L’avenir de l’industrie automobile passe-t-il par l’open source et les micro-usines ?

19 avril 2013

Red Hat : « Le modèle open source peut être mis en oeuvre dans n’importe quelle industrie »

17 mai 2012

Le rôle du brevet sans doute amené à évoluer

1 septembre 2011

« Un jour nous n’aurons plus besoin de droit de la propriété intellectuelle. Tout change tellement vite, donc à quoi bon. Nous serons dans un monde open source »

A voir comment le droit de la propriété intellectuelle a bloqué un certain nombre d’évolutions récentes, consacrant les positions acquises et l’inertie plutôt que l’innovation (cfr les monde de l’informatique ou, longtemps, la musique, par exemple), il est tentant de pencher en faveur de ce type de point de vue.

D’ailleurs, l’open source, désormais, est quasiment la norme dans le secteur de l’IT. Dans la musique, un grand nombre d’artistes aiment autant désormais diffuser leur musique gratuitement en ligne pour accroître leur visibilité et se rémunérer ensuite sur les performances et les concerts.

Le brevet, symbole par excellence ce la protection juridique d’une technologie, lui aussi, subit, aujourd’hui, la contestation.

La multiplication des brevets ne garantit en rien la prospérité. Il suffit de voir le Japon pour s’en convaincre. Le titre de champion du monde du dépôt de brevet n’a pas empêché l’Archipel de sombrer dans le marasme économique ces vingt dernières années.

Et si la Chine s’apprête à ravir la couronne du pays le plus prolixe en dépôts de brevets l’année prochaine, de sérieux doutes existent quant à la qualité réelle des innovations auxquelles ils se rapportent, ainsi que le commente cet article dans The Economist.

Un patrimoine intellectuel de grande valeur

Pourtant, les récentes grandes manoeuvres entreprises ces dernières semaines sur le front des rachats de grandes entreprises rappellent que la propriété intellectuelle protégée par les brevet demeure un patrimoine de grande valeur que beaucoup convoitent.

Au mois d’août, Google a défrayé la chronique en déboursant quelque 12,5 milliards de $ pour acquérir le fabricant de téléphones portables Motorola.

Objectif principal : soutenir le développement de la plate-forme mobile Android en mettant notamment la main sur le gigantesque portefeuille de brevets contrôlé par le fabricant américain de téléphones portables.

Un peu plus tôt, au mois de juillet, Apple et Microsoft ont racheté le portefeuille de brevets de l’équipementier canadien en faillite Nortel pour 4,5 milliards de $.

Mon brevet te tient, tu me tiens par ton brevet…

La protection des brevets fait l’objet d’une âpre lutte, de nos jours, dans le secteur de la mobilophonie. Comme ailleurs.

Apple vient d’obtenir la condamnation du groupe coréen Samsung pour violation de sa propriété intellectuelle. Dans le même temps, la firme à la pomme et RIM (fabricant du Blackberry) sont eux-mêmes poursuivis par le développeur  américain OpenWave, qui les accuse de vol de brevets.

La technologie présente dans un téléphone portable est couverte par plus de 300 brevets différents. Les produits combinent tellement de pièces et de modules logiciels développés par des acteurs différents que le fil de la propriété intellectuelle devient une pelote indémêlable…

Dans l’avenir, toute évolution nouvelle complexe impliquera presque davantage d’investissements en frais d’avocats qu’en recherche et développement (R&D). Les procès en propriété intellectuelle sont aussi des instruments protectionnistes.

Démêler l’écheveau

Pour mettre fin à la problématique, à Taïwan, différents opérateurs économiques entendent mettre sur pied une « banque des brevets« , qui protègera les industries locales, dans les green tech ou l’électronique, contre des offensives légales de concurrents étrangers.

De même, la raison pour laquelle Google semble avoir jeté son dévolu sur Motorola, ne serait pas tant de valoriser le portefeuille de brevets du constructeur que de protéger la communauté, l’écosystème, des développeurs Android et des équipementiers partenaires contre les avocats d’autres équipementiers soucieux de protéger leur position concurrentielle. Le moteur de recherche pourrait même revendre l’activité industrielle de production de téléphones.

De son côté, le groupe Eastman Kodak, aux prises avec de graves difficultés, a entrepris de mettre 10% de son portefeuille de brevets aux enchères. Le but est de renflouer les caisses.

Mais Kodak sait aussi que ce patrimoine intellectuel dormant sera mieux valorisé par des entreprises plus innovantes et inventive…

Le brevet n’est sans doute pas voué à disparaître.

Mais son statut, son rôle, son mode d’utilisation et même sa forme juridique évolueront vraisemblablement dans les années à venir, afin de coller davantage avec la réalité de l’économie du 21ème siècle, ses besoins d’innovation de collaborations constants…


OpenERP: comment des PME font de l’ombre aux géants SAP ou Oracle grâce au logiciel libre

31 mars 2010

« Dans le monde, chaque jour, un millier de personnes installent notre suite logicielle. Nous sommes aujourd’hui la solution de gestion la plus répandue dans le monde ».

