voir comme un tout ouvert et poreux, sous certains aspects, très canalisé, sous d’autres.
Tel est l’approche préconisée par l’intelligence stratégique, souligne Joseph Triquell. Ce dernier propose un résumé en sept points de l’attitude appropriée en matière d’intelligence stratégique:
- Un mode de gouvernance, un état d’esprit
- L’ouverture, l’innovation
- L’intelligence des risques
- La protection globale et évolutive de l’entreprise
- La stratégie de veille et maîtrise de la chaîne de valeur de l’information
- La stratégie d’influence
- L’anticipation et la préparation aux situations de crise
Ici aussi, donc, il définit l’intelligence stratégique comme une approche d’ensemble qui aidera la PME moderne à s’insérer dans le monde et à y naviguer sans crainte.
« Les jobs qu’occuperont nos futurs diplômés n’existent pas encore »
14 juillet 2009
» La pensée créative est de plus en plus importante pour les entreprises, mais aussi pour la société de manière générale ».
Samuel Hoi est directeur du Otis College of Art & Design, de Los Angeles. Fondé en 1918, l’institution accueille 1200 étudiants venus des quatre coins du monde. Elle est l’une des écoles d’art les plus réputés du sud de la Californie. L’institution couvre la palette des métiers créatifs pris au sens large: architecture, design, animation, création digitale, etc.
Le Otis College of Art & Design de Los Angeles incarne cette nouvelle catégorie d’acteurs éducatifs ancrés dans leur temps. L’école ne se voit ainsi plus comme une simple usine à fabriquer des artistes, enfermés dans une discipline, déconnectés des problématiques sociales ou, surtout, économiques. 
Au contraire, dans un environnement de plus en plus concurrentiel, Samuel Hoi fait le pari que seule une approche basée davantage sur l’intuition et la créativité (familière aux artistes) permettra aux entreprises de relever les défis posés par les profonds changements en cours dans la vie économique et sociale. Le directeur du Otis College s’inscrit ainsi en ligne avec l’analyse de quelques auteurs récents, tels que Daniel H. Pink, et sa théorie du monde piloté par les cerveaux droits.
Les managers ont des choses à apprendre des artistes, estime-t-on au Otis College.
» Les designers, par exemple, tendent à démarrer leur travail en partant d’un problème de société à résoudre. Les dirigeants d’entreprises gagneraient à aborder de temps en temps les choses de cette façon, plutôt que de partir de l’existant de leur entreprise. Ils seraient plus inventifs »
Et les artistes sont prêts à relever le gant et insuffler un peu de leur regard dans les affaires économiques. « Naguère, les artistes et designers avaient tendance à penser de manière étroite. Ils ne pensait qu’à leur oeuvre. Ils ne sortaient pas de leur champ de compétence immédiat, observe Samuel Hoi. Aujourd’hui, les artistes et les designers ont davantage l’envie de participer à la recherche de solutions pour des problématiques environnementales, sociales ou économiques ».
Les activités créatives sont un moteur de croissance économique dans un environnement changeant
Pour le Otis College, pas question de former des futurs artistes chômeurs. Il n’y a pas de raison qu’ils se retrouvent sans emploi : les emplois créatifs produisent aujourd’hui davantage de valeur ajoutée pour l’économie que la moyenne des métiers. Ils sont donc demandés.
Une étude commanditée par l’école sur l’impact des secteurs créatifs (design, galeries d’art, divertissement, création de meubles, etc.) dans la région de Los Angeles le confirme, d’ailleur : les emplois créatifs enregistrent une croissance de 16 %, c’est à dire supérieure au reste de l’économie. Chaque emploi créatif génère 1,6 emploi indirect. Le design constitue l’une de ces disciplines à forte valeur ajoutée, aujourd’hui. “Le design, par exemple, apporte une part de plus en plus grande dans la valeur des produits, à mesure que le coût de production s’aplatit et se standardise, constate Samuel Hoi. Les exemples foisonnent, aujourd’hui. Que ce soit le baladeur iPod, d’Apple, dont le design est une composante importante du succès. Ou la Volkswagen Beetle, voici quelques années”.
Former des gens à se réinventer sans cesse, en attendant des métiers qui n’existent pas encore
Le College californien a repensé son approche pédagogique pour tenir compte de la plus grande versatilité de l’économie moderne: « Il y a 20 ans, un diplômé d’université avait entre 2 et 3 jobs différents dans sa vie. Les diplômés d’aujourd’hui travailleront dans 7 à 10 ans dans des jobs qui n’existent pas encore aujourd’hui. Notre but est de préparer cette nouvelle génération de façon à ce qu’elle soit capable de se remettre perpétuellement en question »
Vivre dans un bouillonnement créatif comme Los Angeles est est avantage, bien sûr, pour tout « cerveau droit » (créatif, entreprenant) qui se repecte. Le Otis College of Art & Design ne s’en cache pas. Samuel Hoi rejoint à ce égard, le constat d’une autre théoricien célèbre de la créativité, Richard Florida, dont le dernier livre met en avant le concept de « Spiky Cities« .
Si l’on regarde la production économique mondiale en comparant les villes et non les pays, celles qui tiennent le haut du classement ce sont celle qui arrive à être les plus innovantes. Ces villes sont celles qui ont réussi à créer un écosystème favorable en ayant une forte concentration de gens créatifs et en favorisant les interactions des gens entre eux. Samuel Hoi d’ajouter: « Nous avons besoin de plus en de personnes avec une pensée créative à l’heure des grands changements de paradigmes que nous vivons. »
Photo Flickr Otis Admissions