Qui s’exprime ? SAP ? Oracle ? Microsoft ?

Non. Fabien Pinckaers.

Ce frais trentenaire est CEO de Tiny, éditeur de Open ERP, une suite logicielle de gestion d’entreprise.

Comment l’open source peut transformer une PME en géant

Des centaines de développeurs à travers le monde ont participé à la mise au point de Open ERP.

Alors que les grands éditeurs de logiciels classiques investissent des dizaines de millions de dollars en R&D, Tiny a suivi la voie de l’open source et du logiciel libre.

La firme, basée dans un village du sud du Brabant wallon, ne perçoit pas un euro de la vente de licence. Mais elle a pu mettre sa solution sur le marché dans un délai incroyablement court.

« Il faut normalement plus de 10 ans pour mettre au point un outil de gestion ERP, indique Fabien Pinckaers. Grâce à la communauté, il ne nous a fallu que quatre ans ».

Un modèle de revenus éprouvé dans le logiciel libre

Contrairement à ses grands concurrents, Tiny ne touche pas donc pas d’argent sur l’installation des logiciels. Pour autant, Open ERP est rentable et génère son flux de revenus pour la société.

« Les grands groupes comme SAP, après tout, ne se rémunère qu’à 25% sur la vente de licences, dit Fabien Pinckaers. En revanche, ils ont des frais des développements très significatifs. La différence de chiffre d’affaires est compensée par le fait que notre structure de coûts est moindre »

Ainsi, la plus grande partie du chiffre d’affaires de Open ERP est réalisée en formant le réseau des distributeur/intégrateur du produit ainsi que sur les services de maintenance.

« Nos clients, ce sont nos distributeurs. Ce sont les autres qui nous permettent de nous développer »

Un segment de marché identifié comme l’ERP pour PME, parfois délaissé par les grands comptes

Open ERP compte déjà quelques 500 modules différents (comptablité, ressources humaines, marketing logistique), configurés également par zone géographique et/ou secteur.

Open ERP cible les PME occupant entre 50 et 500 personnes.

« Des grands fournisseurs comme SAP ne parviennent pas à livrer ce segment qui est, par ailleurs, trop grand pour les éditeurs positionnés sur les TPE jusqu’à 100 personnes », poursuit Fabien Pinckaers (voir tableau ci-dessous, source Open ERP).

Pas de place pour les seconds dans le logiciel libre

« L’open source procure un effet de levier formidable, explique Fabien Pinckaers. Il n’y a toutefois pas de place pour les seconds. Vous devez être le meilleur si vous voulez que la communauté des développeurs investissent du temps dans votre produit et que les utilisateurs choisissent celui-ci ».

« Une fois que vous avez pris le lead, plus personne ne peut vous rattraper. Regardez le terrain parcouru par le navigateur ‘libre’ sur internet Firefox (de la Mozilla Foundation)… « 

Une PME de 80 personnes qui vient de lever 3 millions d’euros

Tiny occupe une vingtaine de personnes, auxquelles s’ajoutent 55 informaticiens  employés en Inde.

Open ERP dégage un chiffre d’affaires pour l’heure de 1 million d’euros. L’entreprise vend dans 26 pays et ouvre une antenne aux Etats-Unis.

La firme vient de lever 3 millions d’euros, dont une partie auprès des responsables d’Iliad, actionnaire de Free, en France.

« Notre taille double chaque année. Nous avons 110 demandes par jour. Nous ne parvenons à répondre quotidiennement qu’à une seule… »

ADN IT

ADN IT est une nouvelle séquence mensuelle, née d’une collaboration entre Entreprise Globale et l’AWT

En route vers l’automobile open source

9 novembre 2009

Elle ressemble à une voiture « victime » d’un club de tuning. Avec ses hautes roues, son arrière-train relevé, ses phares d’Honda Civic et son allure de buggy, le Rally Fighter ressemble à une voiture retapée à coups de pièces détachée. Il s’agit pourtant… d’un modèle original.

Le Rally Fighter est le résultat d’une première forme de développement partagé, open source. Il applique, dans le secteur automobile, le principe de l’open source qui, voici quinze ans, a bouleversé une bonne partie du modèle économique de l’informatique.

Faut-il rappeler le succès de Linux *?

Le crowdsourcing au service du développement automobile

A l’origine de cet étrange véhicule qu’est le Rally Fighter, une jeune société: Local Motors.

Depuis mars 2008, la firme gère un site sur lequel les designers peuvent soumettre leurs croquis et l’idée de la voiture de leurs rêves. La communauté peut voter pour les meilleures propositions. Local Motors laisse les participants décider, appliquant ainsi les principes du crowdsourcing (littéralement: innovation par la foule).

Un peu plus de un an plus tard, Local Motors recenserait 4.000 contributeurs, répartis dans une centaine de pays.

Le marché automobile et la « longue traîne »

Le Rally Fighter est le premier véhicule mis en production. Local Motors mise pour la fabrication sur un réseau de micro-usines.

A ce stade, le Rally Fighter a été l’objet de 23 commandes. Rien d’impressionnant, sans doute. Mais outre le crowdsourcing, Local Motors joue en fait aussi sur le potentiel de la « longue traîne » (long tail). Soit cette idée que le marché de masse se rétrécit au profit du développement d’une multitude de micro-marchés de niche.

Local Motors, avoue-t-il, ne veut d’ailleurs pas concurrencer les constructeurs traditionnels. Au contraire, la firme entend collaborer avec ces derniers pour leur permettre de rencontrer des demandes beaucoup plus spécifiques, sur de très petits volumes, lesquelles sont insensibles aux produits standardisés des grandes marques.

Society for sustainable mobility (SSM), autre développement automobile open source

L’automobile open source, ou en crowdsourcing, est-elle un phénomène marginal ? Peut-être.

Mais d’autre modèle de développement similaire apparaissent dans le paysage. Ainsi, l’initiative sans but lucratif Society for a Sustainable Mobility (SSM) met en relation plusieurs centaines d’ingénieurs. Ils collaborent dans le but de mettre au point un véhicule tout-terrain électrique.

Les plans, là aussi, seront vendus à un constructeur.

Si l’automobile suit le modèle de l’informatique, l’approche open source devra bientôt y être prise très au sérieux.

* Pour mémoire, des informaticiens éloignés de milliers de kilomètres se sont coordonnés, dès le début des années 90s, pour développer et programmer de nouvelles applications IT, que d’aucuns se sont ensuite arrachés.

L’open source, ce n’est pas la démocratie

17 mars 2009

D’aucuns évoquent le mouvement open source comme le modèle absolu de la démocratie économique. Sans doute en est-on pourtant assez éloigné.

La création de Linux, le système opérationnel ouvert concurrent de Windows, est certes le fruit de la coopération à distance de milliers de développeurs informatiques à travers le monde. Il n’en reste pas moins qu’une poignée de personnes, au premier rang desquelles le Finlandais Linus Torvalds, ont toujours assuré une supervision sur l’évolution du système et de ses dérivés. Et donc de ces contributions extérieures multiples.

« Le mouvement open source n’est pas une démocratie« , souligne ainsi Chris Anderson, du magazine Wired, auteur du célèbre livre sur l’économie de la longue traîne.

« Au 20ème siècle, on admettait comme acquis que les entreprises étaient mieux gérées dans un régime dictatorial, poursuit Anderson. A l’inverse, on reconnaissait également que les pays étaient mieux gérés dans le cadre de régimes démocratiques. Selon une théorie du management, une explication réside dans le fait que la raison d’être des organisations est un objectif commun partagé, alors que les pays existent pour les gens qui l’habitent ».

Un objectif commun partagé exige une vision bien construite, du leadership et un contrôle par le haut. En revanche, le service des citoyens résulte de la reconnaissance de besoins communs de la part de la base, exprimés dans le cadre d’un processus de décision collectif (le vote).

Où voulons-nous en venir ?

Avec la montée en puissance de la fièvre collaborative, la philosophie open source semble amenée demain à pouvoir être transposée dans de multiples secteurs. D’aucuns y discernent l’apparition d’une vaste démocratisation de la vie économique. En politique, l’avènement de l’ère Obama, à la Maison-Blanche, inspire à d’autre le concept de démocratie « open source ».

Attention, prévient Chris Anderson. « On pense, à tort, que les projets open source émergent d’eux-mêmes, sont auto-organisés et démocratiques. En fait, il s’agit plutôt du contraire. En fait, la plupart des projets open source sont pilotés par un ou deux dicateurs bénévoles. Le succès d’un projet open source dépent du leadership. Point à la ligne. Tout démarre de la façon suivante: une ou deux personnes élaborent une vision bien articulée, ils commencent à avancer et amènent à bord d’autres personnes auxquelles ils délèguent des tâches précisent et des autorisations ».

Chris Anderson pointe ainsi une différence claire entre la production de contenus sur des médias et réseaux sociaux et la conduite d’un projet open source. Cela n’a rien à voir, selon lui. Placer des photos sur Facebook ou Flickr relève d’une démarche individuelle. La somme des contenus n’est que le résultat de démarches séparées. Par contre, toute une série de développements logiciels, dans les jeux vidéo, les plates-formes collaboratives, les applications serveurs, ont pu être menés à bien grâce à l’implication et au respect inspiré par les leader.

L’open source ne bannit pas les hiérachies. Mais il lui demande de donner du sens. Le constat n’est pas limité à l’informatique.

L’innovation ouverte chez Sun Microsystems (Patrick Crasson)

20 novembre 2008

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